Un de nos adhérents nous signale un entrefilet dans le magazine du Conseil général du Val de Marne de mai 2012 en page 7. Je cite :

 Livre. Jean-Louis Mahé, psychologue au foyer de l’enfance de Vitry-sur-Seine, publie un livre de témoignages de personnels qui côtoient chaque jour les jeunes placés dans les institutions de protection de l’enfance. Polyphonie en internat, paroles de professionnels de collectivités de l’aide sociale à l’enfance, aux éditions Champ social.

Le Conseil général fait d’ailleurs une large promotion à l’ouvrage :

http://www.cg94.fr/webtv/familles/22848-polyphonies-en-internat.html

Première interrogation qui me vient à l’esprit, le livre dénonce-t-il une situation comme nous le faisons dans notre rapport sur le protection de l’enfance (http://comitecedif.wordpress.com/rapport-sur-la-protection-de-lenfance), ou au contraire  défend-il l’institution du placement de nos enfants en se lamentant sur des budgets et en jouant le corporatisme de l’ASE ?

Un petit surf sur le net (http://www.lechoixdeslibraires.com/livre-116955-polyphonies-en-internat-paroles-de-professionnels-de-collectivites-de-l-aide-sociale-a-l-enfance.htm)  nous donne une première idée puisque les personnels de l’ASE sont présentés ainsi :

… les grands, les adultes, les professionnels, ceux-là même qui protègent, décident, organisent, encadrent, éduquent, interdisent, accompagnent, consolent, ceux qui sont là dans le quotidien de l’enfant placé. Qu’ont-ils à dire, à leur tour, ces professionnels de l’enfance en danger sur ces enfances qu’ils accueillent parce qu’elles sont en danger ou en souffrance ?

Pour aller plus loin il faut effectuer une recherche sur l’auteur. Pas bien difficile d’ailleurs car le bonhomme aime à exprimer ses choix. On le retrouve ainsi dans une interview accordée à Libération (http://www.liberation.fr/societe/0101611302-les-enfants-de-la-ddass-sont-toujours-stigmatises) au cours de laquelle il est interrogé sur l’avenir des enfants placés.

Nous nous sommes déjà penchés sur ce problème (http://comitecedif.wordpress.com/2011/04/06/que-vont-ils-devenir), mais il est intéressant de suivre les raisonnements de ce psychologue travaillant en foyer qui est allé rencontrer des adultes avec un passif en ASE.

Ce que l’on peut constater d’emblée c’est l’absence de remise en cause des placements. Pour Jean-Louis Mahé, les enfants placés ont des « origines difficiles », il parle d’une violence subie dans l’enfance ou l’adolescence qui « laisse des traces dans l’existence ».

L’exclusion sociale consécutive au placement n’aurait donc pas son origine dans le placement mais dans les traumatismes vécus au sein des familles d’origine :

« Ils dépensent de l’énergie pour faire ce que d’autres font simplement, car ils n’ont pas reçu cette énergie qui normalement est transmise par ceux qui vous ont mis au monde… Quand on a des parents qui vous aiment et qui voient en vous le plus grand des hommes, c’est plus facile pour la vie future. Quand il n’y a pas cela et qu’en plus il y a de la maltraitance, de la violence, il faut tout reconstruire ».

Je ne suis pas certain que les parents d’enfants placés se retrouvent dans une telle description qui devrait faire réagir avec dégoût ceux d’entre eux qui aiment leurs enfants. Certes dans de nombreux cas les enfants placés ont pu être délaissés, voire maltraités par leurs parents, mais ces cas ne sont pas la généralité que présente Mahé.

Au-delà il y a un constat d’échec que nous ne pouvons que partager : la construction d’une personnalité équilibrée et autonome ne peut se faire dans un foyer. Allons plus loin cependant, et posons que la déstructuration de la personnalité peut être imputable à une mise en foyer et n’implique donc pas nécessairement une incapacité éducative des parents.

Là encore, Jean-Louis Mahé ne prend aucun recul vis-à-vis des responsabilités de l’institution. Il reprend l’opposition entre l’intérêt des parents et celui des enfants dessinée par le docteur Maurice Berger (http://comitecedif.wordpress.com/2012/02/03/les-visites-mediatisees-un-instrument-de-rupture-parentale/) tout en dénonçant la volonté de rendre compatibles ces intérêts. Pour lui, les enfants placés sont d’abord les victimes de leurs parents et ceux-ci « n’ont pas forcément la capacité d’évoluer, de devenir de « bons parents ».

Beaucoup de parents penseront là à la pression de reconnaissance de « leurs  torts », à l’exercice d’une autocritique, à la nécessité de s’humilier pour retrouver la possibilité de rencontrer leurs enfants. C’est au psychologue qu’est Jean-Louis Mahé qu’il appartiendrait alors de trancher en se prononçant sur la sincérité de la contrition des parents. Là encore, faute de cette remise en cause et, conséquemment, faute d’une rupture définitive du lien, l’enfant n’aurait aucune chance d’établir de nouvelles bases lui permettant d’échapper à une spirale de marginalité.

L’ASE n’aurait donc pour seul défaut que sa trop grande volonté de complaire aux parents comme l’énonce le psychologue :

« Aujourd’hui, les placements d’enfants sont moins longs, plus séquentiels. La famille y est plus associée. Est-ce bien ? Ne vaut-il pas mieux maintenir à distance l’enfant maltraité de ceux qui sont à l’origine de ses malheurs et lui offrir la possibilité de décider de faire ce qu’il veut à l’âge adulte ? »

Effrayant pour des parents n’ayant jamais maltraité leurs enfants !

Quant on connaît les réalités des placements abusifs on peut que se scandaliser d’une telle vision idéologique et ne pas s’étonner des énormités contenus dans des rapports socio-éducatifs.

Fallait-il donc aller si loin dans la charge anti-famille pour détourner les regards de l’échec de l’ASE, incapable d’assurer un avenir aux enfants placés ?

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Commentaires
  1. justitia dit :

    « Ne vaut-il pas mieux maintenir à distance l’enfant maltraité de ceux qui sont à l’origine de ses malheurs et lui offrir la possibilité de décider de faire ce qu’il veut à l’âge adulte ? »
    Effrayant comme vous dites lorsque les parents n’ont jamais maltraité leurs enfants. Jamais, je ne remettrais en doute cette affirmation à laquelle j’adhère totalement.
    Cela dit, n’est-ce pas une nécessité lorsque c’est réellement le cas ?

    • CEDIF dit :

      Bien sûr que c’est une nécessité lorsque c’est vraiment le cas.
      Pour autant et justement dans ces cas là, l’ASE ne peut non plus se dédouaner de son incapacité d’insérer les mineurs devenus adultes en imputant son échec en amont.

  2. Bonjour,

    Malheureusement , dans le dossier de la protection de l’enfance , il y hélas aussi des enfants maltraités , plus que nous ne pourrions l’imaginer !…. et bien souvent la question se pose alors de savoir pourquoi trop en sont morts alors que les alertes étaient présentes de tous côtés !… et la question se pose de savoir pourquoi les services sociaux ont tant tardé pour les sauver ..

    Par ailleurs , il y a effectivement des agissements des services sociaux qui agissent à contrario de l’intérêt de l’enfant en voulant les placer à tout prix , ne reculant devant rien , même à fabriquer des faux rapports pour séparer l’enfant du parent qui s’en occupe correctement et qui protège l’enfant autant qu’il peut car il y a des zones d’ombre sur le comportement de l’autre parent ….

    Il est bien évident que tout doit être relatif et que chaque dossier est un cas particulier qui doit être étudié avec justesse et logique …

    Le système actuel doit être remis à plat, car malgré le budget très important de nos deniers public , il y a le constat d’un véritable échec tant pour la protection de l’enfance que des familles

    • comitecedif dit :

      Le constat d’échec est effectivement terrible, car à parler de maltraitances des affaires récentes nous prouvent bien que certaines ont pu se dérouler sans réaction de l’ASE alors que les enfants placés le sont quelquefois et trop souvent sans justification valable autre qu’un rapport social cochonné. Une logique qui nous échappe, enfin pas tant que cela …

  3. Mais quel baratin nous livre ce psy a deux balles, Xavier tu a bien raison les parents ne se reconnaissent pas dans le portrait qu’ils dresse d’eux et du même coup en oubli leur propre dérive, mettant en grande difficulté les enfants qu’ils placent.

  4. ambrodiano dit :

    C’ classique, incapables de se remettre en cause toute cette clique invente alors ses propres theories a la con pour mettre ses crimes sur le dos des parents.

  5. Aristotepiles dit :

    Merci de nous donner de l’espoir, ce n’est pas à nous de nous remettre en cause, nous avons été des parents sensibles et responsables, c’est à eux de se regarder en face.

  6. L’indépendance.
    L’impartialité.
    L’intégrité .
    La légalité .
    L’attention à autrui.
    Discrétion et réserve.

    Plein de mot qui ne veulent plus rien dire, car le Conseil Superieur de la Magistrature ne sanctionne jamais les écarts pourtant trop nombreux de conduite.

  7. [...] Un de nos adhérents nous signale un entrefilet dans le magazine du Conseil général du Val de Marne de mai 2012 en page 7. Je cite :  Livre. Jean-Louis Mahé, psychologue au foyer de l’enfance de Vit…  [...]

  8. victimes de l ase du 94 je souhaiterais un contact pour raconter ce que j i ai vecu et ce que vivons moi et mes enfants en souffrance apres un placement carnage a ma demande pour les proteger de violences du pere et sa compagne! ce que j y ai vu de graves manquement des enfants qui fuguent facil barriere grillages defectueuses route nationnal a quelques m ainsi que foret des violences de la part du personnel sur enfants des medications de la manipulation du conditionnement et des chefs de service pediatre ecucatrice plus perverse que des nazis signaler a l ase meme par des gens qui y travailler on les deplace pour qui se taise l ase mere 94 couvre tous les agissements de ses ss merci de me contacter on me trouve sur fb …………….

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