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La main tendue des « sociaux » est rarement désintéressée, pour cette jeune mère l’épreuve sera terrible. Elle a souhaité livrer son témoignage au CEDIF afin d’alerter sur ce qu’il lui est arrivé dans un  foyer maternel, mettant en évidence les méthodes utilisées avec la complicité de médecins. hospitaliers 

Sans la solidarité de toute la famille, l’intelligence et la préconstitution de preuves face aux sociaux, sans le recours à un expert courageux et indépendant, la maman et son fils étaient perdus ! Ce témoignage c’est donc aussi une leçon qui passe en revue la bonne façon de réagir face aux sociaux pour s’en sortir et contre-attaquer.

Une main tendue

Nous sommes en 2011, j’ai 18 ans, je suis en classe de première et je viens de découvrir que je suis enceinte. L’assistante sociale chargée de mon dossier à la maternité parle à mes parents et à moi-même d’un contrat accueil volontaire avec un centre maternel. Je pourrais alors bénéficier d’un appartement autonome, d’un soutien psychologique pour accueillir cette grossesse inattendue, d’une aide scolaire pour passer mon bac et d’une crèche pour la garde de mon bébé.

Mes parents et moi acceptons cette aide, sans méfiance.

Je suis admise en terminale, je passe le bac de français. Je n’ai aucun souci avec les éducateurs qui trouvent que tout va très bien entre moi et mon fils que j’adore.

Début 2012, je renouvelle mon contrat d’accueil pour 6 mois supplémentaires.

Le foyer maternité d’où l’on s’enfuit 

Bientôt un an au centre, la fin de l’année scolaire et le bac.  Mais mon fils est de plus  en plus souvent malade à la crèche où sévissent en permanence des épidémies de gastro-entérite. Les jeunes mères doivent suivre leurs cours, alors la crèche admet les enfants même  malades malgré le règlement. Il n’y a pas d’infirmerie pour les isoler alors ils se contaminent les uns et les autres.

Les relations deviennent plus tendues entre le foyer et mes parents. Ils font remarquer aux gestionnaires du foyer qu’il n’est pas normal que mon fils soit malade chaque fois qu’il rentre de la crèche, ils soupçonnent un manque d’hygiène.  Mes parents songent aussi que je pourrais revenir à la maison puisque le foyer ne m’apporte en réalité aucune aide matérielle,  je dois tout assumer dans mon appartement en plus de mes cours. C’est ma famille qui m’aide.

Un jour, des filles de l’internat me préviennent  de me méfier des éducateurs, elles m’avertissent qu’il y a beaucoup d’histoires bizarres de mères qui quittent le foyer avec leur enfant brusquement et sans avertir. 

barreaLe cauchemar se précise

Avril 2012, je m’organise entre les cours, mon fils malade, la vie seule en appartement et les révisions du bac. La directrice de la crèche me convoque  avec mon éducatrice, elle veut renforcer le planning de crèche en proposant 3 nuits en plus pour mon fils. Je m’y oppose.

La directrice me répond alors :   On dirait que tu te sers comme excuse que ton fils est malade pour le garder le plus souvent avec toi, tu as peur de quoi  « un placement » ? Je ne sais même pas à l’époque ce que c’est…

Moi : Un placement ? Pourquoi vous dites ça ? Non c’est juste que quand il guérit et qu’après je le remets à la crèche et il retombe malade, de plus les enfants malades ne sont normalement pas acceptés en crèche.

La directrice : Si, pour toi on peut l’accepter maintenant, de toute façon, tous les enfants sont malades donc un de plus …

Je persiste dans mon refus. J’annonce que j’ai effectué une demande de logement HLM, ce qui révèle mon souhait de départ. Je viens de les prévenir, je n’aurais pas dû.

La toile d’araignée se tisse

Mon fils a 9 mois, il est dans la période où les enfants supportent mal la séparation d’avec leur maman  et il résiste tant qu’il peut au sommeil pour rester avec moi…Je dois le coucher malgré lui quand il est épuisé et  parfois le laisser pleurer avant qu’il ne s’endorme. Un jour après la sieste, je découvre que dans son agitation, il a tourné dans son lit et  s’est cogné la tête aux barreaux du fond. Il a deux rangées parallèles de petits bleus de chaque côté du front. Inquiète je le signale à mon éducatrice qui me rassure jugeant les bleus  anodins. Elle m’encourage à le déposer à la crèche le lendemain comme d’habitude.

Mais le lendemain après avoir expliqué comment il s’est fait ça, une nounou arrivée en remplacement appelle SOS médecins en urgence, sans prendre l’avis de mon éducatrice. Ils décident d’hospitaliser mon fils alors qu’il va très bien, que les bleus ont plus de 24 h et sont à peine visibles. Ils me menacent de la police si je ne l’emmène pas à l’hôpital, soi-disant pour faire un scanner !

Les mamans du foyer sont repérées

Au CHU, les choses se passent mal. Je suis traitée avec beaucoup d’agressivité et de mépris parce que je suis une maman du Foyer. Les médecins  refusent de faire une radio ou, un scanner. Une infirmière rate le prélèvement sanguin et fait perdre beaucoup de sang à mon bébé déjà stressé de toute cette agitation. Ils me le gardent 48 h de plus pour refaire le bilan raté.

Un prétexte, puisque le pédiatre rédige une information préoccupante et me convoque à la « Cellule enfants en danger » en juin, en pleine période des épreuves du bac.

Pourtant mon fils ne présente aucun signe de maltraitance, son bilan est bon, tout prouve que les bleus proviennent des barreaux du lit. Nous sortons de là épuisés, traumatisés  physiquement et psychologiquement.

Je continue de préparer mon départ du foyer en cherchant une nourrice.

Ils ne nous laisseront jamais partir !

Mon fils ne va presque plus à la crèche et je suis la plupart du temps chez mes parents.

Cela n’est pas apprécié.

Je laisse tout de même pour une dernière fois mon fils à la crèche le 22 mai 2012, je le dépose à 9 h du matin, il est prévu qu’il y reste jusqu’au lendemain matin. Á 18 h, la crèche  m’annonce le passage de SOS Médecins car mon fils a une otite, et « une trace de morsure ». L’enfant est transféré au CHU.

19 h 30 : Arrivée à l’hôpital, le personnel m’interdit d’entrer en salle d’examen, je me repère aux cris de mon fils, j’entre dans la salle  et constate qu’il n’a pas de fièvre mais un hématome en forme de morsure à la limite de la couche. On ne voit que la trace d’une seule mâchoire. La morsure est encore rouge et la peau irritée autour.

L’interne nous annonce que mon fils va être hospitalisé « pour son otite ». Ma mère qui m’a rejointe s’y oppose calmement, car une otite n’est pas un motif d’hospitalisation.  Elle ajoute qu’une morsure de crèche n’est pas non plus un motif.  Le médecin de garde  entre en disant :  » nous pensons qu’il s’agit d’une morsure d’adulte » et nous indique qu’il nous est impossible de quitter l’hôpital avec l’enfant.

C’est tellement invraisemblable, la morsure est minuscule, rouge vif,  et découverte après 7 h de crèche…Nous pensons tout de suite à réunir des preuves et  nous commençons à prendre des photos en gros plan de la morsure.

À ce moment, le CHU ne prend aucune photo, n’effectue aucune mesure,  ne fait pas de prélèvement  ADN sur la trace.

Ils veulent me prendre mon fils

C’est seulement le lendemain que  je suis informée que le motif réel d’hospitalisation de mon fils est  la morsure. On me dit que le procureur de la République va être saisi, que le placement de l’enfant est demandé  et qu’il va y avoir une enquête.

Enfin… première mesure de la trace de la morsure. Mesure très rapide par le chef pédiatre assisté de l’interne de la veille au soir, il exige que je sois seule avec lui dans la pièce. N’ayant pas vu correctement la façon dont il mesurait, je lui redemande de recommencer sous mes yeux. Il devient nerveux, rougit, ses mains tremblent : il mesure la morsure en diagonale au niveau des extrémités qui sont asymétriques, avec un mètre de chantier et annonce : « 3,5cm, c’est une morsure d’adulte »…Je lui fais remarquer  qu’il ne mesure pas au bon endroit, il me répond que la mesure sera la même, en diagonale à l’extrémité de la morsure ou dans l’espace inter canines et part énervé. …

Depuis la veille au soir, nous avons fait des recherches : il faut respecter des protocoles scientifiques internationaux très précis pour l’expertise des traces de morsures. En particulier, la taille d’une morsure se mesure entre les canines. A partir de 3 cm, c‘est une morsure humaine avec une probabilité de morsure adulte. Moins de 3 cm : morsure d’enfant. Des photos doivent être prises pendant les mesures. La trace doit être abondamment et précisément photographiée et comparée avec un moulage de la mâchoire des suspects.

AUCUNE DE CES REGLES NE SERA RESPECTEE,  NI PAR LES MEDECINS DU CHU NI PAR L EXPERT MEDECIN LEGISTE NOMME PAR LE PROCUREUR qui conclut également le lendemain à une morsure d’adulte sans avoir respecté la moindre règle d’expertise.

Nous ne réclamons rien, de crainte qu’une expertise menée selon les règles ne soit falsifiée, tant il est évident que TOUT EST DÉCIDÉ À L’AVANCE.

Je tente de porter plainte contre la crèche mais  je suis éconduite deux fois. Finalement comme le CHU a saisi le procureur, la brigade des mineurs me reçoit ainsi que mon compagnon  dans le cadre d’une audition.

Votre enfant appartient désormais à l’ASE !

Le 24 mai, les pédiatres m’avertissent que le procureur a délivré une ordonnance de placement de l’enfant qui est confié au CHU dans un premier temps, puis il sera placé en famille d’accueil ou en institution. Les visites de la mère sont restreintes à des visites de jour médiatisées.

On me dit « l’enfant n’est plus votre enfant, c’est l’enfant de l’ASE ! »

L’ordonnance de placement ne m’est pas notifiée. Elle ne m’est même pas lue ou montrée.

Comme il n’y a pas de personnel disponible, je suis autorisée à rester seule avec mon enfant, mais je fais l’objet d’une surveillance constante. Je suis rapidement mise en isolement dans une chambre seule de crainte que je ne communique avec les autres parents.

Mon enfant hurle de tristesse chaque soir quand je pars. Alors qu’il est revenu à une parfaite santé, il reste enfermé dans une chambre pendant 11 jours. A 11 mois il a subi : un examen du fond de l’œil, une échographie complète de tous les organes, 13 clichés (et sans doute plus) de radiographie du crâne et du squelette (attaché sur une planche pendant 45 minutes), une scintigraphie osseuse avec injection de produit radioactif après pose d’un cathéter (ligoté 1h 30 sur une planche de métal).

Son père à été expulsé de l’hôpital, sa grand-mère également, ainsi que son grand-père. Tous sont interdits de visite auprès de l’enfant, alors que l’ordonnance ne restreint que les visites de la mère… 

Je suis presque chaque jour convoquée à des interrogatoires par la pédiatre en présence d’internes, de psy divers… jusqu’à 6 personnes en face de moi ! La pédiatre déclare  organiser ces réunions pour m’évaluer et voir si je ne mens pas aux questions qu’on me pose.  De guerre lasse, je déclare que je refuse de parler avec elle d’autre chose que de la santé de mon fils et que si elle veut aborder un autre sujet, je viendrai avec mon avocat. Elle me répond « pourquoi avez-vous un avocat ? De toute façon les avocats sont interdits à l’hôpital »

Exemple de dialogue au dernier rendez-vous :

Pédiatres (très énervées): « Tous les examens sont normaux,  vous en pensez quoi ? « 

Moi : « Je ne suis pas étonnée qu’ils soient normaux je ne maltraite pas mon enfant, si ils n’étaient pas normaux j’irai porter plainte contre la crèche… »

Pédiatres (de plus en plus énervées)   » Vous n’êtes pas étonnée ? Comment ça ? Expliquez-moi votre raisonnement… »

Moi : «  Je n’ai plus rien à vous dire je ne maltraite pas mon enfant, son père ne le maltraite pas, ma famille ne le maltraite pas. Passez-lui un scanner tant qu’on y est »

C’est fini, ils me l’ont placé en famille d’accueil  !

Vendredi 2 juin 2012, dixième jour d’hospitalisation, il est 14 h, je suis en rendez-vous avec la pédiatre et la psychiatre pour attendre au téléphone l’appel de la responsable de l’ASE.

La psychiatre :  » ce temps de séparation avec votre enfant vous permettra de réfléchir aux choses que vous avez faites ou pas, à l’entourage peut- être dangereux de votre enfant »

Moi : « Attendez vous faite des suppositions sur ma famille et mon conjoint ? Vous êtes une psychiatre, vos suppositions sont inacceptables ! »

La responsable de l’ASE  m’annonce le placement de mon fils en famille d’accueil dans un lieu tenu secret dans l’attente de l’audience devant le juge des enfants.

Je m’effondre en pleurs, la pédiatre et psychiatre sont gênées et me font passer vite dans le couloir en me demandant d être discrète, sans doute pour ne pas affoler les autres parents. J’ai regretté ensuite de ne pas avoir hurlé à tue-tête qu’elles me volaient mon enfant !

Le placement durera 11 jours. Durant ces 11 jours, je ne verrai mon fils qu’une heure, quelques jours avant l’audience dans le cadre d’une visite médiatisée.

La responsable de l’ASE me téléphonera une fois, pour me donner des nouvelles mensongères de mon fils, prétendant que l’enfant s’amusait très bien dans sa famille d’accueil !

La nourrice me tiendra un discours exactement contraire lors de la restitution de l’enfant : il a beaucoup pleuré, fait des cauchemars toutes les nuits.

En face du juge des enfants

12 juin 2012, c’est ma première audience devant la juge des enfants.

Je me défends toute seule face à la juge, à la responsable de l’ASE, au directeur du foyer maternité. Je sens les services sociaux agressifs, ils avancent mensonges sur mensonges sur ma famille et moi afin que le placement soit prolongé. Mon éducatrice n’a plus de couleurs, elle est grise…mais n’a rien à dire !

J’apprends avec stupéfaction que les bleus d’avril dus aux barreaux du lit, sont devenus pour la police « des traces de doigts » !

J’en sais suffisamment maintenant sur ce genre d’affaires pour savoir que si je ne sort pas mon fils de leurs griffes tout de suite, ils ne me le rendront peut-être jamais.

Mon avocate ne dit rien, les deux autres avocates contactées avant l’audience ne m’ont plus données de nouvelles. Elle gagne uniquement ses substantiels honoraires en remettant à la juge une liasse de témoignages de moralité que mes parents ont recueillis auprès de notre famille et de nos amis pendant les dix jours précédents. Elle ne fait rien de plus !

Au grand dépit de l’ASE, la juge met son jugement en délibéré jusqu’à l’après-midi pour étudier le dossier remis par mon avocate et décide de restituer l’enfant dès le lendemain, le 13 juin ! Quel bonheur !

Quelques jours plus tard, je reçois un avis de classement par le procureur de la plainte pénale du CHU contre X pour faits de maltraitance.

Puis ensuite, l’ordonnance de la JDE. C’est une horreur, Mais j’ai mon enfant !  Toutes les accusations de l’ASE et du CHU sont reprises sans recul. Il n’est fait aucune mention des témoignages produits, de mes arguments. Je suis sauvée essentiellement par le rapport très honnête (oui, ça existe !)  de l’éducatrice présente à la visite médiatisée qui souligne la qualité de ma relation avec mon fils.

L’épée de Damoclès

L’enfant reste avec moi tant que je respecte les mesures :

Suivi AEMO, MJIE, CMP, obligation d’un suivi psychiatrique  personnel (ça c’est illégal !).

Obligation « d’accomplir les démarches » pour réintégration d’un centre maternel.

Ils ne me lâchent pas, me conservent un passif et peuvent reprendre mon fils à tout moment, je dois donc faire preuve de duplicité.

Je  saurai suivre les instructions à la lettre, jouer sur les mots et « accomplir les démarches » … sans y aller !  C’est une assignation à résidence alors que je suis majeure !

Interdiction pour mon compagnon de rencontrer mon enfant.

Avec de telles charges, je sais que je ne pourrai reprendre mes études.

Au moins je vais neutraliser la PMI, je mets donc en place un suivi mensuel pour mon fils avec notre médecin de famille.

Dernière audience devant la juge 

Mon suivi AEMO et la MJIE se passent bien, avec une expertise psychologique très positive, et des avis pour l’arrêt de toutes les mesures, en accord avec la psychiatre du CMP, la psychologue du foyer Croix Rouge, à qui j’ai tout raconté et annoncé que je ne viendrai jamais !

Nous avons la chance d’avoir affaire à des professionnelles compétentes et honnêtes.

Je réside chez mes parents et la qualité de l’environnement social dont elles sont sans doute peu familières,  les a sûrement  incitées à la prudence dans leurs conclusions, ne sachant pas où elles mettraient les pieds si elles persévéraient dans les errements du CHU…

Elles  rendent des rapports en ma faveur et en celle de ma famille et laissent planer quelques suspicions sur le foyer pour jeunes mères.

Juin 2013 : la juge me propose par courrier la fin des mesures et le classement du dossier, sans tenir audience.

Je refuse et demande une audience, car je veux que ma nouvelle avocate qui me soutient (enfin) depuis un an produise les deux expertises scientifiques dont je n’ai parlé à personne jusque là.

Les expertises ont été faites à ma demande par un spécialiste en identification criminelle et concluent en toute certitude que cette trace morsure ne peut en aucun cas  correspondre à ma dentition ou à celle de mon compagnon et qu’elle n’est pas celle d’un adulte mais d’un enfant de 2 ans ou 3 ans.  L’expertise et les autres productions de mon avocate font sensation…Mon avocate annonce que nous irons au pénal !

Comment je m’en suis sortie

Je suis allée consulter moi-même mon dossier au greffe avant chaque audience, et j’ai noté le maximum de choses.

Dès que j’ai récupéré mon fils, j’ai demandé communication de l’intégralité des dossiers médicaux du CHU, celui de ma grossesse, puis des deux hospitalisations de mon fils.

J’ai demandé l’ORIGINAL sous format dématérialisé des photos prises par le CHU (hématomes au front et morsure).

J’ai également demandé le dossier médical de mon fils à SOS Médecins.

Avec ma mère et mon avocate, nous avons  littéralement « épluché » ligne à ligne ces documents, ce qui nous a permis de retracer exactement la chronologie des faits, de découvrir de nombreux mensonges du corps médical, de la crèche, des contradictions d’un document à l’autre.

Ce travail nous a permis de préparer à l’avance des documents destinés à contredire auprès de l’enquêtrice les différents mensonges de l’ASE, du foyer maternel ou du CHU.

Ainsi, avec ma famille, nous avons méticuleusement contredit auprès de l’enquêtrice, pièces à l’appui et calmement, tous les mensonges du foyer et du CHU.

Mon avocate a demandé le dossier du procureur et l’a aussi passé au peigne fin. La comparaison de ce dossier judiciaire et du dossier médical a mis en évidence les falsifications des éléments transmis par les médecins au procureur puis au juge des enfants pour obtenir le placement, Et aussi les mensonges du personnel de la crèche du foyer.  

Je ne peux pas en dire plus maintenant, car ce sont des éléments que j’utiliserai dans le cadre de notre plainte avec constitution de partie civile.

Pendant les mesures, nous avons vérifié la légalité de chaque point de l’ordonnance, pour connaître ma marge de manœuvre.

J’ai confirmé tous mes rendez-vous par courrier recommandé, pour garder des preuves de ma « coopération » aux mesures.

 Avec ma famille, nous avons préparé soigneusement chaque rendez-vous, puis noté après ce qui s’était dit. Nous nous sommes gardés de toute critique, de toute agressivité, chaque mot a été pesé…

Enfin, le plus important, dès le début à l’hôpital, nous nous sommes méfiées, nous avons cherché à recueillir des preuves en faisant des photos, de la trace de morsure, du dossier médical dans la chambre et des vidéos pour attester du comportement de l’enfant.

Nous avons fait des recherches sur les aspects médicaux, juridiques et préparé pour nous et les avocats toute une masse de documentation sur les points soulevés. Ceci nous a permis lors de l’enquête d’avancer des arguments solides : ex des bleus sur le front d’un enfant qui se déplace à 4 pattes, NE DOIVENT PAS ETRE CONSIDÉRÉES COMME UN SIGNE DE MALTRAITANCE en l’absence de tout autre hématome ou signe clinique…

Enfin, nous sommes entrés en contacts avec des experts auprès des Cour d’Appel  en odontologie, spécialistes de l’identification criminelle (extérieurs à notre région par précaution). Choqués par l’affaire, mais pas surpris…Deux ont accepté de travailler avec nous.

L’un a pu réaliser dans le cadre d’une société privée, des expertises de haut niveau à partir de nos photos (faites avec un téléphone portable et très bonnes) et celles du CHU (prises avec un énorme appareil professionnel et qui ne valent rien !) des moulages dentaires que nous avons faits. L’autre se met en réserve pour réaliser une contre-expertise, dans le cas où elle serait demandée dans le cadre de la plainte avec constitution de partie civile que je prépare.

Mes plus sincères remerciements au CEDIF  en espérant que cela puisse aider d ‘autre famille et leur donner de l’espoir.

hellLe témoignage de Virginie N ne peut laisser personne indifférent, au-delà d’un récit de vie, c’est aussi une réflexion sur la condition des enfants placés qu’elle nous livre. Mieux qu’une conférence, qu’un symposium de l’ONED au milieu d’associations collaboratrices, ce sont des paroles de vérité sur ce que nous appelons au CEDIF la barbarie des sociaux.

Les dix mots les plus terrifiants sont : « Bonjour, je travaille pour l’Etat et je viens vous aider » (Ronald Reagan)

J’ai fait l’erreur de frapper à la porte de l’ASE en juillet1997.

Je pensais naïvement pouvoir être aidée, sans avoir auparavant jamais eu connaissance du social. Je sortais de la dépression grâce à cette « annonciation » qui redonnait un but à ma vie. Mais, face à des conflits familiaux, au désaveu de paternité du géniteur, j’’avais juste besoin de m’éloigner, de construire des projets viables pour ce bébé que j’attendais. Je demandais à être aidée dans cette évolution nouvelle pour repartir sereinement sur des bases SAINES.

Je vais parler en toute confiance à une inconnue qui n’est pas mon amie. Je vais livrer à cette assistante sociale ma vie, mon histoire, je me confie, j’en dis trop, j’expose mes vulnérabilités, mes mots ne tombent pas dans l’oreille d’une sourde. Quelle erreur !

Comme je m’en rendrai compte plus tard, cette clique est à l’affût de la moindre vulnérabilité et vous juge selon ses propres valeurs. Lorsque vous êtes fragilisé, déstabilisé, les persécutions peuvent s’enchaîner : contradictions, infantilisation, intimidation, menaces, condescendance, « médiocrisation », dévalorisation, culpabilisation, ils mélangent toutes les stratégies…. que ce soit envers les parents ou les enfants, sur lesquels c’est plus facile, cela s’imprègne à vie !

Le foyer maternel c’est l’enfer !

L’ASE m’ouvrira ainsi la porte d’un foyer maternel, je ne m’attendais pas à ce que j’allais trouver. Je ne veux pas rester dans un tel lieu, j’y suis d’ailleurs mal vue, cataloguée, on dit que je suis « sale » car je ne veux pas m’exposer dans leurs douches communes. Le foyer maternel c’est l’enfer, l’assistante sociale vient me rencontrer. Je lui parle encore en confiance, sortez-moi d’ici !

Un mois,  après je sors, je ne savais pas encore qu’un rapport social catastrophique était en cours et alimenté par le géniteur de mon enfant.

Ce rapport je vais le découvrir plus tard, on m’y impute tous les échecs possibles, des pensées et propos incohérents, un manque de questionnement, il est anormal que je n’exprime pas de craintes pour la grossesse et l’accouchement, pour le développement du bébé. On me reproche en même temps une idéalisation de l’enfant et son rejet. Je suis taxée d’une suspicion d’alcoolisme dont j’ai compris la source : lors d’une visite, une bouteille de bière entamée est posée sur le bureau, on me demande si j’en bois, je réponds qu’il m’arrive d’en boire un verre quand le père vient me rendre visite… Il sera écrit que l’on trouve ma chambre jonchée de bouteilles de bière vides !!! Ce qui sera confirmé par mon précédent compagnon, il n’en était pas à son coup d’essai car il avait pareillement calomnié son ex-épouse.

Je ris tout le temps, écrivent-ils, je dois être un peu folle ?  Je parle aussi  au bébé dans mon ventre, ce qui ne semble pas normal. Le logement  (une chambre meublée, et alors ? propre en tout cas, on a vu pire pour accueillir un bébé !) est inadapté à l’accueil d’un bébé, le trousseau, complet dès janvier, avec de la layette tricotée, est « insuffisant »….etc…. Bref, une future mère « à côté de la plaque », immature, négligente,  …

L’enfant du conseil général

À la fin de ma grossesse, je retourne vivre dans ma famille, toutes les tensions étant éteintes autour de ce petit garçon.

La naissance d’Alexis a lieu en février 1998, elle s’est déroulée merveilleusement, les rapports de la maternité sont excellents, j’apprendrai plus tard, qu’ils avaient eu ordre de le prendre de suite et de ne pas me le laisser, ce qu’ils n’ont pas eu le cœur de commettre, ils se sont fait réprimander d’ailleurs.

Quinze jours plus tard, je reçois un compte-rendu d’audience. Une audience qui concerne mon enfant et moi-même, pourtant je n’en ai pas été avertie, je n’ai donc été ni convoquée ni entendue !

Je tombe des nues : la garde de mon bébé a été attribuée à ma mère en tant que tiers digne de confiance. Le placement avait été demandé mais refusé, avec suivi éducatif… L’enfant ne m’appartient pas, je n’ai eu que le droit de le mettre au monde. On me fait savoir verbalement que mon enfant est « un enfant du conseil »,  il n’a pas de nom, pas d’identité…

Inquisition sociale à domicile

Le conflit familial revient d’un seul coup, il sera largement amplifié par l’éducatrice qui débarque chez nous en terrain conquis. Nous sommes livrées à une inquisition totale et sans possibilité de refus,  nos vies privées n’ont plus de secret pour l’inquisitrice sociale. Ma mère, ma grand-mère (77 ans), ma tante,  chacune est interrogée séparément comme lors d’une garde-à-vue.

« Vous avez divorcé, vous aviez des problèmes avec votre époux, lesquels … »

« Vous êtes restée célibataire, c’est un choix ? Vous aviez des problèmes avec les hommes ? «

L’éducatrice se nourrit de toutes les failles qu’elle croit déceler, comme un vautour sur les dépouilles qui lui servent de repas. Pour l’État social normalisateur, chaque intervention fait vivre ses employés charognards sur les tares fantasmées d’un peuple sous tutelle, qui paie ses bourreaux.

Chaque reproche fait aux membres de ma famille m’attire l’animosité de ma mère, de ma grand-mère, de ma tante. L’enquête sociale touche aussi mes deux soeurs et ma cousine, ce qui  sème un désordre complet dans la famille. Les propos échangés sont habilement reformulés, les conflits engendrés savamment alimentés et commentés. L’inquisitrice provoque ce qui justifiera a posteriori son intervention : elle met le feu à ma famille !

Je ne veux pas me résoudre à la perte de mon fils, j’écris au juge des enfants pour me plaindre de la façon dont j’ai été dépossédée de ma chair. En réponse, il me convoque à une audience, laquelle donnera lieu à une ordonnance d’expertise psychiatrique.

Calomnies à outrance

L’expertise relève de la parodie pure et simple. Elle se déroule en une demi-heure pendant laquelle mes (rares) propos sont interrompus, reformulés, mélangés. Des questions très pointues et pernicieuses me sont posées sans pudeur ni ordre, en quinconce, j’en ressors brisée, en larmes. Cet expert rendra un rapport totalement aberrant, me qualifiant de hautement pathologique, immature, fragile, bourrée de carences affectives, en recherche de relation fusionnelle…

Ne pouvant attaquer ma prise en charge du bébé, ni ma moralité, ni prouver mon « alcoolisme », les sociaux se jettent sur mon psychisme comme des chiens sur un bel os. Mes projets, mon amour pour mon enfant sont retournés contre moi comme pathogènes dans la relation mère-fils.

À l’issue des six mois infernaux, qui avaient commencé de manière paradisiaque…. mon bébé échappe aussi à ma mère sous prétexte des conflits familiaux réanimés par les sociaux. Je suis disqualifiée en ma qualité de mère car mon trop grand investissement serait de nature à nuire gravement au développement psychoaffectif d’Alexis. J’apprends aussi que je suis désormais  maniaque de la propreté, cela me va mieux que la calomnie de malpropreté dans le précédent rapport. Mais me voici aussi atteinte de TOCS, rigide…

À ce moment là j’ignorais tout de leur fonctionnement, je n’ai pas osé réagir, je ne savais pas comment. Je ne pouvais pas non plus compter sur les avocats qui m’ont défendue très mollement. J’ignorais la partie cachée des rapports et les investigations extérieures.

Mais il n’en faudra pas plus pour que mon bébé ne reste pas dans ma famille. En septembre il est placé.

Ils veulent me faire placer mon propre fils !

La rupture familiale est alors totale. J’en souffre énormément et je replonge dans la dépression. Je fais une nouvelle rencontre avec un personnage qui n’aurait jamais dû croiser mon chemin. Les violences de cet homme vont s’abattre sur moi après que je sois enceinte de lui.

Mon fils évolue une famille d’accueil, je peux lui rendre visite 3 heures par semaine, mais ils ne m’ont pas accordé de passer notre premier Noël ensemble.

En avril 1999, le placement d’Alexis est reconduit comme il le sera successivement les deux années suivantes. Mon fils Hugo naît en août 1999, le mois suivant ils me contraignent à une assistance éducative qui va durer.

Ils veulent aussi Hugo,  ils vont faire feu de tout bois alors que ma relation se dégrade de plus en plus avec le géniteur violent. Celui-ci alimentera leurs rapports calomnieux et en retour sera considéré comme le parent vertueux, les sociaux me le feront d’ailleurs savoir à travers un de leurs courriers truffé de fautes.

Ma famille se manifeste à nouveau, se rapproche, c’est grâce à eux que je tente de reprendre ma vie en main, je me sépare alors de mon conjoint. Tout s’arrange et cela ne fait pas l’affaire de l’assistante sociale qui va directement à l’essentiel : elle me propose de réclamer moi-même une ordonnance provisoire de placement ! Je refuse, elle tentera sa chance à plusieurs autres reprises, me laissant deviner que de toute façon son rapport lui permettra d’obtenir ce qu’elle veut.

Je ne vais pas bien, elle cherche à m’en persuader.

Ainsi, lors d’une visite « surprise » de l’inquisitrice sociale, elle me surprend descendant l’escalier. Ce jour-là pas maquillée et vêtue d’un jean’s et de tennis, elle me regarde avec une grimace apitoyée… »oh la la, Virginie, que tu as l’air fatiguée, ça ne va pas du tout hein ?« … J’allais très bien, enfin tranquille, séparée d’un mauvais conjoint,  pouvant disposer de l’argent pour mes enfants et commencer à acheter des bricoles pour le logement. Voilà ce que c’est quand on ne se maquille pas pour aller aux courses !

Cela continuera par la suite, chaque travailleur social reprenant la même méthode, à chaque rapport s’ajouteront de nouvelles calomnies…. Mon compagnon me cogne et je me défends ?  Me voici violente.   Je n’ai pas terminé volontairement mes cursus universitaires? On dira que j’ai « échoué ». Comment échouer lorsqu’on ne se présente pas à un diplôme ? On qualifiera mon parcours personnel de « chaotique ». Le reste est à l’avenant avec des termes creux comme « situation complexe ; compliquée, difficile à évaluer, carences ».

Qu’ont-ils fait de mon fils ?

Enfin, quatre ans après les premières mesures de harcèlement social, mon fils Alexis revient. Le  placement est levé et une intervention éducative à domicile (IEAD) est mise en place pour 6 mois. La mesure se passe bien, pourtant dans quel état ils me le remettent !

Alexis me rejette. Il a passé les premières années de sa vie loin de moi et il semble m’en vouloir. Son comportement à l’école pose problème : il se met en danger, est agressif avec les autres. Qu’ont-ils fait de mon fils ? Puis c’est l’assistante maternelle qui s’impose, envahit la vie d’Alexis. Je me sens complètement impuissante.

Cette assistante maternelle est une calamité et pas moyen de m’en débarrasser. Il passe du temps là bas devant des consoles de jeux violents. Il casse tout et n’a pas à admettre la moindre frustration.

Extrêmement médisante, l’assistante maternelle m’attaque sur tous les front en présence de mon fils, devant les mamans de l’école qui me connaissent et sont outrées, devant ma mère également.

Alexis se fait payer tout ce que je lui refuse, non par manque de moyen mais par conviction. Il n’est pas forcément là quand je me présente, l’assistante maternelle me le ramène alors à la maison à des heures indues après l’avoir gavé de frites ou de chips sous le prétexte fallacieux que je « ne faisais pas à manger ». Elle me fera aussi passer pour une indigente à l’école, en m’y apportant des sacs de vêtements usagés ou hors d’usage, créant un esclandre lorsque j’accoucherai de ma fille en prétendant que je faisais vivre Alexis dans des brimades permanentes.  et que je donnais naissance à « un petit malheureux de plus« ….

J’avais pensé me débarrasserais d’elle en déménageant, mais elle parvint à obtenir mes coordonnées et continua ainsi à contacter Alexis en lui envoyant de l’argent, elle lui a même payé un forfait téléphonique, ce que j’ai découvert longtemps après et que je n’approuvais pas. Pour moi les biens s’acquièrent par le mérite, ils ne sont pas gratuits et les enfants doivent aussi l’apprendre.

Les séquelles d’un placement

En 2003 je suis enceinte pour la troisième fois, le papa est un homme adorable, malheureusement dévasté par son histoire personnelle. Il préfèrera me quitter.

Me voila de nouveau seule dans ma maternité. Ma fille Fabiola naît en décembre 2003 dans un contexte de difficultés de plus en plus ingérables avec Alexis. Je me confie à une psychiatre en CMP, celle-ci réagit en se moquant ouvertement de moi, sans réagir à mon alerte.

Je suis prise en tenaille entre ma défiance à l’égard des services sociaux et ma détresse face à mon fils que je suis incapable de canaliser à cause pour partie de la contre-éducation qu’il a reçu d’abord par deux placements en foyer et par cette assistante maternelle. Je sollicite donc le directeur de l’unité territoriale de prévention et d’action sociale. Il me tape sur l’épaule en me disant que j’ai toutes les compétences pour éduquer mes enfants, qu’une intervention des services serait une perte de temps, etc…. Plus tard j’ai droit à l’intervention d’une AS, qui se contente de constater les dégâts.

Alexis a 8 ans désormais, il est devenu dangereux pour son petit-frère et sa petite-sœur. Que faire ? J’écris au juge des enfants pour lui détailler mes craintes en spécifiant bien que je n’ai aucune difficulté avec mes autres enfants. Nous sommes en octobre 2006 et je me suis piégée à nouveau, une investigation orientation éducative (IOE) est décidée, mais pour mes trois enfants !  La mesure conclue à de mauvais rapports avec mes enfants … Détails ?   AUCUN !

Pendant ce temps Alexis est en proie à des crises de violence inouïes pour un enfant de son âge, il doit être hospitalisé plusieurs fois, sans qu’aucune trace n’apparaisse. On m’accusera ensuite de l’avoir maltraité, je serai mise en garde à vue, puis relaxée en correctionnelle, mais mes enfants sont tous placés en urgence.

La contre-éducation des éducateurs

Quelle satisfaction haineuse les comble, quand ils mettent une famille à feu et à sang, quand ils voient un tout petit enfant pleurer les larmes de son coeur, quelle faille personnelle comblent-ils, quels manques, ou au contraire, pourquoi l’éducation  ( la même que le mienne, moi qui ne l’ai pas contestée) qu’ils ont reçue leur pèse-t-elle autant ????

Je n’ai pas droit au moindre égard, les sociaux tiennent à mon sujet des propos dégradants, menaçants même et en présence de mes enfants. D’ailleurs, au foyer, un travail de sape total est mené sur mes deux garçons, je serais snob, abusive, les enfants sont abreuvés d’infamies me concernant.

Quant à moi il s’agit de me déstabiliser, leur attitude est tantôt apitoyée, tantôt condescendante, infantilisante à mon égard, leurs contradictions sont nombreuses pour brouiller mon esprit et me faire adhérer à leurs affirmations et méthodes.

Pourtant je continuais à intervenir dans la vie de mes enfants, Dieu sait que je ne m’en suis pas privée, et à leur grande colère.

Le foyer n’est pas un lieu où l’on s’occupe correctement des enfants. Mon fils Hugo est resté des semaines avec des verrues plein les pieds et les mains. Je l’ai emmené moi-même chez le dermatologue (ce qui m’a été vertement reproché), qui les a traitées et prescrit une préparation magistrale qui ne lui a jamais été appliquée. Il ne portait qu’une seule tenue  par semaine, les vêtements étaient mélangés, passés à l’eau de Javel, jamais repassés.

En février 2009, le jour de mon mariage, j’ai dû préparer les vêtements d’Hugo, il m’attendait en pull à même la peau, sans chemise ni maillot de corps pourtant apportés la veille, neufs, lavés et repassés.

On m’avait dit que je ne reconnaîtrais plus Hugo au bout de quelques temps… Je crois que c’est la seule vérité que j’ai entendue en dix sept ans ! En effet, à peine deux mois plus tard, il avait été mis en contact avec les gamins les plus difficiles, il a commencé à dire des mots obscènes, s’est coiffé d’une crête. Mon fils qui adhérait sans problème au modèle d’éducation que je lui avais inculqué a été conditionné en deux mois à leurs délires éducatifs gauchistes. Leur méthode ? On mélange les enfants quel que soit le sexe, l’âge, les antécédents, on dénigre les parents et leurs méthodes éducatives si elles existent.

Pour anecdote Hugo face à une liste de jouets dans laquelle on lui demandait de faire un choix, répond : « Mais c’est le Père Noël qui choisit ! » L’éducateur lui répond « Nan, c’est des conneries, le Père Noël il existe pas, c’est les parents qui font croire ça aux enfants, ce sont eux qui achètent les cadeaux. »

On livre les enfants à eux-mêmes, les soins médicaux sont négligés, l’hygiène est calamiteuse, la promiscuité ne pose pas de problème. Les éducateurs peuvent aussi se « défouler » sur les enfants, ceux qui sont éduqués sont confrontés aux problèmes des autres, ils se rendent comptes que les attitudes débridées ne sont pas sanctionnées, ainsi le modèle est vite pris. L’enfant va naturellement là où les contraintes sont moindres.

Les petits se retrouvent donc sans repères, et on leur fait valoir que tout est facile, possible, exigible, sans fournir le moindre effort, on leur fait entendre qu’ils ont des droits supérieurs à ceux de leurs parents, le droit à l' »indépendance », à l’intimité, à la vie privée, d’être décisionnaires…. Voilà les cas sociaux de demain en fabrication, et vous parents, vous n’avez plus qu’à constater puisque la moindre de vos interventions est « sanctionnée, et pleurer sur vos gentils petits démons en culottes courtes !

Les foyers éducatifs sont un repère de planques de stupéfiants, boissons alcoolisées et de fruits de vols…. c’est là que mon fils a fumé ses premiers joints….

Un exemple de leur manière de nier l’individu ? C’est tout bête, j’apportais des friandises à mes fils, systématiquement ils devaient les partager. Je n’ai rien contre le fait d’offrir des bricoles aux autres enfants, je n’ai pas attendu les éducateurs pour le faire. Mais le principe de prendre d’autorité m’a mise en colère, le don c’est spontané, ici il s’agissait de casser le fait qu’un enfant ait reçu quelque chose de son parent, il se le voyait confisqué sans autre explication que « l’égalité sociale », la « solidarité » ! Ou plus exactement ce qui en tient lieu dans des esprits malades qui se permettent d’éduquer à leur façon.

Heureusement Fabiola a été relativement protégée, je n’avais pas à me plaindre de la famille d’accueil dans laquelle elle fut placée.

Encore un an, en novembre 2009 les enfants reviennent à la maison. Hugo a pris de très mauvais pli en foyer et Alexis ne s’est pas calmé, il va sur ses 12 ans et a commis des délits : vols, violences, drogue plus tard. Il est de nouveau placé en octobre 2012 et la menace plane sur mes autres enfants.

Ils n’auront pas ma fille !

Fabiola est dans l’angoisse que tout cela recommence, elle en a fait pipi au lit jusqu’à l’été dernier. Elle se rassure petit à petit, malgré son manque de confiance, elle a des amies, elle est gaie la majeure partie du temps, plus participative. Fabiola est une petite fille de dix ans, qui aime tout le monde, ne comprend pas la méchanceté, avec un petit monde à elle, il lui reste un peu de  naïveté : elle croit encore au Père Noël. Pour le reste, elle réagit très bien aux principes éducatifs, et s’intéresse à tout. Elle souffre d’accès de tristesse et d’angoisse de séparation vis-à-vis de moi, elle est donc assez possessive à mon égard.

Je pensais aller mieux moi aussi, même si je suis impuissante désormais à aider Alexis, cassé dès sa tendre enfance par l’ASE. Je déménage pour un logement plus convenable, j’entame une formation professionnelle. Quand tout va mieux l’assistante sociale    (éducatrice) n’est pas loin pour tout saper. Elle est revenue dernièrement avec des paroles mielleuses sur mon évolution : « vous vous sentez bien, j’en suis heureuse, mais remettez vous en cause dans vos principes éducatifs, ils sont caducs , abusifs, … »

Si j’avais pu appliquer mes principes éducatifs, contredits en permanence et en présence de mes enfants, nous n’en serions pas là. Mes principes éducatifs sont traditionnels, ils sont aussi ceux que j’ai reçus, et alors ? On ne m’a jamais donné l’opportunité de les faire respecter puisque mon autorité même était remise en cause par une profession qui a fait de mon fils aîné un délinquant récidiviste sans le moindre repère. Quelle leçon éducative ces gens sont-ils capables de nous donner ?

Au total j’ai donc passé dix-sept années entre les tribunaux, les bureaux de l’ASE, les commissariats, les geôles, moi qui n’avais jamais vu d’assistante sociale, qui n’avais jamais eu besoin de quoi que ce soit, qui n’ai jamais enfreint les lois. Dix-sept ans de nos vies gâchées, sans épanouissement professionnel ou personnel, dans la peur permanente, la honte et l’opprobre.

L’arrachement au milieu familial  est un crime contre l’humanité à part entière et la cause d’une douleur abominable. La stigmatisation du rôle parental, les accusations toutes aussi confuses les unes que les autres, nous relèguent au rang d’incapables notoires et de bourreaux. Tandis que l’on donne par accident une gifle à un enfant, d’autres enfants meurent, martyrisés quotidiennement, par des « parents » auxquels on trouve des excuses, et qui sont condamnés mollement. Nous, les parents intentionnés et attentionnés, sommes condamnés d’office, et à perpétuité !

Mes deux fils n’ont pas la notion de famille, ni de valeurs familiales, ni d’individualité d’ailleurs, tous les rêves que j’ai pu faire quant à leur éducation et tout ce que je voulais partager avec eux, ont été anéantis dans l’œuf ! On a « lavé » leur cerveau, je suis démunie de tout les concernant. Ce sont deux adolescents qui n’ont jamais été des enfants, et ont refusé tous les privilèges de l’enfance, parce qu’on leur a fait croire que l’enfance n’existe pas et que les parents n’ont aucun droit !

Mais ils n’auront pas ma fille. Même si ils essaient encore. Le dernier entretien avec l’éducatrice a donné lieu à des récriminations acérées à mon égard, cette dame voulait envoyer Fabiola en évaluation pour huit semaines en gîte, en me précisant bien que mon refus pouvait donner lieu à une ordonnance d’office du juge… Je suis donc contrainte: de voir un psychologue, de la mettre en centre de vacances bien qu’elle refuse, de lui couper les cheveux, de lui trouver une activité à  l’extérieur.

Comment peuvent-ils être assez cruels et haineux, pour croire qu’un petit enfant arraché de force à sa mère, puisse l’endurer sans conséquences lourdes et à long terme, et m’accuser, moi, de ne pas savoir la « réparer » en seulement quatre ans, alors que les pressions permanentes et menaçantes continuent, déstabilisent la famille, alors que les interventions en situation de danger sont incohérentes ? Pour eux il faudrait qu’un enfant ait des réactions d’adulte face aux difficultés qu’ils induisent eux-mêmes volontairement….

Toute personne qui de bonne foi, a la naïveté de pousser un jour la porte d’un service social, pour quelque raison que ce soit, perd définitivement les clés de son destin, et livre malgré elle sa famille, ses enfants, et leurs futurs enfants, à une vie sans existence !

 Profession : travailleur social

Je suis une travailleuse sociale et je souhaite faire part de mon expérience au CEDIF, à travers mon récit vous pourrez vous rendre compte que la situation qui est faite aux familles est bien celle que vous décrivez, voire pire encore.

Je voulais aider les plus faibles

J’ai débuté ma carrière dans le social en 1989 en tant qu’aide médico-psychologique (AMP), ce profil de formation autorise essentiellement des interventions auprès d’un public handicapé. Selon le handicap la formation nous instruit sur les méthodes d’accompagnement, la finalité visant le bien être et le respect de la personne. J’ai toujours agit normalement avec les autres, à savoir : aider les plus faibles. C’est naturellement que je me suis dirigée vers les métiers du social.

Ma première expérience dans le handicap me permet à ce jour de différencier l’accompagnement des personnes : le handicap subit moins d’abus que l’ASE.

La maltraitance existe dans le handicap mais elle est reconnue et des actions sont mises en place pour corriger les fautes professionnelles. Dès le début de ma carrière je me suis opposée à toutes formes de maltraitances, j’ai commis des erreurs dues à la fatigue, un manque de savoir et de connaissances des pathologies de type psychiatrique qui nous placent dans des situations complexes et qui font peur. Cependant, je me suis toujours « dénoncée », si je puis dire et excusée auprès des personnes et leurs parents en mentionnant qu’ils avaient le droit de porter plainte si mes arguments leurs semblaient futiles.

Ceux qui aiment leur métier et ceux qui s’aiment tout simplement

 Ainsi de 1989 à 2002 je travaille avec un public handicapé, je change d’établissement, j’y retrouve les mêmes difficultés, des collègues qui aiment leur métier et d’autres qui s’aiment tout simplement. Les équipes sont formées d’AMP, moniteurs éducateurs et éducateurs spécialisés. L’AMP étant considéré comme inférieur aux autres.

Cette infériorité ne me dérangeait pas, j’ai toujours aimé être au plus près des personnes que j’accompagne, je me suis formée durant ces années de pratique : écrits professionnels, équithérapie, prévenir l’épuisement en relation d’aide, j’ai beaucoup lu et toujours cherché à comprendre les comportements des personnes, surtout pour convaincre les têtes bien pensantes que chacun a les mêmes droits et qu’il est important de ne pas faire à l’autre ce que nous n’aimerions pas qu’il nous fasse.

J’ai eu peu de contact avec les assistantes sociales à cette époque, elles s’occupent de l’administratif et des prestations, cependant il est vrai que n’étant pas sur le terrain, elles sont pour ainsi dire attachées à la Direction et de fait se donnent sans doute une importance de supériorité, certaines supervisent les admissions mais rien de comparable avec l’ASE.

Pour résumer le monde du handicap bénéficie plus étroitement des lois qui les protègent, rien n’est idéal mais ils sont reconnus et défendus, les Directions sanctionnent la maltraitance.

Du handicap à l’ASE : plongée dans la quatrième dimension du travail social
Dame ASE

DAME ASE COMME TU AS DE GRANDES DENTS

Ce que nous recevons comme information par les médias est malheureusement vrai, bon nombres de travailleurs sociaux sont maltraitants, cela ne vient pas du contenu de la formation, cela vient du paradoxe entre ce contenu et l’impossibilité de mettre à l’œuvre ces savoirs sur le terrain car les stagiaires se confrontent aux anciens qui n’ont pas envie de changer leurs « bonnes » habitudes.…….

Ainsi pour se faire une place il faut être solide et ne pas contrarier le référent de stage, en général…..

En 2002, j’obtiens un poste au conseil général, ASE. Je suis monitrice éducatrice, j’accompagne des adolescents placés. OUPS !!!!!!!

Très vite je suis en désaccord avec la responsable et l’équipe, les ados sont violents en permanence, ce n’est pas normal. Je m’intéresse de près à leur parcours, je demande à changer le règlement qui n’est pas adapté, j’encourage les nouveaux collègues et stagiaires à mener ce travail avec moi, je participe à des formations, je retransmets ces savoirs en réunion, je suis vigilante aux réactions mal traitantes. Rarement un ado s’est montré violent gratuitement, c’est toujours «  à cause de » et c’est sur ces causes que nous devons travailler.

L’enfant appartient à l’institution dans laquelle il est placé

Là, je côtoie les AS, elle sont référentes des ados, tout transite par la MDS (Maison des Solidarités), nous sommes tenus de les informer de tout, les écrits réalisés pour les audiences arrivent sur leur bureau, rien n’est vraiment modifié, elles se calquent sur ceux des établissements et les écrits ne sont pas souvent positifs.

En établissement, les parents sont inexistants, ils signent des documents qui sont censés les protéger et protéger leurs enfants.

Une fois placé, l’enfant appartient à l’institution qui en même temps veut s’en débarrasser quand il perturbe la pause café (excusez-moi les collègues mais ce sont des années de constats !!!).

Il doit se plier au règlement, sa vie est bouleversée. Non seulement il est retiré de sa famille, certes pour des raisons qui peuvent quelquefois se justifier, mais en plus, il est contraint de suivre le mouvement du groupe et la collectivité.

Son monde change radicalement, il perd tous ses repères.

PS : qu’un lecteur du métier me prouve le contraire…

La susceptibilité de l’assistante sociale

Le rôle des assistantes sociales (AS) diffère de celui de l’éducateur, la formation également, l’AS a gardé une position haute (lecture intéressante sur leur position dans un article nommé « regard sur cinquante ans de travail social : J.TREMETIN, lien social n°824, janvier 2007), nous devons souvent aller dans son sens, cependant elle a la responsabilité d’environ 50 dossiers et il n’est pas difficile, selon la situation de lui faire entendre notre point de vue.

Le plus difficile est de ne pas mentionner qu’à un moment donné elle n’a pas fait correctement son travail, même avec la plus grande délicatesse, l’AS le prendra très mal.

Personnellement je ne travaillerai jamais en Maison des solidarités, il est impossible d’aider dignement des personnes en difficultés quand des quotas de dossiers priment sur la qualité des actions, IMPOSSIBLE…

Le foyer, un « no parent land »

En établissement, pas de place pour les parents, ils sont dépossédés de tout,   c’est « all inclusive », certains apprécient que leurs enfants soient logés, nourris, blanchis et éduqués, ils ne comprennent pas en général pourquoi le placement perdure alors qu’ils ont tout pour être heureux !!!!

Les enfants se rebellent, la plupart refusent le placement. Ils ne l’acceptent que si l’échéance est respectée et qu’un retour est programmé.

Durant ce temps, la famille rencontre l’AS qui doit induire un changement chez les parents afin que les enfants rentrent dans de bonnes conditions. Mais elles n’ont pas le temps et les éducateurs n’ont pas mission à sortir de l’établissement pour mener un travail parents/enfants.

C’est ainsi que perdure le placement, l’enfant ne comprend plus et devient de plus en plus soumis ou agressif, personne ne comprend pourquoi « ils ne sont pas sages », bon sang, ils ont tout pour être heureux : séparés de leur mauvais parents, rythme de vie du style cinq fruits et légumes par jour, lever, repas, coucher, tout est contrôlé pour leur bien être, pas trop de bonbons, pas de coca ou peu, des activités, des chambres impeccables qu’ils doivent absolument nettoyer et ne plus y entrer pour ne pas les salir, des vêtements choisis par les éducateurs, du pratique et c’est l’argent de l’État entendent-ils parfois !

L’enfant crie, mais personne ne l’entend

Ah le côté matériel de la situation occupe beaucoup, c’est  l’essentiel : la  raison du placement. La venue des troubles du comportement est peu élaborée, ainsi les enfants restent avec leur souffrance initiale, les parents n’ont pas compris pourquoi leurs enfants sont placés et pourquoi ils ne sont pas non plus « sages » dans l’établissement. L’enfant tente de crier sa souffrance, de dire ce qu’il subit : humiliations, rejet, insultes, coups mais personne ne l’entend.

« On se dit par exemple qu’il mérite d’être aidé, que c’est justement de votre aide dont il a besoin et qu’il se montrera à coup sûr profondément reconnaissant, attaché, soumis en réponse au moindre secours, c’est avec de telles imaginations qu’on dispose des nécessiteux comme d’une propriété, de même que c’est par ce désir de posséder qu’on se montre bienfaisant et secourable », Paul Fustier, parole de Nietzche, p 47.

J’ai toujours « bondit » sur ces pratiques, j’ai dénoncé mais là encore pas de réelle prise de conscience par la hiérarchie, je suis identifiée comme trop gentille, « tu ne peux pas sauver tout le monde, il faut prendre de la distance, tu t’impliques trop, tu ne fais pas confiance à tes collègues », j’ai même entendu de ma hiérarchie «  je m’inquiète pour toi, tu as des visions », cette même personne s’est acharnée sur un enfant qui est maintenant placé en Belgique…

Trop impliquée donc mutée

De fait, je suis mutée au service jeune majeur, hors de l’établissement. Je n’ai qu’un collègue, bien ancré dans ses pratiques « ancestrales », bien évidemment je provoque le changement, difficile les premiers temps, le binôme fonctionne ensuite très bien.

Nous travaillons sur la problématique initiale qui pour aucun d’entre eux n’a pas été élaborée, ces jeunes traînent leur fardeau de placement depuis des années. Ils parlent de leur souffrance en institution, en famille d’accueil, chez eux, tous souhaitent comprendre leur parcours. Les AS, toujours débordées nous laissent carte blanche, le projet est bien ficelé et difficilement rejetable, plus question de menacer les jeunes majeurs d’être virés si ils ne sont pas sages…

De 2007 à 2011, les jeunes majeurs trouvent en majorité un emploi, comme quoi c’est possible. Mais pas sans mal car Dame chef cherche des failles, enfin dit-elle, ils ont trop de liberté, trop de moyens, vous êtes trop gentils……

Comme je l’envoie balader, elle use d’autres stratégies et me déplace dans un service où je vais intervenir dans les familles. Le service jeune majeur est bousillé !!! à la demande de Dame chef, perverse narcissique qui n’a pu me faire obéir. Le pouvoir entre de telles mains est une horreur.

Les pires, les plus insensibles, feront carrière

Pour moi toujours le même refrain, trop de gentillesse, pas de recul…

Bien évidemment je ne traverse pas ces années sans peine, quelques états dépressifs, du pain béni pour les pervers.

Mais je remonte toujours en selle, je fais de la formation, je m’aperçois que les étudiants sont saints en arrivant, au retour de stage, ils sont choqués des pratiques, je les informe des recours, ils sont reçus par le centre de formation et l’établissement et menacés gentiment de ne pas avoir une bonne note, ben oui ils sont aussi trop gentils !!!

D’autres sont insensibles, ceux là auront leur diplôme, ben oui eux ils ont déjà pris la bonne distance. Les autres aussi mais ils sont déjà abîmés en début de carrière.

J’ai fait de la formation 4 années, j’ai changé ma stratégie et j’ai armé les étudiants à déjouer les pièges, j’en parle car je démissionne des centres avec les quels je travaille, non pas que ce n’est pas intéressant mais j’ai besoin de temps pour mener d’autres missions.

Dans les familles

Continuons…. Je suis actuellement intervenante à domicile, mon rêve : enfin agir là ou le problème se pose. En lien direct avec les AS, je découvre ce qui est fait dans les familles avant le placement ou pour un retour accompagné en famille. Belle perspective, coût fortement réduit, assez de temps pour mener à bien ma mission.

De nombreuses mesures d’accompagnement sont proposées aux familles, administratives ou judiciaires, je me rends compte que les familles sont mécontentes de ces prestations et ça, depuis le début, soit en 2011. Elles se plaignent du peu d’interventions, une à deux fois par mois, et de la façon dont les professionnels s’adressent à elles.

La mienne est simple et naturelle, pas de jugement, du respect, une confiance et le travail s’enclenche. Forte de mon expérience je dépanne les collègues qui ont trop de mesures, j’ai déjà calculé le temps qu’elles pouvaient accorder aux familles, il se résume à 20 minutes par mois, certes mais pas utile d’être désagréable et de placer les enfants parce que les parents vous harcèlent de coups de téléphone.

Ils veulent transformer les parents

Ces parents, extraordinaires, souvent, car à leur place je serai devenue dingue, sont toutefois prêts à renouer des liens avec le social, ils se remettent en cause, évoluent, comprennent leurs faiblesses et leur influence sur leurs enfants, ça marche en général. Sauf que certains professionnels se sentent investis d’une mission : celle de rendre ces parents comme ils voudraient qu’ils soient, dès lors leur attitude dérange les parents, ils me réclament et là : entretien avec la hiérarchie, trop de si trop de là…

« Un professionnel en renonçant exceptionnellement à l’asymétrie du lien se dévoile dans sa simple humanité ; il se montre un Homme ordinaire qui renonce à être plus ou à être supérieur, ou à être en position dominante, Fustier p104. » 

Mes rapports sont corrigés 

Je m’enlise, je fais tout simplement mon travail, les familles savent que je ne suis que de passage, ma hiérarchie pense que «  je m’appelle Rémi et je suis sans famille », que je fais alliance avec les parents contre l’ASE, c’est désespérant de travailler avec des personnes aussi peu instruites dans leur domaine.

Mes rapports sont corrigés, il ne reflètent plus la réalité, les parents sont accusés à tort, les enfants sont retirés sans préavis parfois, c’est l’horreur.

Nous avons étudiés les besoins fondamentaux de l’enfant, la séparation est un traumatisme, d’autant qu’ils ne sont pas souvent aimés ailleurs, ben oui on peut pas, la distance.

C’est le travail social sous l’emprise de la purification : «  une purification qui insiste sur le service rendu en tant que tel, sur son caractère objectif (j’ajoute : les prix de journées), si l’on peut dire éliminer les impuretés de l’affect que produit le lien au profit d’une asepsie du service sans débordements. », Fustier p 65. 

Conseil général ou cancer généralisé ?

Je ne suis pas étonnée des chiffres de placement qui n’ont pas lieu d’être, un parent dit du conseil général que c’est le cancer généralisé, je suis d’accord.

Merde nous sommes formés pour aider, pour maintenir la famille debout, pourquoi, dans quel but retirer des enfants ou ne pas les rendre ?

L’argent, les postes, c’est comme cela que ça fonctionne et pourtant si les établissements laissent la place aux interventions à domicile, ça coûte environ 60 euros par jour et par enfant au lieu de centaines d’euros.

Sans lieux de placements, les chefs ou collègues qui ont le placement facile se trouveraient ennuyés et laisseraient les enfants chez eux avec des intervenants à domicile.

Mais il faut des structures d’accueil car il existe des parents qui n’ont pas la capacité d’assumer leurs responsabilités et qui ne sont pas prêts de l’acquérir.

Je serai d’ailleurs curieuse de savoir quels parents peuvent devenir les enfants placés qui ont parfois subi pire que chez eux, facile de dire qu’ils reproduisent, il reproduisent quoi, la maltraitance de leurs parents ou celle des institutions ?

Attention je ne dis pas que nous ne servons à rien, nous les travailleurs sociaux, la misère sera toujours présente, la planète des bisounours n’existe pas !

Seulement si vous en avez marre de payer de impôts pour les cas sociaux faîtes votre job correctement, n’ayez pas peur du chômage, malheureusement, on n’y sera jamais au chômage, ben non ça voudrait dire que nous aurions trouvé la planète des bisounours.

Allez quoi, réagissez si vous vivez la même chose que moi en tant que travailleurs sociaux. Faisons comme les parents, l’union fait la force, pensez à vos enfants et dîtes comment vous réagiriez si c’était vos enfants que l’on traitait comme cela. 

Alors est ce que j’aime mon métier ? OUI, c’est le plus beau du monde, je croise des regards qui valent de l’or, oui j’aime les gens, oui j’ai de la compassion pour le genre humain, non je ne suis pas fataliste, tout le monde a droit à l’erreur et n’oubliez pas chers collègues, vous ne faîtes pas de bénévolat, vous avez un contrat de travail qui stipule vos obligations, vous êtes rémunérés pour aider pas pour détruire, pensez vous qu’il existe, le jugement dernier ?

PS : si vous bondissez à la lecture de mes propos, questionnez vous, il n’y a que deux choix possibles :

Me rejoindre pour ne plus vivre ces injustices quotidiennes

Vous identifier comme bourreau d’enfants.

Une autre peut-être : si j’ai faux, prouvez le contraire, pas d’éternels refrains sur la difficulté de notre emploi, des horreurs que l’on voient…. ça on le sait, on a choisi ce métier et il n’y a pas de travailleurs sociaux chez Harry Potter !

Les juges des enfants à l’écoute des assistantes sociales

Passons au JE : très honnêtement, je n’ai jamais eu de peine à obtenir une main levée, à condition que mes rapports ne soient pas modifiés par ma hiérarchie en accord avec l’ASE.

Par contre si je révèle des anomalies, je ne peux rien faire, je suis parfois évincée de l’audience, la majorité l’emporte.

Je ne peux contacter directement le juge, les AS oui, il serait important que les éducateurs qui suivent de près la mesure soient entendus avec les parents et ou l’enfant avant l’audience.

Tous les juges pour enfants que j’ai côtoyé s’appuient sur les rapports, pourquoi ils ne suivraient pas ce que préconisent les professionnels ? A la lecture de certains rapports, le placement en urgence est sa seule alternative.

C’est le système qui doit changer, il serait à mon sens plus judicieux que le JE s’appuie sur une audience avec les parents et les enfants et qu’il ordonne aux travailleurs sociaux des directives de changement avec un calendrier signé par les parents et les professionnels pour vérifier le temps passé en famille.

Reportage canal plus : spécial investigation sur l’Aide Sociale à l’Enfance : Savons-nous protéger nos enfants ? Par Delphine Welter.

legoC’est suite à l’affaire Inaya, en 2013, que Delphine Welter, de Tony Comiti Production, a pris l’initiative de réaliser son enquête sur l’ASE.

« L’évolution sereine » d’Inaya

L’affaire est relatée notamment sur La République 77, il est mis en évidence dans le reportage les lourdes responsabilités de l’ASE.

L’oncle d’Inaya avait écrit au juge des enfants de Fontainebleau pour signaler les maltraitances subies par la petite et souhaitait obtenir la garde des 3 enfants. La juge des enfants ne lui a jamais répondu, il prend alors contact auprès de l’ASE. Les services sociaux connaissaient bien cette famille qu’ils suivaient depuis 4 ans et ont voulu rassurer l’oncle :  « L’ambiance familiale paraît sereine.  Monsieur et Madame semblent avoir trouvé un rythme de fonctionnement permettant aux enfants d’évoluer sereinement ». Seulement voila, à l’époque de ce rapport, l’enfant de deux ans avait été tuée par ses parents et enterrée dans la forêt depuis au moins deux mois !

Il est précisé que plus de cent enfants meurent chaque année en France sous les coups de leurs parents. Il est rappelé que plus de 138 000 travailleurs sociaux suivent les parents et que le budget de l’ASE est de 7 milliards d’euros.

Point positif 1 : L’ASE a largement les moyens de mener à bien sa mission affichée de protection de l’enfance, elle partage aussi la responsabilité de ces enfants massacrés pour ne pas avoir su les protéger.  Ceci est bien mis en évidence dans le reportage. La question de moyens, souvent mise en avant, est d’emblée évacuée.

Critique 1 : Le titre du reportage fait alors problème, la question n’est pas « Savons-nous protéger nos enfants ?  » Mais l’ASE remplit-elle sa mission ? La réponse est évidemment non, mais il ne s’agit pas là de notre responsabilité collective (responsabilité du nous), mais bien de celle des services de l’État : des services sociaux et de la justice plus précisément.

Il y a donc une contradiction entre le titre et le constat du reportage.

Les certitudes contre-productives

Le standard du 119 enfance en danger expose une opératrice téléphonique répondant à un enfant qui semble signaler des attouchements dont il est victime. Il est expliqué que la protection de l’enfance a été décentralisée auprès des conseils généraux. La journaliste doit donc demander une autorisation de tournage auprès des différents conseils généraux.

Tous refusent, sauf la Meurthe et Moselle.

Point positif 2 : Le refus de la presque totalité des exécutifs locaux met bien en évidence une volonté d’éloigner tout témoignage de la réalité de terrain des travailleurs sociaux, de leurs méthodes lesquelles font l’objet de scandales pudiquement dénommés dysfonctionnements.

Delphine Welter suit donc à Nancy une intervention de la brigade des mineurs auprès d’une mère suspectée d’avoir maltraité ses deux enfants. Le mari n’est pas présent au domicile, le couple est sans emploi depuis longtemps, on se demande d’ailleurs s’il s’agit bien d’un couple. Manifestement le petit garçon est accueilli dans une chambre qui sert de débarras. Le comportement de la mère va démontrer qu’elle est surtout centrée sur elle-même et que les enfants sont pour le moins délaissés, font l’objet de véritable maltraitances ainsi que le révélera l’attitude de la petite fille qui avait pris l’habitude de s’enfermer nue dans le noir le plus complet.

Critique 2 : « Dans la plupart des affaires de maltraitance les parents sont dans le déni » dit la journaliste.

Non, dans de véritables affaires de maltraitance, les parents minimisent des faits graves de maltraitance, comme par exemple une mère qui avait mis la main de sa fille sur une plaque chauffante allumée  pour « lui apprendre que cela va la brûler » ou un père qui disait qu’il avait plaisir à tenir sa fille de 12 ans sur les genoux. Certains autres sont dans la réfutation de l’évidence.

Il serait faux d’en déduire que le « déni des parents » signifie qu’ils sont maltraitants, en effet dans de nombreux cas des accusations calomnieuses sont portées par des travailleurs sociaux, les réfuter ne signifie pas forcément être maltraitant dans le déni, mais aussi nier des faits imputés imaginaires.

Par ailleurs pour un parent maltraitant, reconnaître une maltraitance cela signifie souvent une bonne collaboration avec l’ASE qui mettra alors en place un suivi éducatif à domicile plutôt qu’un placement.

La responsabilité de l’irresponsabilisation systémique

La grand-mère est à l’origine de la dénonciation de sa fille objectivement maltraitante. Sa petite fille Nina est dans un mauvais état sanitaire, la mère ne s’en occupe pas et l’expose à de graves dangers par carence éducative. La mère semble effectivement n’avoir jamais été mis en position de responsabilité et habituée à l’assistanat de l’État providence.

Critique 3 : Sur ce point il aurait été intéressant de mettre en évidence les responsabilités de l’État providence dans la déresponsabilisation complète de ce que l’on appelle les « cas sociaux ».

Il ne s’agit pas tant là de faire le procès de la misère, mais d’un fonctionnement social qui permet à des populations de ne jamais rien donner et de se voir tout offrir. Comment peut-on espérer que des géniteurs (le mot parent ne convient pas) qui ont toujours pu obtenir de quoi vivre  sans travailler, sans exercer la moindre responsabilité, sans se lever le matin, puissent se responsabiliser dans leurs fonctions parentales ?

Les services d’aide à la parentalité, loin de pallier ce problème participent de cette même logique déresponsabilisante mais créatrice d’emplois pour l’ASE car elle permet d’aller jusqu’à créer des postes de TISF pour suivre des géniteurs.

Dans ce cas de figure on engage donc de « quasi cas sociaux » pour suivre des « cas sociaux ». Puis un jour un enfant disparaît et l’ASE ne s’en aperçoit même pas.

Il n’y a pas de fumée sans feu !

« On ne retire pas les enfants à une personne qui s’occupe bien de ses enfants » dit un policier.  Celui-ci  a l’air sincère, touché par l’état de délaissement des enfants.

Critique 4 : Cette phrase sonne comme un postulat qui ne sera jamais remis en cause dans le reportage.

Seulement voila, nous avons un nombre impressionnant de témoignages qui met en évidence le fait que des juges des enfants, sur la foi de rapports des services de l’ASE retirent des enfants à des parents qui s’en occupent bien. Pire, les enfants retirés sont quelquefois livrés à des situations qui les brisent, confiés aussi parfois à l’autre parent, authentiquement maltraitant celui-là.

Fabienne Nicolas, une des juges des enfants de Nancy accepte d’être suivie en situation puis interviewée. Elle est en charge de 350 dossiers d’enfants. Elle rencontre un petit enfant à qui elle explique qu’il va sortir du foyer pour rester longtemps dans sa famille d’accueil qu’elle appelle Nany et Tonton, ses parents sont d’accord et la situation de l’enfant est réglée pour 4 ans.

L’idéologie du maintien du lien parental ?

Retour sur la petite Nina, elle est placée en foyer et sa mère bénéficie d’un droit de visite médiatisé d’une heure par semaine. La mère arrive en retard et la petite Nina tremble, pleure, elle a peur que sa mère ne vienne pas. Commentaire de la journaliste : « maltraitance ou pas, les enfants aiment toujours leurs parents ».

Critique 5 : Ce commentaire est contredit en partie par la suite du reportage puisque Karine dira, avec raison, qu’elle souhaitait que ses géniteurs aillent en prison.

Il arrive aussi dans le cas d’absence de maltraitance justement que l’enfant vive le placement comme un abandon et en veuille ensuite à sa famille de « n’avoir rien fait ».

D’autres situations encore mettent en évidence des propos inadaptés de travailleurs sociaux qui conduisent un enfant à rejeter sa famille.

« Eviter à tout prix la séparation, en France c’est la maître mot de l’aide sociale à l’enfance, objectif : toujours préserver les liens familiaux, cette politique peut avoir des conséquences désastreuses» dit Delphine Welter après une entrevue avec le responsable de l’ASE de Meurthe et Moselle qui insiste sur la prévention.

Cette déclaration de la journaliste doit, selon elle être illustrée de façon dramatique par l’affaire Karine.

Critique 6 : comme il le sera expliqué ultérieurement l’affaire Karine a été révélée par Laurence , sa tante. Laurence, en responsabilité dans notre association, a dû se battre pour obtenir l’autorité parentale sur sa nièce alors qu’elle faisait l’objet de mises en cause diffamatoires de l’ASE. La protection de l’enfance entendait placer Karine en foyer plutôt que de la remettre à sa tante et à son oncle.

Que Karine vive avec son oncle et sa tante, c’est là une façon de préserver le lien familial et pas le contraire.

Pour avoir analysé depuis plus de 3 ans les comportements des travailleurs sociaux, nous savons bien que la préservation du lien familial n’est certainement pas leur préoccupation. Entendons nous bien, la politique de préservation du lien familial n’existe pas chez les travailleurs sociaux même si les responsables ASE prétendent le contraire.

Il ne s’agit pas non plus pour nous au CEDIF de dire qu’il faut que les enfants maintiennent le lien avec des géniteurs maltraitants, mais de savoir de quoi l’on parle car les associations et syndicats de travailleurs sociaux seront les premiers à s’engouffrer dans la dénonciation de ce qu’ils appellent l’idéologie du maintien du lien familial.

Éviter que l’on ne tombe dans la discussion de café de commerce suppose que l’on rappelle la base d’une société démocratique et libérale qui est  le principe de subsidiarité. En vertu de ce principe on considère que l’État ne peut intervenir qu’en suppléant à des carences avérées des individus, des familles, de la société civile.

 Ainsi, selon ce principe qui protège la société des dérives des décideurs politiques, représentants de l’État, un enfant qui est maltraité par ses parents devra alors être confié à sa famille qui peut s’en occupe. Ce n’est que lorsque aucun parent n’est capable de prendre le relais que les services de l’État peuvent avoir compétence.

Dans la réalité nous voyons bien que des parents se voient retirer leurs enfants sans justification, ou qu’en cas de justification, la famille proche demande sans succès à s’occuper de l’enfant.

Dire que l’ASE veut trop souvent préserver le lien familial ne correspond à aucune réalité. Le croire permettrait de dénoncer ce qui n’existe pas pour permettre à l’ASE de détenir un pouvoir plus absolu encore qu’il n’existe sur les enfants, facilitant ainsi les placements.

Nous verrons d’ailleurs dans la suite du reportage que des enfants placés sont pour certains considérés comme des enfants sauvés. Une conclusion assez ridicule quand ou sait ce qu’ils deviennent, que serait d’ailleurs devenue Karine si on n’avait pas laissé sa tante s’occuper d’elle ?

Onze ans de calvaire 

Point positif 3 : La problématique de l’affaire Karine est bien abordée et met en évidence les responsabilités écrasantes des services de l’ASE et de la justice dans le calvaire enduré par la petite et les mesures vexatoires qu’a subi sa tante en voulant la sauver.

Difficile d’utiliser de simples mots pour retranscrire ce que Karine et Laurence expriment. Disons-le tout net : Laurence crève l’écran et Karine emporte la conviction. Ce témoignage de courage est mis en avant, ce sont là les points les plus réussis de ce reportage et rien que pour ces interviews, il vaut la peine d’être visionné.

Une incongruité tout de même est à relever, on se demande bien pourquoi la journaliste interroge sur cette affaire Fabienne Nicolas, juge des enfants à Nancy.

Cette juge n’intervient pas sur l’affaire mais donne son point de vue qui consiste en réalité à en remettre une couche sur la légende de « la sauvegarde du lien familial à tous prix » et prétend que « pour suspendre les droits des parents il faut vraiment qu’ils aient fait mais euh le maximum de choses … le droit des parents prime beaucoup sur l’intérêt de l’enfant. »

Nous avons précisé ce qu’il faut penser de tels propos dans la sixième critique, il n’est pas anodin que de tels propos soient tenus par une juge des enfants.

Rappelons tout de même que ce sont les juges des enfants qui décident des mesures à mettre en place en fonction le plus souvent des rapports des travailleurs sociaux. On peut donc supposer que cette juge là n’hésite pas à placer des enfants et ne se sente pas contrainte par la nécessité de sauvegarde du lien familial, on ne peut d’ailleurs tirer aucun autre enseignement de ses propos. Sauf qu’en tant que juge des enfants, elle contredit par son assertion la réalité du propos qu’elle tient.

Ceux qui ont permis que cela se fasse

Sans dévoiler l’affaire on peut tout de même préciser que Karine a subi en sa plus tendre enfance des atteintes graves à son intégrité physique alors qu’elle était censée bénéficier d’un suivi par les services de l’ASE.

Sa tante pense avec raison que les coupables ce sont certes ceux qui ont violé sa nièce, mais aussi ceux qui ont fermé les yeux : « ceux qui ont participé et ceux qui ont permis que cela se fasse ! »

Point positif 4 : « Les coupables ce sont aussi ceux qui ont permis que cela se fasse et je ne vois pas pourquoi tous ceux qui sont autour ne seraient pas condamnés. » Rien que cette phrase grandit le reportage. Les coupables ce ne sont pas les « nous » du « savons nous protéger nos enfants », ce sont les représentants de l’État dont nous alimentons les budgets pour que nous soyons protégés, mais ici encore l’État n’est pas la solution, il est une partie du problème.

Des représentants de l’État doivent donc être condamnés car ils doivent dire à Karine pourquoi on ne s’est pas occupé d’elle. Laurence rappelle que la justice ne s’est pas excusée, que les représentants de l’État « font comme si ce n’était pas de leur faute ».

Delphine Welter contacte alors deux des juges qui ont suivi le dossier, aucun ne souhaite lui répondre. Elle appelle ensuite un des représentants du parquet qui a reçu les alertes de Laurence de 2000 à 2004, il reconnait des « dysfonctionnements », « cela peut arriver voila », il dit que les décisions étaient justifiées au moment où elles étaient prises.

Point positif 5 : la journaliste pousse ses interlocuteurs dans leurs retranchements. Elle prouve ainsi ce que disait Laurence : pas d’excuses, ce n’était pas leur faute, pire c’était justifié et donc cela se passe encore actuellement puisque l’affaire Karine ne porte aucune leçon aux services de l’État si ce n’est un prétexte pour remettre davantage en cause le lien parental.

Le problème n’est évidemment pas là à l’heure où Dominique Raimbourg, député socialiste et rapporteur de la loi Taubira tient le propos suivant :  « Il y a des infractions sexuelles qui ne signalent pas un ancrage dans une délinquance particulière ». Il fait alors référence à la nécessité d’une seule contrainte pénale pour « un oncle, qui, à la fin d’un repas de famille un peu alcoolisé, a un geste déplacé envers sa nièce ».

Que l’on ne vienne donc pas nous dire pour autant que ce député est attaché au maintien du lien familial, il s’agit là de tout autre chose.

275 000 mesures de sauvetage ?

La secrétaire d’État à la famille, Laurence Rossignol, dont les propos ne sont pas habituellement favorables à l’institution familiale répond aux accusations portées à l’encontre de la protection de l’enfance. Elle y répond visiblement mal à l’aise elle aussi, en insistant sur les 275 000 enfants mis « en mesure de protection » et les présente comme autant d’enfants « sauvés ou mis à l’abri du danger ». Voila une bien sinistre comptabilité des sauvés et des perdus, si peu nombreux face à de tels chiffres. Les enfants perdus ne seraient donc que le fait de problèmes d’évaluation, de délais, pour autant la loi fonctionne.

Il faut donc s’habituer à l’insupportable nous dit Delphine Welter et elle remet là encore en cause la volonté de maintenir le lien parental.

Critique 7 : Il est dommage que ce reportage n’aborde qu’une facette des dysfonctionnements de l’ASE alors que Laurence invitait justement à un questionnement plus large, ayant aussi fait part à la journaliste des cas de placements abusifs estimés en leur temps à 50 % des placement par Pierre Naves, de l’IGAS.

Il convenait de revenir sur la comptabilité étrange de Laurence Rossignol en précisant que la moitié des « mesures de protection » sont des actions éducatives qui ne sauvent pas les enfants réellement maltraités comme dans le cas d’Inaya justement.

L’autre moitié ce sont des placements et sur ce volet il y a tout un reportage à réaliser qui serait de nature à montrer une autre facette assez répugnantes de l’ASE. Faute d’avoir épuisé le sujet, le reportage nous laisse sur une fausse impression concernant la problématique des placements et ses véritables objectifs.

Dommage et contre-productif.

Un pays qui n’aime pas les enfants est un pays qui n’a pas d’avenir
Une émission à ne rater sous aucun prétexte

Une émission à ne rater sous aucun prétexte

Les services publics protègent nos enfants qu’il s’agisse de l’Aide Sociale à l’Enfance, du Procureur, du Juge des Enfants.
Ça c’est ce que la plupart des familles croient, mais, étrangement, celles qui ont eu affaire aux services publics de l’enfance n’y croient plus.

Placements abusifs d’un côté avec violences et maltraitances en institution.

Mesures de protection de l’autre lors desquelles des enfants subissent le pire sans que les services publics en charge ne réagissent.

Les premières victimes du mode de fonctionnement actuel des services de la protection de l’enfance sont justement les enfants.

Ce constat nous l’avons fait depuis longtemps au CEDIF.
Laurence, animatrice du CEDIF pour la Bretagne livrera à ce sujet son témoignage sur l’affaire Karine, une affaire dans laquelle l’horreur la plus impensable le dispute et à l’inhumanité la plus flagrante et la plus scandaleuse des services de l’État.

Delphine Welter, journaliste pour Tony Comiti Productions, a enquêté sur l’affaire Karine, mais aussi sur l’affaire Nina qui abordera la question des foyers..

Rendez-vous sur Canal +, Spécial Investigation, lundi 23 juin 2014 à 22h30.

Merci à Eric J pour la mention du replay pour les non-abonnés

Pour lire le commentaire critique du reportage

renardeauDes suites des malveillances d’acteurs locaux, de l’indifférence des Services d’Actions Éducatifs (SAE) qui négligèrent leur mission et de la partialité d’une juge indifférente aux suppliques d’un enfant, Grégorry attentera à sa vie alors qu’il n’avait pas treize ans.

Avant son geste, il écrivit deux lettres dans un français impeccable qu’il remit personnellement au SAE et une seconde lettre au greffe de la juge des enfants. Dans ces deux lettres, il exprime son désespoir et l’injustice dont il est victime et il sollicite de l’aide.

Le SAE et la juge des enfants ignorent les lettres de Grégorry qui attentera à sa vie le sur-lendemain.

Fort heureusement, il sera sauvé in extremis et hospitalisé aux urgences.

Mais pour avoir mis en cause les services sociaux dans ses courriers, une ordonnance de placement est décidée en urgence : Grégorry est arraché à sa maman. Il est alors tenu au secret et tout contact avec sa mère lui est interdit, elle ne sera jamais informée des décisions qui seront prises pour son fils.

À aucun moment il n’acceptera le sort qui lui a été réservé, son refus il l’exprime en s’enfuyant à quatre reprise des hôpitaux où l’ASE a trouvé bon de le placer. 

On le menace de transfert en hôpital psychiatrique s’il continue à vouloir se faire entendre. Menace tout à fait crédible puisque la juge des enfants mentionnera dans son jugement que la psychiatrie parait indispensable !

Mais Gréggory ne s’avoue pas vaincu et croit pouvoir être entendu. Alors qu’il réclame un avocat par courrier de sa chambre d’hôpital, il en sera privé durant six mois. Avant que l’ASE ne se prête à un simulacre de défense en le confiant à un avocat qui œuvrera contre ses intérêts, refusant de dénoncer les carences des responsables mis en cause.

Sans pourtant n’avoir rien à se reprocher, Grégorry vit  enfermé entre quatre murs, sans suivi scolaire. Diabétique, il  est victime de  sévices psychologiques et sa santé  est gravement négligée.

Quant enfin il peut voir sa mère, ce n’est qu’une heure par mois, sous surveillance médiatisée d’une référente ASE. Ses rares conversations téléphoniques sont elles aussi médiatisées.  Son courrier est lu et remis à l’ASE.

Les lettres qu’il a remis à la juge des enfants, valent la peine d’être publiées et cela sans le moindre commentaire :.

Madame le juge, il y a longtemps on m’a fait lire le code de l’éducation, il y avait la loi L 131/2 et il y a la convention des droits des enfants qui ne sont pas appliqués, les lois ne sont pas respectées. Je n’ai rien fait de mal, je veux rentrer chez moi, j’ai dit la vérité pour rien et j’ai aussi le droit de faire l’école à la maison. Il y a la loi qui dit que j’y ai droit, j’ai toujours bien travaillé avant, toujours.

Aujourd’hui le SAE et l’ASE ils veulent m’obliger en disant des mensonges sur moi, et aussi je veux voir mon tonton et je veux juste rentrer chez moi. On me force aussi à porter le nom XXX, je veux m’appeler Grégorry. madame, je n’en peux plus c’est à cause de vous que j’ai essayé de me suicider, je suis malheureux, j’en ai marre et pourquoi vous ne m’avez pas confronté avec Monsieur XXX pour que je prouve que j’ai dit la vérité, pourquoi vous avez arrêté l’enquête pour mon père, il m’a violé et vous vous ne faites rien.  

Murée dans ses certitudes et son insensibilité, la juge ne répondra jamais à Grégorry. Il écrivit donc à nouveau et parviendra non sans mal à remettre sa lettre à la juge des enfants.  Ce courrier sera aussi envoyé à la magistrate par l’intermédiaire d’une députée consciencieuse. Voici la suite de cette correspondance à sens unique :

 Madame le juge, je vous ai écrit il y a longtemps vous ne m’avez pas répondu je croyais que vous étiez là pour écouter les enfants.

Lorsque je vous ai vu en février je n’ai pas pu m’exprimer, vous m’avez menacé de me mettre en famille d’accueil ; vous m’avez menacé pour mon école, vous voulez m’obliger à aller dans un club.

Je n’ai rien fait de mal, vous m’avez menacé alors que je n’ai rien fait de mal, depuis, je veux mourir car je ne pense qu’à ce que vous m’avez dit et c’est injuste.

J’ai fait de mal à personne, une nuit je me suis piqué plein d’insuline pour vous oublier et mourir, malheureusement à l’hôpital on m’a sauvé.

Ça ne sert à rien de vous voir, vous ne m’écoutez pas et je croyais que vous étiez capable de savoir que je n’avais pas menti. Je ne crois plus en la SAE ni en vous.

Si vous ne faites rien pour que l’on me laisse tranquille je n’aurai plus aucune raison de subsister, je veux oublier.

 PS : Je donne ma lettre à mon ami

Nul ne s’étonnera du persistant silence de la juge qui bien évidemment ne fera rien si ce n’est justifier ce qui ne saurait l’être…

Nous allons à travers cet interview vous faire le récit d’un sauvetage puis du torpillage d’une vie sous le rouleau compresseur de l’ASE. Cette vie c’est celle d’un enfant sauvé par sa grand-mère avant que l’ASE ne lui fasse perdre tous  ses repères et le prive de tout avenir sous les yeux de sa grand-mère mise dans l’incapacité de l’en sortir à nouveau. 

Le doudou du petit-fils de Madame B, un souvenir d'innocence

Le doudou du petit-fils de Madame B, un souvenir d’innocence

Bonjour Madame B, vous êtes la grand-mère d’un jeune homme né dans un milieu de toxicomanie. Comment l’ASE est-elle intervenue face à cette situation ?

Oui, en effet, je me suis sentie responsable de cet enfant dès sa naissance. Ses parents étant tous les deux toxicomanes, je me suis tout de suite inquiétée de son devenir. Je rendais visite à ses parents régulièrement et je me suis rapidement rendue compte qu’ils n’avaient pas les capacités de lui apporter les soins et l’attention nécessaires à son bon développement. Je l’ai trouvé à plusieurs reprises dans un coin d’une pièce en train de pleurer ou tout seul avec son père pendant que la mère partait se procurer de la drogue.

Un jour, la maman a fait appel à l’Aide Sociale à l’Enfance pour s’occuper de l’enfant. La solution qu’on leur a proposé était de le confier à une assistante maternelle. Le dispositif s’est mis en place rapidement accompagné de visites régulières accordées aux parents et à moi-même dans un foyer de l’enfance.

L’ASE est donc intervenue à bon escient cette fois. Ce dispositif permettait de maintenir un lien ?

En fait, c’est à ce moment-là que l’A.S.E. a commencé à abuser de ses pouvoirs. Nous n’avions pas droit à une seule minute de retard pour voir l’enfant. Si par malheur cela nous arrivait, nous étions très attristés et révoltés de le voir repartir sous nos yeux dans la voiture de l’assistante maternelle sans même avoir pu lui dire bonjour.

C’est au moment où les parents avaient pour projet de déménager dans une autre région que j’ai décidé d’en demander la garde car je craignais que mon petit-fils soit obligé de changer d’assistante maternelle à chaque fois que les parents auraient décidé de déménager.

J’en ai obtenu la garde en octobre 1997 et je suis devenue tiers digne de confiance.

Comment vous êtes vous occupée de cet enfant ?

À partir de ce moment, je me suis consacrée à lui en veillant à ce qu’il ait un suivi régulier par un pédopsychiatre, qu’il ait une scolarité normale et qu’il ait tous les soins nécessaires. Il est vrai que pour ça, j’ai fait le choix de délaisser ma santé. J’ai une maladie génétique particulièrement douloureuse qui attaque mon corps au quotidien et qui nécessite des soins très réguliers.

Pendant toutes ces années, j’ai supporté de nombreuses humiliations d’éducatrices de l’A.S.E. qui se permettaient de venir à l’improviste chez moi pour vérifier si je partageais ma vie avec un homme, ou qui me demandaient qui était la personne qui m’avait offert la nouvelle bague que je portais, ou encore qui s’étonnaient de voir ma chienne avec le corps bandé en pensant au coût des soins chez le vétérinaire.

On reconnaît là les vilaines habitudes des assistantes sociales. Mais les services sociaux ne sont jamais très loin, à l’âge de 12 ans votre petit-fils est placé dans une MECS, que s’est-il passé  ?

Oui, c’est arrivé dans un contexte précis.  En 2007, j’ai obtenu une maison HLM. Je n’y suis restée qu’une année car j’ai découvert au fil des semaines qu’elle se situait dans un quartier difficile avec des familles à problèmes.

Mon petit-fils voulait vivre de la même façon que ses petits copains. Il ne voulait plus rentrer le soir pour manger à la maison et essayait d’imposer son rythme, il  devenait insupportable. Il s’est mis à faire des crises de nerfs pour obtenir ce qu’il voulait, ce qui m’a obligé à l’amener à 2 reprises le soir aux urgences.

La seconde fois, sur les conseils de mon médecin traitant, je l’ai amené à l’hôpital de Montpellier. Nous avons patienté sur place de 13h à 19h. L’enfant a été reçu par un pédopsychiatre en fin d’après-midi. Ne voyant personne s’occuper de nous, j’ai décidé de quitter l’hôpital avec mon petit-fils. Là, une personne m’a menacé de faire intervenir les agents de sécurité si je partais avec lui.

Je me demandais ce qu’il m’arrivait. Je ne comprenais pas ce que j’avais fait de mal. J’ai patienté jusqu’à ce que l’éducatrice de la cellule d’urgence reçoive d’abord l’enfant, ensuite ma fille et moi-même. Elle nous a expliqué que l’enfant avait besoin de  passer un week-end hors de la maison pour que l’ensemble de la famille souffle un peu.

Finalement, nous avons dû quitter l’hôpital choquées, sans mon petit-fils, le laissant en pleurs derrière nous. Une dame s’est présentée avec l’enfant dans la soirée à mon domicile pour récupérer quelques affaires.

Nous avons su que l’A.S.E. était en tort car l’éducatrice de la cellule d’urgence avait fait prendre une OPP Parquet au procureur sans rapport écrit d’un pédopsychiatre. La dite éducatrice nous a complètement menti car l’enfant s’est retrouvé dans une Maison d’Enfants à Caractère Social pendant environ 15 jours (le temps qu’une audience soit fixée) sans avoir droit à voir sa famille.

Allez vous alors réussir à faire lever cette mesure ?

Oui, le Juge des Enfants a décidé d’un non-lieu, a exigé que l’enfant revienne immédiatement à mon domicile et m’a conseillé de m’adresser à l’A.S.E. pour un contrat d’accueil provisoire si j’avais besoin de faire garder mon petit-fils notamment pour une cure de rééducation par rapport à ma maladie.

Ce besoin s’est présenté quelques mois plus tard. J’ai donc contacté l’A.S.E. pour qu’elle me propose un contrat d’accueil provisoire le temps de mes soins qui étaient prévus pendant 3 semaines. La seule solution que m’a présenté l’A.S.E. était un contrat d’accueil provisoire de 6 mois sans me laisser d’autres choix. Les éducatrices et responsables de l’A.S.E. m’ont laissé dans le doute de la possibilité d’avoir une place pour l’enfant jusqu’à moins d’une semaine du début de mes soins.

Le piège.

Tout à fait, d’autant que quand j’ai pris connaissance du contenu du contrat, j’ai pu constater que l’objet de l’accueil provisoire était faux. Il était noté qu’il était motivé par de gros problèmes relationnels entre la grand-mère et l’enfant. J’ai demandé à ce que ce soit modifié et que soit indiqué la vraie raison du besoin de cet accueil.

Dans un premier temps j’ai obtenu un refus sous prétexte que la personne qui l’avait rédigé était en vacances. J’ai insisté, soutenue par ma fille qui a elle aussi exigé que le document soit modifié avant toute signature. La modification a eu lieu dans l’épreuve de  force.

À cause de tous ces efforts et cette lutte, je me suis retrouvée très affaiblie juste avant de commencer ma cure de rééducation.

Vous avez bien fait de tenir et de ne pas vous laisser imposer leurs conditions, vous avez donc pu obtenir un placement seulement provisoire à court terme ?

 Oui, à la fin du contrat provisoire mon petit-fils est revenu vivre chez moi. J’ai bien noté que le directeur de la MECS où il a séjourné pendant les 6 mois et l’éducatrice de l’A.S.E. voulaient absolument qu’il reste chez eux. J’ai refusé et précisé que c’était bien un accueil provisoire et le principe existe pour permettre justement un séjour temporaire quand la famille ne peut vraiment pas faire autrement.

Mais ils se sont vengés ?

Ils m’attendaient au tournant.

J’ai déménagé à Montpellier en décembre 2008 et j’ai reçu une convocation du Juge des Enfants de Montpellier la veille du jour de l’an pour une audience courant janvier 2009. Je me suis renseignée au Tribunal pour connaître la raison de cette convocation, la raison annoncée était une rencontre avec la Juge pour faire connaissance.

J’ai compris plusieurs mois plus tard à l’occasion de la consultation du dossier de l’enfant par le biais d’un avocat que la raison réelle était la saisine du Juge par l’éducatrice de l’A.S.E. qui avait tant insisté à la fin de l’accueil provisoire pour qu’il reste à la MECS. Elle avait saisi le Juge sans me prévenir, ni me faire part du contenu de son rapport mensonger.

Au cours de l’audience la Juge des Enfants de Montpellier a bien entendu mes problèmes relationnels avec l’A.S.E. et m’a proposé un placement judiciaire pour une année dans le but de restreindre les échanges avec eux. Je ne savais pas à ce moment précis que la machine de l’A.S.E. était lancée comme un rouleau compresseur pour un temps indéfini. Aujourd’hui, 5 années plus tard, il est toujours prisonnier chez eux.

Cette MECS dans laquelle est placé votre petit-fils semble être une école de délinquance, qu’avez-vous pu y constater et comment votre petit-fils évolue-t-il dans ce milieu ?

Mon petit-fils intègre une MECS aux environs de Montpellier en septembre 2009. Dès le 1er mois, il se met à insulter violemment ma fille (sa tante qui l’a élevé avec moi), ce qu’il n’aurait jamais osé faire avant d’entrer dans cette MECS.

Parmi ses camarades, une jeune fille porte des traces de scarifications sur ses avant-bras, un garçon fugue très régulièrement et passe certaines nuits dehors tout seul, sans que la police ne soit alertée par la MECS.

Un soir, à l’approche de Noël, les familles étaient invitées à participer à une sorte d’apéritif avec tous les enfants, des éducateurs et le directeur de l’établissement. Au début de la soirée le directeur a tenu des propos honteux en se moquant d’une enfant qui avait fugué le soir même. Il a dit à une éducatrice que la petite s’était avancé sur le bord de la route pour accueillir les invités. L’éducatrice a souri. J’étais scandalisée. Je ne suis d’ailleurs plus jamais retournée à une de ces invitations.

Au fil du temps mon petit-fils faisait des crises de nerfs à répétition quand il venait le week-end chez moi. Un jour j’ai demandé à une éducatrice s’il faisait ce genre de crises à la MECS, elle m’a répondu positivement en me précisant que pour le punir ils l’enfermaient dans sa chambre jusqu’à ce qu’il se calme. Dans sa chambre,  il cassait tout ce qu’il pouvait. Moi qui prenais le temps de lui expliquer le bien du mal, j’ai été choquée de cette méthode qui montre leur désintérêt pour l’enfant. Son comportement s’est aggravé jusqu’à ce qu’il prenne comme exemple son camarade fugueur et décide pour le jour de l’an de fuguer à 22h30 en ville, la nuit. À partir de là, mon petit-fils me montrait qu’il était en train de se calquer sur le mode de fonctionnement des autres jeunes pensionnaires de la MECS.

Quand il est entré dans cette MECS, à l’âge de 13 ans, c’était un enfant qui adorait lire depuis son plus jeune âge et qui avait un don pour le dessin au point de créer des bandes dessinées. Au bout de quelques mois, il n’avait plus de goût pour la lecture et ne dessinait plus.

Autre chose, aucun suivi psychologique ne lui a été apporté malgré mon combat pour ça. Je considère effectivement que sur le plan intellectuel, psychologique ou social mon petit-fils a beaucoup régressé au sein de cette MECS et que tous mes efforts pour qu’il soit capable de bien évoluer dans notre société avec des bases solides ont été balayés.

Pensez vous que la bonne éducation donnée à votre petit-fils a été réduite en pièce par les éducateurs, ont-ils essayé de le détourner de vous,  de briser le lien, qu’ont-ils fait de cet enfant ?

Oui, comme je le disais précédemment, cette bonne éducation a été anéantie. Ils ont pu le faire avec d’autant plus de facilité qu’ils ont bafoués mes droits de visites et d’hébergement jusqu’à supprimer les séjours de mon petit-fils chez moi pendant plus d’un an et demi. J’ai saisi le Juge des Enfants à de nombreuses reprises, j’ai porté plainte auprès du procureur de la République, sans succès.

Avant cette rupture, ils se sont appliqués à le détourner progressivement de moi, notamment en lui ouvrant une ligne téléphonique au nom d’une éducatrice stagiaire contre ma volonté, en faisant abstraction de mon statut de responsable légal de l’enfant.

À l’occasion d’un séjour chez moi, voyant qu’il utilisait toujours ce téléphone sans mon accord, je lui ai confisqué l’objet. Sa réaction a été de fuguer en faisant une violente crise devant sa tante et son oncle (sœur et frère de son père, mon fils). À partir de ce jour, je ne l’ai plus revu pendant plusieurs mois. À force de lutter pour faire respecter mes droits de visite et d’hébergement, il est revenu chez moi pendant les vacances d’hiver.

Tout se passait bien quand subitement au moment de faire des crêpes, il m’a affirmé qu’il devait quitter mon domicile immédiatement. Je l’avais vu quelques minutes auparavant consulter son téléphone (une seconde ligne lui a été ouverte au nom d’un autre éducateur stagiaire après que je lui ai confisqué le premier). Il s’est exécuté. Moins de 2 h plus tard, j’ai eu la confirmation qu’il était rentré à la MECS. Sachant que j’habitais dans une station balnéaire située à plus de 60 kms de la MECS sans transports en commun à disposition, je suis toujours convaincue aujourd’hui qu’il n’est pas parti tout seul de mon domicile, mais que des éducateurs sont venus le chercher.

Plusieurs fugues de ce type ont été organisées avec les éducateurs. C’est une façon efficace de détourner l’enfant de sa famille. C’est à partir de cette dernière fugue que je ne l’ai pas vu, ni entendu pendant plus d’un an et demi et que mes droits de visite et d’hébergement ont été bafoués sans raison malgré ma lutte sans relâche.

Les services de la justice ont-ils été alertés de ce comportement des éducateurs, sont-ils intervenus pour protéger face aux mauvaises influences subies, ont-ils reconnu la valeur de votre éducation ?

J’ai alerté sans cesse les services de la justice sans être entendue et sans obtenir satisfaction. Je me suis même retrouvée complètement désemparée quand lors d’une audience le Juge des Enfants de Montpellier m’a dit que le dossier de mon petit-fils avait disparu (alors qu’il était constitué de 3 tomes qu’il avait été envoyé par le tribunal de Béziers à celui de Montpellier quelques mois auparavant).

Pour qu’il réapparaisse j’ai décidé de déménager de Montpellier. Mon plan a marché, mais j’ai dû batailler pendant plus d’1an ½  contre le Juge pour qu’il daigne respecter la loi et transférer le dossier de l’enfant au Tribunal proche de mon domicile.

Mais votre petit-fils a-t-il pu disposer d’un avocat qui pour son bien aurait pu alerter sur la mise en danger de sa moralité ?

Non, il n’a jamais eu d’avocat. Pourtant, à la suite d’un appel au secours de mon petit-fils qu’il a émis en appelant ma fille un dimanche soir au téléphone car il ne voulait plus rester à la MECS, cette dernière avait fait des démarches pour qu’il ait un rendez-vous avec un conseil. Malgré la prise de ce rendez-vous et son désespoir, mon petit-fils ne s’est pas présenté chez l’avocat.

Peut-on parler d’un acharnement à ne pas reconnaître vos droits en tant que parent digne de confiance, avez-vous été soutenue dans cette fonction par le Conseil général qui vous devait la part entretien, avez-vous été entendue par ce même Conseil général au sujet de vos démêlés avec l’ASE ?

Juste avant le placement judiciaire, une Assistance Educative en Milieu Ouvert a eu lieu. L’éducatrice qui était en charge de cette mission m’a affirmé que j’avais droit à la part entretien qui est versée par le Conseil Général aux tiers digne de confiance. J’avais ce statut depuis 1997 et nous étions en 2009 quand je découvre ce droit.

Pour que ce droit soit enfin reconnu, une demande a été faite en remplissant et déposant un dossier au Conseil Général. J’ai obtenu une première réponse négative. J’ai redéposé le même dossier en l’envoyant en recommandé avec accusé de réception. Et là, la réponse a changé et est devenue positive en 2010.

Mon droit a été reconnu 4 ans en arrière seulement. C’est la loi, quand l’État vous doit de l’argent, la rétroactivité se fait sur 4 ans maximum. À cette époque la responsable de l’A.S.E. à Montpellier m’avait dit que si j’avais une lettre que j’aurais écrite par le passé demandant une aide mensuelle au Conseil Général, alors mon droit à la part entretien serait reconnu à partir de la date de ce courrier. J’ai retrouvé ce document et quand j’ai représenté ma demande de reconnaissance de mon droit à partir de la date de ce courrier la même responsable m’a dit fermement que je ne devais plus solliciter la reconnaissance de cette rétroactivité.

 Plusieurs référents se sont succédés pour votre petit-fils, n’y avait-il pas parmi eux ne serait-ce qu’un référent qui se serait aperçu de l’effet néfaste du placement et qui aurait été assez courageux pour défendre l’intérêt de l’enfant avant le porte-monnaie des travailleurs sociaux ?

Si, certaines éducatrices ont remarqué les injustices que j’ai vécu. Celles qui ont été réticentes aux méthodes de l’A.S.E. ont subitement disparues en partant en arrêt-maladie. Jusqu’à la dernière éducatrice qui avait même rédigé un rapport pour que mon petit-fils sorte de la MECS. Juste avant qu’elle rende ce rapport, elle est partie en arrêt-maladie pour un accident de travail. Elle est restée en contact avec moi pendant son arrêt-maladie jusqu’à ce que sa responsable intervienne.

Votre petit-fils a désormais 17 ans, avez-vous pu maintenir le lien avec lui en dépit du travail de sape des services dits de la protection de l’enfance, pouvez vous le rencontrer ?

À  la dernière audience, en avril 2013, une nouvelle JDE qui a remplacé le Juge qui me connaissait depuis la naissance de l’enfant et qui avait rétabli mes droits quand j’ai déménagé de Montpellier, diminue mon temps de droit de visite et d’hébergement en s’appuyant sur des rapports mensongers des éducateurs, sans argument valables.

Elle nous autorise à nous voir le samedi après-midi tous les 15 jours et deux week-ends pendant les vacances d’été. Je trouve ça scandaleux. Surtout quand je sais que depuis plusieurs années, il passe régulièrement ses vacances dans une famille que je ne connais pas, dont je demande les coordonnées depuis longtemps par écrit. Ma demande est totalement ignorée, comme si je n’existais pas. C’est une façon de nier mon autorité parentale. Mon petit-fils passe du temps sans surveillance chez des étrangers, alors qu’il n’a pas le droit de voir librement sa grand-mère qui l’a élevé depuis ses 17 mois et tout ça sans aucun argument. Je vis un véritable enfer depuis de trop nombreuses années. C’est une cruelle injustice.

Alors qu’il est proche de la majorité pensez vous pouvoir l’accueillir à nouveau et réparer les effets de l’éducation particulière qui lui a été dispensée à la MECS ?

Non, je me retrouve aujourd’hui face à un jeune homme que je ne connais pas vraiment. Il est impossible de lui demander de revenir vivre chez moi. Il est trop habitué à être livré à lui-même. Il n’accepterait plus de respecter des règles.

Parlez-nous un peu de ce contrat jeunes majeurs, pensez-vous qu’il puisse être bénéfique aux jeunes à qui il est proposé ? 

Pour moi, ce contrat de jeunes majeurs est un moyen pour l’A.S.E. de garder plus longtemps la main sur ces jeunes qu’ils se sont appliqués à éloigner de leur famille.

Pour le cas de mon petit-fils, c’est particulier car les agents de l’A.S.E. n’ont pas pu se débarrasser de moi. Je suis toujours là pour faire valoir ses droits. Le lien n’est pas totalement rompu car j’ai tenu le coup avec énormément de souffrance. La méthode qu’ils utilisent est un harcèlement quotidien de la part des éducateurs à l’approche de sa majorité pour qu’il signe ce contrat. Lors de sa dernière visite, j’ai remarqué que mon petit-fils était particulièrement triste et préoccupé. J’en ai fait part à un de ses éducateurs qui m’a avoué qu’il était stressé à l’idée de signer le contrat jeunes majeurs.

Que craigniez vous désormais pour votre petit-fils et avez-vous un message à faire passer aux parents ?

Ma crainte est que mon petit-fils ne retrouve pas sa liberté à sa majorité. L’A.S.E. le harcèle tous les jours pour qu’il reste sous leur emprise encore quelques années en signant le contrat jeunes majeurs.

Je suis inquiète des fréquentations qu’il a dans ces MECS. Des jeunes qui ont des problèmes familiaux très graves au point de ne plus pouvoir vivre dans leur foyer et que je ne connais pas. À la sortie de ces MECS, je considère que ses chances de réussir dans notre société sont minimes car l’enfant que j’ai laissé à l’âge de 13 ans à l’entrée d’une MECS est devenu un adolescent sans repères, sans bases scolaires, sans respect pour les règles d’hygiène. Quel adulte va-t-il devenir sans lien affectif, sans soutien familial (je reste le seul membre de sa famille qui s’intéresse à lui) ?

Le message que je veux faire passer aux parents est qu’ils doivent se battre sans relâche pour sortir leurs enfants de cet enfer, qu’ils doivent rester attentifs et vigilants à la défense des avocats qui de façon générale se désengagent en se positionnant ouvertement pour l’A.S.E. au lieu de défendre ses clients qui sont l’enfant et sa famille.

Ils m’attendaient au tournant.

J’ai déménagé à Montpellier en décembre 2008 et j’ai reçu une convocation du Juge des Enfants de Montpellier la veille du jour de l’an pour une audience courant janvier 2009. Je me suis renseignée au Tribunal pour connaître la raison de cette convocation, la raison annoncée était une rencontre avec la Juge pour faire connaissance.

J’ai compris plusieurs mois plus tard à l’occasion de la consultation du dossier de l’enfant par le biais d’un avocat que la raison réelle était la saisine du Juge par l’éducatrice de l’A.S.E. qui avait tant insisté à la fin de l’accueil provisoire pour qu’il reste à la MECS. Elle avait saisi le Juge sans me prévenir, ni me faire part du contenu de son rapport mensonger.

Au cours de l’audience la Juge des Enfants de Montpellier a bien entendu mes problèmes relationnels avec l’A.S.E. et m’a proposé un placement judiciaire pour une année dans le but de restreindre les échanges avec eux. Je ne savais pas à ce moment précis que la machine de l’A.S.E. était lancée comme un rouleau compresseur pour un temps indéfini. Aujourd’hui, 5 années plus tard, il est toujours prisonnier chez eux.

Cette MECS dans laquelle est placé votre petit-fils semble être une école de délinquance, qu’avez-vous pu y constater et comment votre petit-fils évolue-t-il dans ce milieu ?

Mon petit-fils intègre une MECS aux environs de Montpellier en septembre 2009. Dès le 1er mois, il se met à insulter violemment ma fille (sa tante qui l’a élevé avec moi), ce qu’il n’aurait jamais osé faire avant d’entrer dans cette MECS.

Parmi ses camarades, une jeune fille porte des traces de scarifications sur ses avant-bras, un garçon fugue très régulièrement et passe certaines nuits dehors tout seul, sans que la police ne soit alertée par la MECS. Un soir, à l’approche de Noël, les familles étaient invitées à participer à une sorte d’apéritif avec tous les enfants, des éducateurs et le directeur de l’établissement. Au début de la soirée le directeur a tenu des propos honteux en se moquant d’une enfant qui avait fugué le soir même. Il a dit à une éducatrice que la petite s’était avancé sur le bord de la route pour accueillir les invités. L’éducatrice a souri. J’étais scandalisée. Je ne suis d’ailleurs plus jamais retournée à une de ces invitations. Au fil du temps mon petit-fils faisait des crises de nerfs à répétition quand il venait le week-end chez moi. Un jour j’ai demandé à une éducatrice s’il faisait ce genre de crises à la MECS, elle m’a répondu positivement en me précisant que pour le punir ils l’enfermaient dans sa chambre jusqu’à ce qu’il se calme. Dans sa chambre,  il cassait tout ce qu’il pouvait. Moi qui prenais le temps de lui expliquer le bien du mal, j’ai été choquée de cette méthode qui montre leur désintérêt pour l’enfant. Son comportement s’est aggravé jusqu’à ce qu’il prenne comme exemple son camarade fugueur et décide pour le jour de l’an de fuguer à 22h30 en ville, la nuit. À partir de là, mon petit-fils me montrait qu’il était en train de se calquer sur le mode de fonctionnement des autres jeunes pensionnaires de la MECS.

Quand il est entré dans cette MECS, à l’âge de 13 ans, c’était un enfant qui adorait lire depuis son plus jeune âge et qui avait un don pour le dessin au point de créer des bandes dessinées. Au bout de quelques mois, il n’avait plus de goût pour la lecture et ne dessinait plus.

Autre chose, aucun suivi psychologique ne lui a été apporté malgré mon combat pour ça. Je considère effectivement que sur le plan intellectuel, psychologique ou social mon petit-fils a beaucoup régressé au sein de cette MECS et que tous mes efforts pour qu’il soit capable de bien évoluer dans notre société avec des bases solides ont été balayés.

Pensez vous que la bonne éducation donnée à votre petit-fils a été réduite en pièce par les éducateurs, ont-ils essayé de le détourner de vous,  de briser le lien, qu’ont –ils fait de cet enfant ?

Oui, comme je le disais précédemment, cette bonne éducation a été anéantie. Ils ont pu le faire avec d’autant plus de facilité qu’ils ont bafoués mes droits de visites et d’hébergement jusqu’à supprimer les séjours de mon petit-fils chez moi pendant plus d’un an et demi. J’ai saisi le Juge des Enfants à de nombreuses reprises, j’ai porté plainte auprès du procureur de la République, sans succès.

Avant cette rupture, ils se sont appliqués à le détourner progressivement de moi, notamment en lui ouvrant une ligne téléphonique au nom d’une éducatrice stagiaire contre ma volonté, en faisant abstraction de mon statut de responsable légal de l’enfant.

À l’occasion d’un séjour chez moi, voyant qu’il utilisait toujours ce téléphone sans mon accord, je lui ai confisqué l’objet. Sa réaction a été de fuguer en faisant une violente crise devant sa tante et son oncle (sœur et frère de son père, mon fils). À partir de ce jour, je ne l’ai plus revu pendant plusieurs mois. À force de lutter pour faire respecter mes droits de visite et d’hébergement, il est revenu chez moi pendant les vacances d’hiver.

Tout se passait bien quand subitement au moment de faire des crêpes, il m’a affirmé qu’il devait quitter mon domicile immédiatement. Je l’avais vu quelques minutes auparavant consulter son téléphone (une seconde ligne lui a été ouverte au nom d’un autre éducateur stagiaire après que je lui ai confisqué le premier). Il s’est exécuté. Moins de 2 h plus tard, j’ai eu la confirmation qu’il était rentré à la MECS. Sachant que j’habitais dans une station balnéaire située à plus de 60 kms de la MECS sans transports en commun à disposition, je suis toujours convaincue aujourd’hui qu’il n’est pas parti tout seul de mon domicile, mais que des éducateurs sont venus le chercher.

Plusieurs fugues de ce type ont été organisées avec les éducateurs. C’est une façon efficace de détourner l’enfant de sa famille. C’est à partir de cette dernière fugue que je ne l’ai pas vu, ni entendu pendant plus d’un an et demi et que mes droits de visite et d’hébergement ont été bafoués sans raison malgré ma lutte sans relâche.

Les services de la justice ont-ils été alertés de ce comportement des éducateurs, sont-ils intervenus pour protéger face aux mauvaises influences subies, ont-ils reconnu la valeur de votre éducation ?

J’ai alerté sans cesse les services de la justice sans être entendue et sans obtenir satisfaction. Je me suis même retrouvée complètement désemparée quand lors d’une audience le Juge des Enfants de Montpellier m’a dit que le dossier de mon petit-fils avait disparu (alors qu’il était constitué de 3 tomes qu’il avait été envoyé par le tribunal de Béziers à celui de Montpellier quelques mois auparavant).

Pour qu’il réapparaisse j’ai décidé de déménager de Montpellier. Mon plan a marché, mais j’ai dû batailler pendant plus d’1an ½  contre le Juge pour qu’il daigne respecter la loi et transférer le dossier de l’enfant au Tribunal proche de mon domicile.

Mais votre petit-fils a-t-il pu disposer d’un avocat qu pour son bien aurait pu alerter sur la mise en danger de sa moralité ?

Non, il n’a jamais eu d’avocat. Pourtant, à la suite d’un appel au secours de mon petit-fils qu’il a émis en appelant ma fille un dimanche soir au téléphone car il ne voulait plus rester à la MECS, cette dernière avait fait des démarches pour qu’il ait un rendez-vous avec un conseil. Malgré la prise de ce rendez-vous et son désespoir, mon petit-fils ne s’est pas présenté chez l’avocat.

Peut-on parler d’un acharnement à ne pas reconnaître vos droits en tant que parent digne de confiance, avez-vous été soutenue dans cette fonction par le Conseil général qui vous devait la part entretien, avez-vous été entendue par ce même Conseil général au sujet de vos démêlés avec l’ASE ?

Juste avant le placement judiciaire, une Assistance Educative en Milieu Ouvert a eu lieu. L’éducatrice qui était en charge de cette mission m’a affirmé que j’avais droit à la part entretien qui est versée par le Conseil Général aux tiers digne de confiance. J’avais ce statut depuis 1997 et nous étions en 2009 quand je découvre ce droit.

Pour que ce droit soit enfin reconnu, une demande a été faite en remplissant et déposant un dossier au Conseil Général. J’ai obtenu une première réponse négative. J’ai redéposé le même dossier en l’envoyant en recommandé avec accusé de réception. Et là, la réponse a changé et est devenue positive en 2010.

Mon droit a été reconnu 4 ans en arrière seulement. C’est la loi, quand l’État vous doit de l’argent, la rétroactivité se fait sur 4 ans maximum. À cette époque la responsable de l’A.S.E. à Montpellier m’avait dit que si j’avais une lettre que j’aurais écrite par le passé demandant une aide mensuelle au Conseil Général, alors mon droit à la part entretien serait reconnu à partir de la date de ce courrier. J’ai retrouvé ce document et quand j’ai représenté ma demande de reconnaissance de mon droit à partir de la date de ce courrier la même responsable m’a dit fermement que je ne devais plus solliciter la reconnaissance de cette rétroactivité.

 Plusieurs référents se sont succédés pour votre petit-fils, n’y avait-il pas parmi eux ne serait-ce qu’un référent qui se serait aperçu de l’effet néfaste du placement et qui aurait été assez courageux pour défendre l’intérêt de l’enfant avant le porte-monnaie des travailleurs sociaux ?

Si, certaines éducatrices ont remarqué les injustices que j’ai vécu. Celles qui ont été réticentes aux méthodes de l’A.S.E. ont subitement disparues en partant en arrêt-maladie. Jusqu’à la dernière éducatrice qui avait même rédigé un rapport pour que mon petit-fils sorte de la MECS. Juste avant qu’elle rende ce rapport, elle est partie en arrêt-maladie pour un accident de travail. Elle est restée en contact avec moi pendant son arrêt-maladie jusqu’à ce que sa responsable intervienne.

Votre petit-fils a désormais 17 ans, avez-vous pu maintenir le lien avec lui en dépit du travail de sape des services dits de la protection de l’enfance, pouvez vous le rencontrer ?

À  la dernière audience, en avril 2013, une nouvelle JDE qui a remplacé le Juge qui me connaissait depuis la naissance de l’enfant et qui avait rétabli mes droits quand j’ai déménagé de Montpellier, diminue mon temps de droit de visite et d’hébergement en s’appuyant sur des rapports mensongers des éducateurs, sans argument valables.

Elle nous autorise à nous voir le samedi après-midi tous les 15 jours et deux week-ends pendant les vacances d’été. Je trouve ça scandaleux. Surtout quand je sais que depuis plusieurs années, il passe régulièrement ses vacances dans une famille que je ne connais pas, dont je demande les coordonnées depuis longtemps par écrit. Ma demande est totalement ignorée, comme si je n’existais pas. C’est une façon de nier mon autorité parentale. Mon petit-fils passe du temps sans surveillance chez des étrangers, alors qu’il n’a pas le droit de voir librement sa grand-mère qui l’a élevé depuis ses 17 mois et tout ça sans aucun argument. Je vis un véritable enfer depuis de trop nombreuses années. C’est une cruelle injustice.

Alors qu’il est proche de la majorité pensez vous pouvoir l’accueillir à nouveau et réparer les effets de l’éducation particulière qui lui a été dispensée à la MECS ?

Non, je me retrouve aujourd’hui face à un jeune homme que je ne connais pas vraiment. Il est impossible de lui demander de revenir vivre chez moi. Il est trop habitué à être livré à lui-même. Il n’accepterait plus de respecter des règles.

Parlez-nous un peu de ce contrat jeunes majeurs, pensez-vous qu’il puisse être bénéfique aux jeunes à qui il est proposé ? 

Pour moi, ce contrat de jeunes majeurs est un moyen pour l’A.S.E. de garder plus longtemps la main sur ces jeunes qu’ils se sont appliqués à éloigner de leur famille.

Pour le cas de mon petit-fils, c’est particulier car les agents de l’A.S.E. n’ont pas pu se débarrasser de moi. Je suis toujours là pour faire valoir ses droits. Le lien n’est pas totalement rompu car j’ai tenu le coup avec énormément de souffrance. La méthode qu’ils utilisent est un harcèlement quotidien de la part des éducateurs à l’approche de sa majorité pour qu’il signe ce contrat. Lors de sa dernière visite, j’ai remarqué que mon petit-fils était particulièrement triste et préoccupé. J’en ai fait part à un de ses éducateurs qui m’a avoué qu’il était stressé à l’idée de signer le contrat jeunes majeurs.

Que craigniez vous désormais pour votre petit-fils et avez-vous un message à faire passer aux parents ?

Ma crainte est que mon petit-fils ne retrouve pas sa liberté à sa majorité. L’A.S.E. le harcèle tous les jours pour qu’il reste sous leur emprise encore quelques années en signant le contrat jeunes majeurs.

Je suis inquiète des fréquentations qu’il a dans ces MECS. Des jeunes qui ont des problèmes familiaux très graves au point de ne plus pouvoir vivre dans leur foyer et que je ne connais pas. À la sortie de ces MECS, je considère que ses chances de réussir dans notre société sont minimes car l’enfant que j’ai laissé à l’âge de 13 ans à l’entrée d’une MECS est devenu un adolescent sans repères, sans bases scolaires, sans respect pour les règles d’hygiène. Quel adulte va-t-il devenir sans lien affectif, sans soutien familial (je reste le seul membre de sa famille qui s’intéresse à lui) ?

Le message que je veux faire passer aux parents est qu’ils doivent se battre sans relâche pour sortir leurs enfants de cet enfer, qu’ils doivent rester attentifs et vigilants à la défense des avocats qui de façon générale se désengagent en se positionnant ouvertement pour l’A.S.E. au lieu de défendre ses clients qui sont l’enfant et sa famille.