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L'emprise : une prison mentale

L’emprise : une prison mentale

Ceux qui dénoncent les pratiques d’emprises sont réduits à l’impuissance face à une lecture des lois qui ne leur donne aucune arme, surtout lorsque le doute devient une perte de temps et une complication dans l’art de juger.  

Parmi les points évoqués lors du Colloque de Bordeaux dans l’organe du Centre Contre les Manipulations Mentales figure justement cette interrogation quant aux façons de faire reconnaître un phénomène d’emprise et d’y réagir alors que la pratique juridique est mal adaptée à l’incrimination sectaire. D’autant que la notion de dérive sectaire peut être instrumentalisée de façon liberticide par les sectes elle-mêmes ou par des groupes d’intérêt partisans, nous en reparlerons car ce débat est fondamental. 

Ainsi si l’affaire des reclus de Montflanquin a fait bouger les repères, la mise en cause du manipulateur ne tient qu’à des évènements fortuits. En effet, sans le réveil des victimes consentantes, des années après leur mise sous emprise, la justice n’aurait jamais bougé pour leur rendre leur dignité. Maître Daniel Picotin le dit tout net, dans cette affaire « la Justice est pratiquement restée aveugle pendant 8 ans … » jusqu’à l’arrestation de Tilly à Zürich. Pendant 8 ans de plaintes, de saisines de juridiction, rien n’y a fait !!! Non rien parce que la seule façon d’attaquer pour mise sous sujétion mentale est d’invoquer l’abus de faiblesse et d’ignorance, or : 

« la difficulté, est que c’est à la victime elle-même de porter plainte, alors que, dans ce type de cas, « l’adepte sous influence » accepte apparemment le sort peu enviable qui lui est fait. C’est justement l’objet même de la manipulation mentale ! » 

Si cette tragédie a finalement connu un déroulement heureux, une cas d’emprise pour lequel le CEDIF est  actuellement en compétence s’est heurtée, pour le moins, à l’indifférence judiciaire. Le Colloque de Bordeaux, tenu sous le patronage d’Alain Juppé, a d’ailleurs fait référence à cette affaire. Elle illustre un blocage institutionnel et judiciaire face à des dérives sectaires évidentes résultant en une mise sous sujétion de mineurs. Ainsi Jean Dubois pour le CCMM met cette affaire en évidence :  

« Illustrons les enjeux par un exemple de terrain significatif : Dans un dossier très complexe, le CCMM a relevé les éléments suivants, sur le site d’une organisation : la thérapie de la réincarnation, la psychologie astrologique, la kinésiologie intégrative avec fleurs de Bach et pierres précieuses, la PNL et l’hypnose, Fleurs de Bach-thérapie, la psychosynthèse, la médiumnité, le reiki, le channeling. Que faudrait-il ajouter à cette liste pour s’interroger ? » 

La question est bien posée et pourtant nul ne s’interroge et la plainte déposée par la mère pour abus de faiblesse sur sa fille est ….  classée, ce qui ne permet aucune intervention de la cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérives sectaires (CAIMADES) intégrée à la police judiciaire.

Dans le même temps les sé®rvices de l’aide sociale à l’enfance appuient les prétentions d’un père lui-même sous emprise d’une thérapeute, formatrice dans l’organisation susmentionnée d’une méthode d’emprise redoutable dite « dialogue par les couleurs ».

Ladite thérapeute devenue interlocutrice des services de l’ASE possède une formation ainsi présentée :  

La "psychothérapeute" sectaire s'exprime à sa façon.

La "psychothérapeute" sectaire s’exprime à sa façon.

« Sur le portail d’une psychothérapeute avant qu’il ne soit ôté du site : Chamanisme, astro-psychologie, hypnose ericksonienne.“ 

Le professionnel de la lutte anti-secte cite ensuite les propos du fils de la plaignante établissant son état d’emprise tel qu’il a été signalé à la justice  :

 « Voici les propos d’un adolescent :« Alors qu’il était en train de boire un verre d’eau, il lui a dit qu’il pourrait se souvenir du verre d’eau qu’il avait bu la veille et le jour d’avant et le jour d’avant […], et qu’ainsi il pourrait remonter jusqu’à sa petite enfance et se souvenir de tout ».  Ces propos sont extraits d’un témoignage dont on ne peut garantir la neutralité ; mais peuvent-ils avoir été totalement inventés par le témoin ? Ne peut-on envisager que les propos de cet adolescent aient été suggérés dans un contexte qu’illustrent les informations recueillies par le CCMM ?

À propos de contexte, pourquoi cet exemple se veut-il démonstratif ?

Concernant les acteurs de la protection de l’enfance, le rapport 2009 de la MIVILUDES

explicite comment « l’efficacité de leur action suppose réflexion et compréhension du contexte sectaire dans lequel elle s’inscrit » car « sans cette appréhension du phénomène en amont, les dispositions prévues par la loi pourraient se voir peu ou mal appliquées »[…].

Des regrets : l’analyse du CCMM n’a été reçue ni avant l’appel évoqué – donc pas de prévention possible – ni après, car la justice était passée ! Elle n’a pu être ni validée, ni invalidée par quelque structure que ce soit. » 

Ce constat est terrible, les manipulateurs de l’enfance ont toujours une longueur d’avance et les magistrats ne s’encombrent pas d’explications et d’analyses qu’ils ne comprennent pas. Démonter une manipulation suppose de questionner la parole du manipulateur et la santé psychique du manipulé, voila qui complique considérablement un dossier et quant bien même l’état de sujétion mentale serait prouvée ultérieurement, qui osera se déjuger ? 

Il ne faut pas pour autant se décourager puisque l’heureux miracle des Reclus de Montflanquin prouve que tôt ou tard les salauds commettent une grosse erreur et que leurs victimes peuvent leur échapper. Mais pour obtenir un tel résultat c’est une guérilla sans faille qu’il faut mener et des affaires qu’il faut médiatiser.

Les manipulations mentales ne sont pas a priori l’objet premier de nos interrogations au CEDIF dans la mesure où notre objet est avant tout de poser le principe de subsidiarité en faveur des familles, c’est-à-dire de défendre l’institution familiale chaque fois que ses prérogatives sont remises en cause et plus particulièrement face aux services de l’État.

Cependant nous sommes de plus en plus souvent sollicités par des familles détruites suite à des manipulations exercées sur un de leurs membres et/ou à l’occasion de séparation et de divorce qui se passent mal et au cours desquels les enfants sont déchirés.

Il appartient aux adultes de savoir ménager les enfants dans de telles situations et de penser avant tout à leur bonheur, seulement voila tous les parents ne sont pas dévoués à ce bonheur et l’enfant peut devenir l’otage d’un conflit parental surtout lorsque les services de l’État s’en mêlent et s’emmêlent .

Les cas les plus graves qui nous ont été soumis et pour lesquels il est difficile d’apporter des témoignages factuels – nous le ferons néanmoins prochainement car il importe de dénoncer les auteurs de tels faits – sont ceux dans lesquels les enfants ont été victimes de manipulations mentales opérées par des « thérapeutes » bien souvent issus de mouvances sectaires.

Dans de telles situations le parent manipulateur obtient tout ce qu’il veut auprès des services sociaux puis dans le cadre de jugements réalisés sur la foi de rapports socio-éducatifs aberrants. Selon Maître Line N’Kaoua, face à ces exactions, les services sociaux et les experts favorisent le parent manipulateur. Nous pouvons rajouter que les enquêteurs vont au plus simple et cela faute d’être capables de décrypter un abus de faiblesse sur mineur de ce type.

Selon l’AFSI (Association contre les Faux Souvenirs Induits), la manipulation mentale peut aller jusqu’à créer de toutes pièces des faux souvenirs  égatifs effaçant les vrais souvenirs positifs. Ce syndrome des FSI (faux souvenirs induits) apparaît brusquement suite à une « thérapie ». Les victimes de telles manipulations sont donc d’abord les patients puis ceux qu’ils accusent en croyant de bonne foi à la réalité de ces faux souvenirs qui peuvent être des souvenirs de maltraitance voire même de viols.

Si aux USA les FSI sont reconnus et les manipulateurs punis, en France ce n’est pas vraiment le cas alors plus de 300 familles brisées ont été reconnues victimes de telles pratiques.