50 000 enfants au moins sont touchés 

Un entretien de Georges Fenech, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) avec l’Agence France Presse en date d’octobre 2010, situait entre 50 000 et 60 000 le nombre d’enfants touchés par des dérives sectaires.

Quel rôle pour la protection de l’enfance ?

A priori on pourrait penser que ce problème-là est de nature à fournir de nouvelles opportunités d’interventions de la si mal-nommée protection de l’enfance.

Les maltraitances notamment psychologiques vécues dans un milieu sectaire pourraient nécessairement justifier des mesures de prise en charge des enfants par les Conseils généraux.

Mais encore faut-il que ces maltraitances soient suffisamment graves. En effet, face aux séquelles subies par les enfants dans le cadre de placements, il faut bien réfléchir et définir la gravité d’une dérive.

Certaines sont effectivement tragiques et portent atteinte à l’intimité de l’enfant ou à sa survie notamment par des régimes carencés ou le refus de soin. De tels actes ne surviennent pas seulement dans le cadre de communautés fermées, mais de plus en plus souvent dans des dérives thérapeutiques autour de la kinésiologie, de l’instinctothérapie, de la psychosynthèse.  Dérives qui se développement notamment dans le sillage du new age et du chamanisme.

Ainsi des enfants peuvent être soumis à des jeûnes drastiques, à des transes après prise de substances, être embrigadés contre une partie de leur famille par l’usage de faux souvenirs induits. Il faut en effet savoir que certains « psychothérapeutes» prétendent pouvoir agir sur l’inconscient de leur patient (dialogue par les couleurs : http://www.info-sectes.ch/secte-astropsycholoqie-huber.htm#expertise).

Que peuvent faire les services de la protection de l’enfance dans de telles situations surtout lorsqu’une pédopsychologue rattachée à l’ASE avoue ne pas savoir ce qu’est la MIVILUDES tout en étant très ouverte à des thérapies par l’art sans en soupçonner certaines dérives ?

De la perméabilité des structures institutionnelles de l’enfance …

Soyons clairs, les pires sectes endoctrinantes n’ont pas grand-chose à craindre de l’ASE qui préférera plutôt s’intéresser à des parents qui font l’école à la maison tout en laissant tranquilles certains « éducateurs ». Précisément, de ces éducateurs qui exercent au sein même de l’éducation nationale pour proposer des spectacles musicaux dans les petites écoles, des séances de contes chamaniques ou pour les lycéens des méthodes de relaxation face au stress des examens.

Les enfants sont « un public vulnérable et une cible privilégiée des mouvements à caractère sectaire », comme le rappelle la MIVILUDES et ceci « qu’ils vivent avec leurs parents eux-mêmes adeptes  qu’ils subissent l’influence de thérapeutes ou de formateurs aux méthodes dangereuses pour leur santé physique ou mentale ».

Des parents peuvent ainsi devenir la cible de mouvements endoctrinants par l’intermédiaire de leurs enfants tombés sous l’influence d’une personne rencontrée à l’école, éducateur ou enfant d’adeptes, ou même de personnels exerçant en foyers.

Après tout, les lieux de vie du type Coral ne sont-ils pas des lieux où se créent, se maintiennent et s’exploitent des états de sujétion conduisant à des dommages pour les enfants et leur famille ? (http://comitecedif.wordpress.com/2012/01/14/coral-limmonde-rehabilitation/)

Les parents ciblés peuvent ensuite adhérer ou au contraire rejeter et dénoncer les atteintes réalisées sur leurs enfants, c’est alors qu’ils peuvent être l’objet de dénonciations imaginaires dont vont s’emparer les services de la protection de l’enfance.

… à leur instrumentalisation au service des sectes 

Il arrive aussi quelquefois que le parent sectaire utilise les ressources de son groupe pour isoler l’enfant du parent non sectaire et comme nous le rappelle Maître Line N’Kaoua, ce sera le plus souvent le parent sectaire qui se verra remettre la garde de son enfant.

Il est donc faux de penser que la mise en cause des dérives sectaires est pain béni pour l’ASE et la machine judiciaire des ruptures familiales.

Si effectivement, des dénonciations abusives peuvent prospérer sur ce terrain, ce n’est pas non plus à coup sûr dans le sens que l’on croit, tant les adeptes de mouvements sectaires structurés possèdent de relais et accusent en général leurs contradicteurs des dommages qu’ils font eux-mêmes subir aux enfants.

On parle là d’inversion accusatoire.

En clair, il n’est pas rare de rencontrer des adeptes de sectes organiser un procès en sorcellerie contre ceux qui n’en sont pas.

Même sur de simples accusations de maltraitance, la machine sectaire est tellement redoutable qu’elle peut élaborer des stratégies accusatoires particulièrement crédibles, il suffit pour cela de s’aider des bons relais et de relever quelques vulnérabilités.

Le parent qui dénoncera la machination, s’il parvient à la décrypter, sera considéré comme paranoïaque ou incapable de reconnaître ses responsabilités. En effet les services sociaux se satisfont souvent de dénonciations crédibles, et bien préparées elles le sont nécessairement, pour estimer une mise en danger de l’enfant.

 Les magistrats de l’enfance, de leur côté, utilisent le rasoir d’Ockham, principe selon lequel « les hypothèses les plus simples sont les plus vraisemblables ». Ceci les amène à décider en fonction d’éléments crédibles  simples donc à ne pas donner foi à des arguments plus complexes de l’ordre de la manipulation subie. Le parent de bonne foi s’enfonce donc en se justifiant, après tout un dossier doit se traiter rapidement.

Le manipulateur profite donc de sa manipulation, ce qui ne vaut d’ailleurs pas seulement en matière de dérives sectaires.

Une prise de conscience nécessaire

Loin d’être des gêneurs, les institutions françaises ont donc servi les prétentions des gourous de toute espèce dont certains possèdent même leurs réseaux au sein de chargés d’éducation et de protection de l’enfance.

Nous n’en sommes heureusement pas au même point que dans le canton de Zürich (http://www.hebdo.ch/la_suisse_paradis_des_sectes_24971_.html) où les sectaires ont pignon sur rue, ouvrent leurs cabinets de psychothérapeutes, proposent leurs méthodes dans les écoles, y projettent leurs films (http://www.info-sectes.ch/secte-ramtha.htm#2) et obtiennent la complaisance coupable des autorités.

Mais nous en prenions le chemin, il est donc  heureux que la MIVILUDES tire le signal d’alarme et que ce message soit interprété correctement.

Le ménage à réaliser se situe en partie au cœur de nos institutions qu’il s’agisse de remettre en cause certaines pratiques douteuses développées en leurs seins par des groupes sectaires ou encore  d’acquérir la capacité de distinguer les manipulations dans une querelle de garde d’enfant.

L’avenir nous dira si l’heureuse initiative de la MIVILUDES permettra d’agir à ce niveau, dans le sens d’une moralisation de la protection de l’enfance.

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Commentaires
  1. A se demander d’ailleurs, si l’article précédent ne constitue pas une bonne illustration de dérives caractéristiques d’un conditionnement ? ;-)

  2. trublion dit :

    l’ASE est une secte ! voi le formatage et l’endoctrinement des enfants dans les foyers de l’aide sociale à l’enfance .

  3. Pascaline dit :

    Apocalyptique, la Miviludes… il n’y aura bientôt plus qu’elle qui sera fréquentable ! D’où sort-elle toutes ces accusations croustillantes ? Quelles preuves a-t-elle pour semer ainsi la méfiance et le doute ?
    Tiens, le chiffre d’enfants en danger a changé. Il était de 80000 au départ, il est descendu jusqu’à 20000… alors que les auditions de la Commission parlementaire sur sectes et enfants dénombraient à peine dix cas pouvant poser problèmes. Là, Mr Fenech, président de la commission et de la Miviludes a eu un problème : comment justifier son activisme sur le sujet, puisqu’il n’y a en fait rien à en dire ?

    • Vous êtes visiblement très mal informée Pascaline, je puis moi-même vous indiquer des cas d’enfants sous emprise sectaire avec preuves irréfutables et témoignages. La justice en France est mal informée sur ce problème et il en résulte bien souvent que la parent sectaire est favorisé.

      Les pratiques endoctrinantes se développent sous couvert de psychothérapies et des éducateurs favorisent de telles pratiques. Le nier est très graves, malheureusement les institutions sont rétives à réagir, et se rendent ainsi coupables de non-assistance à enfants en danger.

      • Pascaline dit :

        Bonjour Xavier,
        Cela veut dire quoi "les pratiques endoctrinantes" ? Je suis sûre que quiconque vous voit éduquer vos enfants pourra penser que vous les endoctrinez…
        La Miviludes n’a rien à se mettre sous la dent, alors elle lance de vastes campagnes de mensonges… pour faire tourner son fond de commerce.
        Réécouter les auditions de la commission parlementaire sur sectes et enfants… tout est dedans. "Un chiffre insignifiant" s’était exclamé Mr. Fenech, à propos du nombre de cas répertoriés (à peine 10) qui pouvaient avoir un lien avec l’objet du délit tant recherché, mais si dur à trouver.

      • comitecedif dit :

        Bonjour Pascaline,

        Il faudrait lire les autres articles du dossier "Manipulation" que nous consacrons aux pratiques endoctrinantes, nous y faisons référence aux "contes ou métaphores thérapeutiques", aux "faux souvenirs induits" avec notamment des exmples très concrets concernant les accusations délirantes portées contre Christian Iacono, ou encore les pratiques de Benoît Y T qui sont l’objet d’un procès en correctionnel.
        Certes la MIVILUDES se penche sur un certain nombre d’affaires, mais toutes les victimes de mouvements sectaires ne sont pas répertoriées et certaines pratiques ne sont pas suffisamment détailées comme par exemple le "dialogue par les couleurs" dont les promoteurs évoquent la puissance par la possibilité d’imprimer directement l’inconscient du thérapeute sur celui du patient.

        Les techniques d’emprise mises au point par des psychothérapeutes déviants sont, à mon sens, les plus redoutables, cela n’a bien sûr rien à voir avec de l’éducation, si ce n’est peut-être en Corée du Nord. Comme ces pratiques ont toujours une bonne foulée d’avance sur ceux qui dénoncent le phénomène, elles pullulent avant que leurs victimes ne soient répertoriées d’autant que certaines institutions sont complices et infiltrées.

    • psycho-danger dit :

      C’est facile de minimiser le phénomène, mais vous ne pouvez pas prétendre que des enfants ne sont pas la cible des groupes sectaires. Même si on peut discuter sur ce qui est endoctrinement, on ne peut nier que des gens sont en danger, ne serait-ce que dans des affairs comme celle des disparus de Monflanquin.

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