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La lutte contre les dérives sectaires

 Comme nous l’évoquions dans un précédent article (http://comitecedif.wordpress.com/2012/06/10/1124/) la chasse au homeschooling se pratique officiellement au nom d’une lutte contre les dérives sectaires.

Que les choses soient très claires, il ne s’agit pas pour nous de remettre en cause la vigilance nécessaire contre les sectes. Non, bien au contraire, et ce n’est pas faire preuve d’intolérance que de dénoncer ce phénomène dans la mesure où des parents ayant abdiqué leur libre arbitre pourraient livrer leurs enfants à de telles structures. Accepter cette aliénation de familles entières est au contraire une tolérance coupable.

Ceci étant posé, et nous l’espérons bien compris, nous dénonçons un traitement inéquitable de la question sectaire dans le domaine de l’enseignement. Ainsi on peut s’interroger à très haute voix sur la coupable tolérance de l’éducation nationale face à des infiltrations sectaires. Il faut que le ménage soit fait en son sein pour que des inspecteurs de l’éducation nationale soient crédibles dans leur contrôle de l’instruction à la maison.

La MIVILUDES s’inquiète du développement du chamanisme

Observons donc de plus près les principales menaces de dérives sur lesquelles la MIVILUDES attire notre attention.

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Ainsi, alors qu’une priorité doit être mise contre le développement du chamanisme et des thérapies déviantes souvent liées, cela au nom de la protection de l’enfance, il faut observer comment l’institution scolaire intègre cette mise en garde.

Nous le ferons à travers l’exemple bien précis qui suit.

Le Théâtre du Vivant

Le projet du Théâtre du Vivant ne fait pas mystère de ses racines chamaniques (http://www.theatre-du-vivant.fr/projet/index.htm). L’un de ses inspirateurs n’est autre que Mario Mercier, sur lequel s’exprime  Patrick Fishmann,  l’animateur (on l’appellera comme ça) du Théâtre du Vivant :

 « Ce qu’offre le chamanisme, nous dit Mario, est avant tout un état d’être, une compréhension intuitive et vécue de l’origine magique du Monde et une percée de la conscience dans le mystère de l’Esprit. L’essentiel de l’être est investi et concerné dans sa chair, son sang, son coeur. »

(http://www.theatre-du-vivant.fr/boite_a/boite_a_idees.htm).

 Mario Mercier lui fera ainsi l’honneur de participer à ses spectacles notamment en étant acteur à ses côté dans « Voyage-Chamane ».

Précisons que Mario Mercier est considéré comme une des personnalités mondiales du néo-chamanisme et l’auteur d’une sorte de bible pour allumés dite  « Manifeste pour un nouveau chamanisme ». Il se consacre à la sorcellerie, au chamanisme depuis les années 1970 et s’est fait notamment connaître par des films qui n’ont pas échappé au classement X avec sorcellerie, sexe de groupe, sado-masochisme, crimes rituels comme  La Papesse : (http://www.dailymotion.com/video/xbu89i_la-papesse-1975-mario-mercier_fun)

Patrick Fishmann, de son côté  est d’ailleurs ainsi présenté dans La Nouvelle République du 17 avril 2009 :

«  Il y a entre cet homme et la musique, un rapport chamanique, un lien fort qui lui fait dire je suis un passeur, jouer est une autre façon de penser le monde.  Qui sait écouter la corne de Koudou y entendra effectivement murmurer ce qui se raconte au bout du monde. »

 Le chamanisme pour nos enfants 

Tant que les momeries ridicules en restaient à un petit cercle d’allumés sur fond de nanar, de fumette et d’esprits en peau de fesses, on ne pouvait que passer son chemin sur les rescapés du Larzac. Le film La Papesse pouvait tout de même inquiéter …

Mais quand, sans trop creuser, on découvre que toute cette petite bande est intégrée au réseau culturel du Conseil Général du Cher, alors on ne peut plus s’inquiéter, on doit s’alerter.

Enfin quand on réalise que l’animateur du Théâtre du Vivant  s’assure un public de scolaire qu’il sensibilise aux principes de son collectif, on doit tirer la sonnette d’alarme :

« Il a été question aussi de savoir si le conte était destiné aux enfants ou aux adultes. Pour Patrick Fischmann, si nous mettons de côté les questions pratiques, les logiques économiques et les a priori que l’on se fait sur l’évolution d’un être humain, cette différenciation n’a aucun sens. Les contes sont destinés à tous les habitants de la barque Terre, quel que soit leur âge. Le conte sert à exprimer l’indicible et le mystère de l’existence. C’est une allégorie qui nous permet de nous faire une représentation symbolique de la réalité. » (http://chermedia.com/2011/04/18/changer-de-reve-avec-patrick-fischmann/).

Il n’est jamais trop tôt pour apporter la bonne parole

Le chaman se targue ainsi d’avoir interprété ses contes musicaux devant plus de dix mille enfants des crèches et maternelles (http://www.theatre-du-vivant.fr/spectacle/concerto.htm). À partir de 7 ans, il propose différents spectacles notamment avec des collectivités, groupes scolaires :

« Nous avons tous un don à cultiver et nous sommes tous reliés : comme les sept frères mongols. Mais nous l’avons oublié en cultivant l’idée de progrès et en expliquant tout. »

(http://www.theatre-du-vivant.fr/spectacle/peuples_nomades.htm).

Le chaman forme des éducateurs

Patrick Fishmann est avant tout intervenant auprès de la petite enfance depuis plus de quinze ans. Il travaille également auprès des services sociaux de l’enfance, puisqu‘il anime des groupes d’insertion (primo arrivants, adolescents incarcérés, classes spécialisées) et prend part au cursus de formation d’éducateurs spécialisés.

Par ailleurs il intervient en crèche, dans les écoles maternelles et primaires, dans le secondaire et anime des groupes " parole et créativité " dans des lycées professionnels.

(http://www.theatre-du-vivant.fr/formation/chansons.htm).

Profitant d’une bonne publicité institutionnelle, il propose des stages animés par les différents participants du Théâtre du Vivant. C’est là qu’interviennent les influences de différents thérapeutes dits art-thérapeutes…

Vivre Autrement

Le Théâtre du Vivant est également intégré au “Réseau Vivre Autrement » (http://www.theatre-du-vivant.fr/vivre_autrement/reseau.htm"), il y aurait encore beaucoup de chose à dire sur ce fameux réseau d’art-thérapeutes, d’anti-mondialistes et autres alternatifs auxquels appartiennent notamment dans le détail :

  • un conseiller pédagogique ;
  • une infirmière scolaire qui opère elle-même des signalements pour dérives sectaires (tiens !) et réalise des animations pédagogiques pour l’inspection académique du Cher ;
  • une travailleuse social-coach en développement personnel.
  •   …

Qu’en pense l’institution ?

Il lui serait difficile de ne pas prétendre avoir eu recours aux services d’un chaman en toute connaissance de cause puisque celui-ci ne se dissimule pas. Maintenant que nous rendons ces informations encore plus évidentes, nous attendons des réactions des uns et des autres.

Nous aurons alors d’autres éléments à rajouter.

En attendant nous incitons les parents en butte à des tracasseries à faire leurs nos informations au nom d’un traitement équitable de leurs affaires.

Pour le reste, la démonstration de la paille et de la poutre est faite, et bien faite… Faute de réagir les inspecteurs-contrôleurs ne sont plus franchement crédibles.

50 000 enfants au moins sont touchés 

Un entretien de Georges Fenech, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) avec l’Agence France Presse en date d’octobre 2010, situait entre 50 000 et 60 000 le nombre d’enfants touchés par des dérives sectaires.

Quel rôle pour la protection de l’enfance ?

A priori on pourrait penser que ce problème-là est de nature à fournir de nouvelles opportunités d’interventions de la si mal-nommée protection de l’enfance.

Les maltraitances notamment psychologiques vécues dans un milieu sectaire pourraient nécessairement justifier des mesures de prise en charge des enfants par les Conseils généraux.

Mais encore faut-il que ces maltraitances soient suffisamment graves. En effet, face aux séquelles subies par les enfants dans le cadre de placements, il faut bien réfléchir et définir la gravité d’une dérive.

Certaines sont effectivement tragiques et portent atteinte à l’intimité de l’enfant ou à sa survie notamment par des régimes carencés ou le refus de soin. De tels actes ne surviennent pas seulement dans le cadre de communautés fermées, mais de plus en plus souvent dans des dérives thérapeutiques autour de la kinésiologie, de l’instinctothérapie, de la psychosynthèse.  Dérives qui se développement notamment dans le sillage du new age et du chamanisme.

Ainsi des enfants peuvent être soumis à des jeûnes drastiques, à des transes après prise de substances, être embrigadés contre une partie de leur famille par l’usage de faux souvenirs induits. Il faut en effet savoir que certains « psychothérapeutes» prétendent pouvoir agir sur l’inconscient de leur patient (dialogue par les couleurs : http://www.info-sectes.ch/secte-astropsycholoqie-huber.htm#expertise).

Que peuvent faire les services de la protection de l’enfance dans de telles situations surtout lorsqu’une pédopsychologue rattachée à l’ASE avoue ne pas savoir ce qu’est la MIVILUDES tout en étant très ouverte à des thérapies par l’art sans en soupçonner certaines dérives ?

De la perméabilité des structures institutionnelles de l’enfance …

Soyons clairs, les pires sectes endoctrinantes n’ont pas grand-chose à craindre de l’ASE qui préférera plutôt s’intéresser à des parents qui font l’école à la maison tout en laissant tranquilles certains « éducateurs ». Précisément, de ces éducateurs qui exercent au sein même de l’éducation nationale pour proposer des spectacles musicaux dans les petites écoles, des séances de contes chamaniques ou pour les lycéens des méthodes de relaxation face au stress des examens.

Les enfants sont « un public vulnérable et une cible privilégiée des mouvements à caractère sectaire », comme le rappelle la MIVILUDES et ceci « qu’ils vivent avec leurs parents eux-mêmes adeptes  qu’ils subissent l’influence de thérapeutes ou de formateurs aux méthodes dangereuses pour leur santé physique ou mentale ».

Des parents peuvent ainsi devenir la cible de mouvements endoctrinants par l’intermédiaire de leurs enfants tombés sous l’influence d’une personne rencontrée à l’école, éducateur ou enfant d’adeptes, ou même de personnels exerçant en foyers.

Après tout, les lieux de vie du type Coral ne sont-ils pas des lieux où se créent, se maintiennent et s’exploitent des états de sujétion conduisant à des dommages pour les enfants et leur famille ? (http://comitecedif.wordpress.com/2012/01/14/coral-limmonde-rehabilitation/)

Les parents ciblés peuvent ensuite adhérer ou au contraire rejeter et dénoncer les atteintes réalisées sur leurs enfants, c’est alors qu’ils peuvent être l’objet de dénonciations imaginaires dont vont s’emparer les services de la protection de l’enfance.

… à leur instrumentalisation au service des sectes 

Il arrive aussi quelquefois que le parent sectaire utilise les ressources de son groupe pour isoler l’enfant du parent non sectaire et comme nous le rappelle Maître Line N’Kaoua, ce sera le plus souvent le parent sectaire qui se verra remettre la garde de son enfant.

Il est donc faux de penser que la mise en cause des dérives sectaires est pain béni pour l’ASE et la machine judiciaire des ruptures familiales.

Si effectivement, des dénonciations abusives peuvent prospérer sur ce terrain, ce n’est pas non plus à coup sûr dans le sens que l’on croit, tant les adeptes de mouvements sectaires structurés possèdent de relais et accusent en général leurs contradicteurs des dommages qu’ils font eux-mêmes subir aux enfants.

On parle là d’inversion accusatoire.

En clair, il n’est pas rare de rencontrer des adeptes de sectes organiser un procès en sorcellerie contre ceux qui n’en sont pas.

Même sur de simples accusations de maltraitance, la machine sectaire est tellement redoutable qu’elle peut élaborer des stratégies accusatoires particulièrement crédibles, il suffit pour cela de s’aider des bons relais et de relever quelques vulnérabilités.

Le parent qui dénoncera la machination, s’il parvient à la décrypter, sera considéré comme paranoïaque ou incapable de reconnaître ses responsabilités. En effet les services sociaux se satisfont souvent de dénonciations crédibles, et bien préparées elles le sont nécessairement, pour estimer une mise en danger de l’enfant.

 Les magistrats de l’enfance, de leur côté, utilisent le rasoir d’Ockham, principe selon lequel « les hypothèses les plus simples sont les plus vraisemblables ». Ceci les amène à décider en fonction d’éléments crédibles  simples donc à ne pas donner foi à des arguments plus complexes de l’ordre de la manipulation subie. Le parent de bonne foi s’enfonce donc en se justifiant, après tout un dossier doit se traiter rapidement.

Le manipulateur profite donc de sa manipulation, ce qui ne vaut d’ailleurs pas seulement en matière de dérives sectaires.

Une prise de conscience nécessaire

Loin d’être des gêneurs, les institutions françaises ont donc servi les prétentions des gourous de toute espèce dont certains possèdent même leurs réseaux au sein de chargés d’éducation et de protection de l’enfance.

Nous n’en sommes heureusement pas au même point que dans le canton de Zürich (http://www.hebdo.ch/la_suisse_paradis_des_sectes_24971_.html) où les sectaires ont pignon sur rue, ouvrent leurs cabinets de psychothérapeutes, proposent leurs méthodes dans les écoles, y projettent leurs films (http://www.info-sectes.ch/secte-ramtha.htm#2) et obtiennent la complaisance coupable des autorités.

Mais nous en prenions le chemin, il est donc  heureux que la MIVILUDES tire le signal d’alarme et que ce message soit interprété correctement.

Le ménage à réaliser se situe en partie au cœur de nos institutions qu’il s’agisse de remettre en cause certaines pratiques douteuses développées en leurs seins par des groupes sectaires ou encore  d’acquérir la capacité de distinguer les manipulations dans une querelle de garde d’enfant.

L’avenir nous dira si l’heureuse initiative de la MIVILUDES permettra d’agir à ce niveau, dans le sens d’une moralisation de la protection de l’enfance.

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