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La chasse aux destructeurs de famille est ouverte

La victime de trop

Les patients ainsi abusés ne sont pourtant pas des cervelles de moineaux et sont de tous âges et de toutes catégories sociales. Mais quelquefois la victime de telles thérapies est la victime de trop, celle qu’il n’aurait pas fallu viser.

Si pour une certaine « thérapeute par les couleurs » cette victime de trop était sa propre belle-fille, pour l’humanothérapeute Benoît Yang Ting et sa femme complice, la victime est une avocate du nom de Maître Sophie Poirot.

Maître Sophie Poirot entrera en analyse sur les conseils de son père. C’est ainsi qu’elle croisera le chemin de cette sorte de thérapeute holistique qui  et commencera un cycle de consultations pour surmonter un viol dont elle aurait été victime dans l’enfance. Ce souvenir refoulé aurait été la source de son mal-être qui n’avait rien d’imaginaire. Voila qui justifie de la mise en place d’un traitement lourd à base de stages intensifs et autres séances individuelles pour un total de 238 000 euros.

Seulement voila, un beau jour l’avocate comprendra n’avoir jamais subi ce dont elle pensait se souvenir après être passée entre les mains de Benoît, l’humanothérapeute tripoteur.

La mise sous emprise

Tripoteur oui, et même plus, car si sa patiente n’a pas subi de viol avant de le rencontrer, elle consentira sous emprise à des relations sexuelles avec Benoît Y T après avoir dû revivre des souffrances de viol nue sur un divan de psychothérapeute. On ne sait pas ce que faisait Madame Benoît pendant ce temps.

Évidemment, persuadée d’actes de pédophilie de son père à son endroit, Maître Sophie Poirot va rompre tout lien avec sa famille, mais aussi avec ses amis qui s’étonnent de son comportement. L’emprise peut alors se resserrer par son isolement.

Mais comment a-t-elle pu s’en sortir, puisque comme elle le dit elle-même : « Vous finissez par croire tout ce qu’il vous dit. Une fois que le mécanisme de l’emprise se met en place, vous ne pouvez plus dire non. » ?

Opération Rescue

Il a fallu qu’un homme la sorte de sa torpeur et ose faire face aux menaces, ce qui est finalement arrivée en 2001, alors que le cauchemar avait commencé en 1993, soit 12 ans auparavant ! Cet homme qui l’a extraite des griffes de Benoît Y T lui avait fait réaliser que tous les patients du psy Benoît avaient les mêmes souvenirs de viol. Son sauveur est devenu son mari et celui qui l’épaulera dans l’œuvre de dénonciation de la dérive sectaire dont elle a été la proie. Après des déconvenues judiciaires, il lui faudra encore des années pour que le gourou se retrouve en correctionnelle, accusé d’abus de faiblesse avec complicité de son épouse. Eh c’est que chez ces gens là les saloperies se commettent en couple !

Le courage de l’avocate et de son mari permettront aussi à d’autres langues de se délier : Bernard Toucheboeuf, consultant en management, dira avoir dépensé 750 000 euros en thérapie avec le même Benoît pour avoir vu dans sa vie fœtale l’aiguille à tricoter que sa mère avait introduit dans son utérus pour tenter de le tuer. Le consultant en question racontera aussi que l’humanothérapeute escroc – pléonasme – avait brisé sa famille en le séparant d’abord de ses parents qui l’auraient maltraité dans son enfance. Puis, à partir du moment ou il mettra en doute la parole du gourou, soit 23 ans après, c’est sa femme et sa fille qu’il perdra. Ainsi, son épouse  témoignera en faveur de Benoît Y T et obtiendra la garde de sa fille qu’elle a remis entre les mains du « thérapeute », devinez alors de quoi se souvient la jeune fille ? D’autres victimes se manifestent, malheureusement la prescription des trois ans en matière de délits les empêche d’agir sinon comme simples témoins.

Les modes usuels de défense des endoctrinants 

Évidemment le gourou, bien qu’absent, et son épouse démentent les accusations « atroces et calomnieuses ». Sa femme met en valeur la satisfaction d’autres patients ainsi que leur volonté de n’agir que pour leur bien. Pardi !

Ils utilisent également le procédé d’inversion accusatoire typique des endoctrinants, puisqu’ils s’en prennent au mari de leur victime qui aurait monté tout le monde contre eux. Ce serait d’ailleurs à s’interroger s’ils ne l’accusent pas lui d’avoir monté sa secte ! Ca s’est déjà vu d’ailleurs.

Benoît Y T produit ses témoins de moralité, parmi lesquels un sénateur apparenté socialiste qui vante son engagement social, un psychiatre hospitalier qui n’a rien contre les séances à poil sur les divans.

On imagine déjà la plaidoirie des avocats du couple Benoît  Y T : “Les élucubrations développées par Monsieur et Madame Poirot devant le Juge concernant le fait que Monsieur Benoît Y T aurait “envouté” Sophie afin de lui soutirer de l’argent  … sont d’un ridicule affligent (sic) et pathétique et n’ont été émises par le mari et le père que pour éviter de réfléchir sur leurs propres responsabilités quant au mal être …!!!”

Même si ceci n’est pas dit au mot près on connaît le refrain. La suite consiste à utiliser des précédents contre les accusateurs, les avocats de Benoît Y T  ont ainsi rappelé qu’il avait obtenu un non-lieu dans une procédure antérieure, la justice est souvent mal informée sur la nature de telles phénomènes. Ce qui justifie d’ailleurs lors des audiences, la présence de Maître Jougla, ancien avocat qui se dévoue à la contradiction et au dévoilement des endoctrinants : « Le faux souvenir … permet à un nouveau système de valeurs de se mettre en place et de remplacer l’antérieur. »

Une jurisprudence attendue

Cette fois les magistrats ne semblent pas disposés à se laisser abuser eux aussi, pour le parquet, la procureure  Felici n’hésite pas à parler d’une « couple maléfique » comme on en connaît d’autres, et requiert 18 mois de prison avec sursis et 12 mois de prison avec sursis pour sa femme, outre 100 000 euros d’amendes.

Espérons donc pour ce 12 juin 2012 une condamnation qui fera jurisprudence et comme le précise Claude Delpech de l’AFSI (Association Faux Souvenirs Induits) : « Quelle que soit l’issue du procès, nous avons déjà gagné une chose: la médiatisation autour de ce procès a permis de faire connaître cette pratique. Peut-être que certaines personnes manipulées ou leurs familles pourront se reconnaître dans les témoignages parus dans la presse et s’en sortir. »

On pense bien sûr à l’affaire Iacono, mais pas seulement.

Xavier Collet

50 000 enfants au moins sont touchés 

Un entretien de Georges Fenech, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) avec l’Agence France Presse en date d’octobre 2010, situait entre 50 000 et 60 000 le nombre d’enfants touchés par des dérives sectaires.

Quel rôle pour la protection de l’enfance ?

A priori on pourrait penser que ce problème-là est de nature à fournir de nouvelles opportunités d’interventions de la si mal-nommée protection de l’enfance.

Les maltraitances notamment psychologiques vécues dans un milieu sectaire pourraient nécessairement justifier des mesures de prise en charge des enfants par les Conseils généraux.

Mais encore faut-il que ces maltraitances soient suffisamment graves. En effet, face aux séquelles subies par les enfants dans le cadre de placements, il faut bien réfléchir et définir la gravité d’une dérive.

Certaines sont effectivement tragiques et portent atteinte à l’intimité de l’enfant ou à sa survie notamment par des régimes carencés ou le refus de soin. De tels actes ne surviennent pas seulement dans le cadre de communautés fermées, mais de plus en plus souvent dans des dérives thérapeutiques autour de la kinésiologie, de l’instinctothérapie, de la psychosynthèse.  Dérives qui se développement notamment dans le sillage du new age et du chamanisme.

Ainsi des enfants peuvent être soumis à des jeûnes drastiques, à des transes après prise de substances, être embrigadés contre une partie de leur famille par l’usage de faux souvenirs induits. Il faut en effet savoir que certains « psychothérapeutes» prétendent pouvoir agir sur l’inconscient de leur patient (dialogue par les couleurs : http://www.info-sectes.ch/secte-astropsycholoqie-huber.htm#expertise).

Que peuvent faire les services de la protection de l’enfance dans de telles situations surtout lorsqu’une pédopsychologue rattachée à l’ASE avoue ne pas savoir ce qu’est la MIVILUDES tout en étant très ouverte à des thérapies par l’art sans en soupçonner certaines dérives ?

De la perméabilité des structures institutionnelles de l’enfance …

Soyons clairs, les pires sectes endoctrinantes n’ont pas grand-chose à craindre de l’ASE qui préférera plutôt s’intéresser à des parents qui font l’école à la maison tout en laissant tranquilles certains « éducateurs ». Précisément, de ces éducateurs qui exercent au sein même de l’éducation nationale pour proposer des spectacles musicaux dans les petites écoles, des séances de contes chamaniques ou pour les lycéens des méthodes de relaxation face au stress des examens.

Les enfants sont « un public vulnérable et une cible privilégiée des mouvements à caractère sectaire », comme le rappelle la MIVILUDES et ceci « qu’ils vivent avec leurs parents eux-mêmes adeptes  qu’ils subissent l’influence de thérapeutes ou de formateurs aux méthodes dangereuses pour leur santé physique ou mentale ».

Des parents peuvent ainsi devenir la cible de mouvements endoctrinants par l’intermédiaire de leurs enfants tombés sous l’influence d’une personne rencontrée à l’école, éducateur ou enfant d’adeptes, ou même de personnels exerçant en foyers.

Après tout, les lieux de vie du type Coral ne sont-ils pas des lieux où se créent, se maintiennent et s’exploitent des états de sujétion conduisant à des dommages pour les enfants et leur famille ? (http://comitecedif.wordpress.com/2012/01/14/coral-limmonde-rehabilitation/)

Les parents ciblés peuvent ensuite adhérer ou au contraire rejeter et dénoncer les atteintes réalisées sur leurs enfants, c’est alors qu’ils peuvent être l’objet de dénonciations imaginaires dont vont s’emparer les services de la protection de l’enfance.

… à leur instrumentalisation au service des sectes 

Il arrive aussi quelquefois que le parent sectaire utilise les ressources de son groupe pour isoler l’enfant du parent non sectaire et comme nous le rappelle Maître Line N’Kaoua, ce sera le plus souvent le parent sectaire qui se verra remettre la garde de son enfant.

Il est donc faux de penser que la mise en cause des dérives sectaires est pain béni pour l’ASE et la machine judiciaire des ruptures familiales.

Si effectivement, des dénonciations abusives peuvent prospérer sur ce terrain, ce n’est pas non plus à coup sûr dans le sens que l’on croit, tant les adeptes de mouvements sectaires structurés possèdent de relais et accusent en général leurs contradicteurs des dommages qu’ils font eux-mêmes subir aux enfants.

On parle là d’inversion accusatoire.

En clair, il n’est pas rare de rencontrer des adeptes de sectes organiser un procès en sorcellerie contre ceux qui n’en sont pas.

Même sur de simples accusations de maltraitance, la machine sectaire est tellement redoutable qu’elle peut élaborer des stratégies accusatoires particulièrement crédibles, il suffit pour cela de s’aider des bons relais et de relever quelques vulnérabilités.

Le parent qui dénoncera la machination, s’il parvient à la décrypter, sera considéré comme paranoïaque ou incapable de reconnaître ses responsabilités. En effet les services sociaux se satisfont souvent de dénonciations crédibles, et bien préparées elles le sont nécessairement, pour estimer une mise en danger de l’enfant.

 Les magistrats de l’enfance, de leur côté, utilisent le rasoir d’Ockham, principe selon lequel « les hypothèses les plus simples sont les plus vraisemblables ». Ceci les amène à décider en fonction d’éléments crédibles  simples donc à ne pas donner foi à des arguments plus complexes de l’ordre de la manipulation subie. Le parent de bonne foi s’enfonce donc en se justifiant, après tout un dossier doit se traiter rapidement.

Le manipulateur profite donc de sa manipulation, ce qui ne vaut d’ailleurs pas seulement en matière de dérives sectaires.

Une prise de conscience nécessaire

Loin d’être des gêneurs, les institutions françaises ont donc servi les prétentions des gourous de toute espèce dont certains possèdent même leurs réseaux au sein de chargés d’éducation et de protection de l’enfance.

Nous n’en sommes heureusement pas au même point que dans le canton de Zürich (http://www.hebdo.ch/la_suisse_paradis_des_sectes_24971_.html) où les sectaires ont pignon sur rue, ouvrent leurs cabinets de psychothérapeutes, proposent leurs méthodes dans les écoles, y projettent leurs films (http://www.info-sectes.ch/secte-ramtha.htm#2) et obtiennent la complaisance coupable des autorités.

Mais nous en prenions le chemin, il est donc  heureux que la MIVILUDES tire le signal d’alarme et que ce message soit interprété correctement.

Le ménage à réaliser se situe en partie au cœur de nos institutions qu’il s’agisse de remettre en cause certaines pratiques douteuses développées en leurs seins par des groupes sectaires ou encore  d’acquérir la capacité de distinguer les manipulations dans une querelle de garde d’enfant.

L’avenir nous dira si l’heureuse initiative de la MIVILUDES permettra d’agir à ce niveau, dans le sens d’une moralisation de la protection de l’enfance.

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Les manipulations mentales ne sont pas a priori l’objet premier de nos interrogations au CEDIF dans la mesure où notre objet est avant tout de poser le principe de subsidiarité en faveur des familles, c’est-à-dire de défendre l’institution familiale chaque fois que ses prérogatives sont remises en cause et plus particulièrement face aux services de l’État.

Cependant nous sommes de plus en plus souvent sollicités par des familles détruites suite à des manipulations exercées sur un de leurs membres et/ou à l’occasion de séparation et de divorce qui se passent mal et au cours desquels les enfants sont déchirés.

Il appartient aux adultes de savoir ménager les enfants dans de telles situations et de penser avant tout à leur bonheur, seulement voila tous les parents ne sont pas dévoués à ce bonheur et l’enfant peut devenir l’otage d’un conflit parental surtout lorsque les services de l’État s’en mêlent et s’emmêlent .

Les cas les plus graves qui nous ont été soumis et pour lesquels il est difficile d’apporter des témoignages factuels – nous le ferons néanmoins prochainement car il importe de dénoncer les auteurs de tels faits – sont ceux dans lesquels les enfants ont été victimes de manipulations mentales opérées par des « thérapeutes » bien souvent issus de mouvances sectaires.

Dans de telles situations le parent manipulateur obtient tout ce qu’il veut auprès des services sociaux puis dans le cadre de jugements réalisés sur la foi de rapports socio-éducatifs aberrants. Selon Maître Line N’Kaoua, face à ces exactions, les services sociaux et les experts favorisent le parent manipulateur. Nous pouvons rajouter que les enquêteurs vont au plus simple et cela faute d’être capables de décrypter un abus de faiblesse sur mineur de ce type.

Selon l’AFSI (Association contre les Faux Souvenirs Induits), la manipulation mentale peut aller jusqu’à créer de toutes pièces des faux souvenirs  égatifs effaçant les vrais souvenirs positifs. Ce syndrome des FSI (faux souvenirs induits) apparaît brusquement suite à une « thérapie ». Les victimes de telles manipulations sont donc d’abord les patients puis ceux qu’ils accusent en croyant de bonne foi à la réalité de ces faux souvenirs qui peuvent être des souvenirs de maltraitance voire même de viols.

Si aux USA les FSI sont reconnus et les manipulateurs punis, en France ce n’est pas vraiment le cas alors plus de 300 familles brisées ont été reconnues victimes de telles pratiques.

 Des ruptures familiales peuvent être provoquées par des techniques de manipulation.

Nous devions vous mettre en garde contre une pratique de plus en plus répandue qui procède par l’utilisation de contes thérapeutiques délivrant un message inconscient qui fera agir un jeune dans le sens souhaité par son thérapeute.

Cette pratique est particulièrement redoutable et trompera en général la justice, ce qui explique, comme le dit Maître Line N’Kaoua, que dans  neuf cas sur dix, les enquêteurs sociaux et les experts rendent une décision favorable au parent adepte de la secte.

Nous avons d’ailleurs eu connaissance d’affaires de ce type que nous développerons prochainement.

Mais voyons plutôt comment un « conte thérapeutique » peut servir de support à une manipulation d’enfant à partir d’un exemple concret interprété.

Le tigre blessé

Il était une fois, il y a de cela longtemps, très longtemps, dans une immense contrée d’Asie, un jeune tigre qui vivait à l’écart de sa famille.
Son père et ses frères étaient de grands chasseurs qui ramenaient chaque jours des monceaux de viande fraîche, nourrissante et savoureuse .

Hélas, sa mère avait disparu, tuée par des chasseurs lorsqu’il était encore jeune, et très tôt il avait su …acceptez !
Il gardait d’elle sa douceur, et passait de longs moments à rêver d’elle, comme à la rechercher la nuit parmi les étoiles.

Il n’avait aucun goût pour la chasse et les bagarres entre frères, préférant se promener seul, le long du lac et des rivières.
Il admirait les couchers de soleil, le soir du haut de son rocher.
Il était ébloui par la magie de la nature, la capacité qu’elle avait à se renouveler, à … changez !

Malheureusement un soir, il tomba par accident au fond d’un grand piège, que les habitants du village avaient tendu, près du grand arbre, où il venait souvent s’allonger aux heures chaudes de la journée.
Là, il pouvait …écoutez…chanter et rire les enfants de l’école, mais aussi le maître répéter inlassablement les leçons.

Toute la nuit, il lutta courageusement malgré la blessure profonde que sa chute lui avait infligé, et réussit à s’extraire du trou profond dans lequel il était tombé, se eurtrissant considérablement les pattes arrières.
Clopin-clopant, il parvint encore à…avancez !

Souffrant beaucoup il lutta encore puis se reposa dans la forêt qu’il avait réussi à … gagnez !
Ne pouvant plus se nourrir convenablement, isolé, incapable de rejoindre les siens, il perdit presque toutes ses forces.
Il était réduit à la misère, ne survivant que de plantes et de racines, il avait le poil terne et rare, sa crinière dégarnie laissait voir ses épaules décharnées.
A bout de forces et sentant sa fin proche, il s’allongea au pied du grand Banian, puis sombra dans un sommeil …profond !

C’est alors qu’il fut tiré du somme par le grand tigre blanc qui vit seul dans les forêts !
« Ressaisis-toi ! »
Cette apparition lui indiqua une clairière dans laquelle il devait se rendre pour y trouver l’arbre aux baies d’azur.
« Lorsque tu auras mangé ces baies, va te baigner dans le marigot où l’éléphant se repose lorsque le soleil est brûlant pour la peau.
Le marigot est alimenté par une source magique, tu retrouveras alors force, vigueur et …confiance !

Tu seras pour toujours …protégé, dans ton corps, ton coeur, et dans ton âme.
Je te retrouverai là-bas. »

Aux premières lueurs de l’aube, le tigre blessé rassembla ses dernières forces en se traînant lentement et lutta pour …avancez ! jusqu’à la clairière magique.

Il s’y rassasia des baies bleutées, douces, sucrées, nourrissantes qui lui procurèrent un regain de vitalité.
Recouvrant ses forces, il se dirigea vers le marigot, occupé à cette heure matinale, par un troupeau d’éléphants qui se baignaient, jouaient, s’aspergeaient abondamment avec l’eau bienfaisante.
Le tigre s’approcha et leur dit : « laissez-moi me baigner s’il vous plaît, je ne vous veux aucun mal ! »
Ces mots furent accueillis par un tonnerre de barrissements moqueurs, énergiques.
Le chef du troupeau qui était une femelle lui posa la question : « Est-ce le grand tigre blanc qui t’envoie ? » « Oui répondit le tigre. »
Très bien, il te reste une épreuve, vois-tu ce marigot derrière moi ?
Il mesure dix mètres de diamètre et cinq mètres de profondeur, quel est son volume ? »
Le tigre se gratta la tête et réfléchit, il se souvenait de la formule magique que l’instituteur répétait inlassablement aux écoliers, parmi les tables et les théorèmes.
Il dessina sur le sable la formule consacrée puis donna la bonne réponse qui fut acclamée par un concert de trompes et une haie d’honneur.
Alors le tigre blessé pénétra dans l’eau où il fut douché par l’eau bienfaisante dont les éléphants l’aspergèrent.
Il s’y roula, il but et nagea dans cette eau qui allait le …transcendez !

Ses pattes ne lui faisaient plus du tout mal, il sortit de l’eau et s’ébroua.
Il avait retrouvé un pelage magnifique, des plus brillants, tendu sur une musculature parfaite.
D’une voix ferme, il remercia chaleureusement les pachydermes et s’éloigna de sa démarche féline et gracieuse.
Son flair recouvré, il retrouva facilement les siens, qui ne le reconnaissaient pas tant il avait…changez !

Il dégageait tant de force, de calme et de sérénité que rien de mal ne pouvait plus l’atteindre.
Son père et ses frères l’invitèrent à une partie de chasse, qu’il décida de …refusez !

« Aurais-tu quelque tigresse à retrouver plutôt que de te joindre à nous ? » demanda son père ironiquement.
Non pas du tout, je suis revenu vous dire que je pars vivre avec le tigre blanc qui vit dans la forêt, il m’a permis de …retrouvez ! le goût de vivre.

À ces mots il salua sa famille et s’en alla vers ce lieu où il s’était enfin senti si bien, heureux, protégé, compris.
Il coula par la suite la vie paisible et calme à laquelle il aspirait en compagnie du grand tigre blanc.

 

INTERPRÉTATION DU TIGRE BLESSÉ

Le consultant personnifie « un jeune tigre qui vivait à l’écart de sa famille », la famille est constituée de son père et de ses frères.

Le consultant ciblé est donc un jeune qui vit une crise familiale, dont les dispositions et les intérêts sont présentés comme incompatibles avec ceux de sa famille, laquelle est tournée vers le concret, l’extraversion, la réussite sociale : « de valeureux chasseurs qui ramenaient chaque jour des monceaux de viande, fraîche, nourrissante et savoureuse ».

Le jeune tigre est contemplatif, introverti : « il admire les couchers de soleil », « il est ébloui par la magie de la nature ».
Il souffre de sa différence car il est tenu à l’écart, il a une piètre estime de lui même, il veut changer, s’il est ébloui par la nature c’est aussi par « la capacité qu’elle avait à se renouveler ».

La figure de la mère apparaît dans le récit, elle est douce mais elle est morte, tuée par des chasseurs. Elle contrebalançait l’influence plus rude du père et des frères. En réalité elle  n’est pas nécessairement morte mais elle a disparu en tant que soutien. Elle exerce une pression normalisatrice sur son enfant, elle n’accepte plus son introversion.

Le premier signal envoyé consiste à permettre au consultant d’aimer ce que sa mère a été (ou le thérapeute veut faire croire qu’elle a été) tout en faisant son deuil de cette mère qui n’est plus la même.

Le deuxième signal invite le consultant à réfléchir sur sa situation pour la changer, pour ne plus accepter de vivre avec ceux qui ne le laissent pas exprimer sa différence.

Nous sommes bien là dans le cadre d’un conte de rupture, le jeune tigre souffre parce que l’on n’accepte pas sa différence, il doit changer de vie, se séparer de ceux qui ne l’acceptent pas. Il doit surtout prendre conscience du fait que ses parents ne sont pas comme lui, qu’ils le rejettent. Qu’il faut donc que lui aussi les rejette.

Ce conte est particulièrement destructif pour des adolescents, le moindre désaccord peut ici être magnifié pour en faire une cause de rupture familiale, il appelle à échapper au principe de réalité.

Le consultant va subir une épreuve particulière pour laquelle il ne trouvera pas de soutien dans sa famille qui l’a abandonné, il devra changer pour surmonter cette épreuve, faire preuve de résolution même si celle-ci le fera souffrir : « souffrant beaucoup il lutta encore ».

Mais il ne trouvera pas en lui le courage suffisant pour s’en sortir, il va être prêt à abandonner sa volonté d’être différent, à se normaliser, à mettre fin à sa rébellion (à se socialiser ?) ce qui revient à mourir dans le conte.

C’est là que le gourou intervient, un psychothérapeute mal intentionné se donnera ce rôle. Il s’agit ici du grand tigre blanc qui alors que le jeune tigre lâche prise lui donne l’injonction : « Ressaisis-toi ! »

Le grand tigre blanc a effectivement un très fort pouvoir charismatique et magique. Il montre au jeune tigre ce qu’il recherchait sans le savoir, il lui donne des pouvoirs : « Lorsque tu auras mangé ces baies, va te baigner dans le marigot où l’ éléphant se repose lorsque le soleil est brûlant pour la peau. Le marigot est alimenté par une source magique, tu retrouveras alors force, vigueur, et confiance !  Tu seras pour toujours … protégé dans ton corps, ton cœur et dans ton âme.»

Le grand tigre blanc est celui qu’il devra invoquer pour avoir accès au marigot, mais le secret de son acceptation au sein de ceux qui l’aideront consiste à apprendre par cœur un théorème lors de son épreuve de souffrance et à l’utiliser pour résoudre ultérieurement un problème : « il pouvait écouter le maître répéter inlassablement les leçons ». Il doit faire un effort de mémoire pour répéter mot à mot ce qu’on lui a appris : « il se souvenait de la formule magique que l’instituteur répétait inlassablement ».

Il peut s’agir là d’un témoignage qu’on lui aura demandé de réciter, d’un mantra, d’un énoncé aberrant qu’on ne lui demandera pas forcément de croire mais d’intérioriser comme vérité. Cette leçon apprise permettra au jeune tigre d’avoir accès à un monde selon ses vœux.

Le consultant doit se plier à la leçon pour entrer dans ce monde, il doit ainsi accepter de faire ce qu’on lui a demandé pour être accepté, reconnu, ce qui lui permet d’obtenir une reconnaissance qu’il croit n’avoir jamais rencontré auparavant, il est félicité pour son obéissance et sa sujétion : « donna la bonne réponse qui fut acclamée par un concert de trompe et une haie d’honneur. »

Il  entre alors dans le famille du tigre blanc, il peut boire à la source qui le guérit, le change, le métamorphose en un tigre puissant, sûr de lui, sa famille ne le reconnaîtra plus mais elle voudra alors l’accueillir à nouveau : « son père et ses frères l’invitèrent à une partie de chasse … ». C’est là
que le consultant aura le courage de dire qu’il les rejette pour aller vivre avec le tigre blanc, son gourou : « je suis revenu vous dire que je pars vivre avec le tigre blanc qui vit dans la forêt, il m’a permis de …retrouvez ! le goût de vivre. »

Bien sûr tous les conteurs ne sont pas des gourous, certains utilisent ces histoires de façon positive pour aider à surmonter des peurs, des angoisses et non induire des sentiments négatifs à l’encontre de la famille.

Le conte peut guérir aussi bien que détruire, il possède une forte puissance de conviction comme il l’est expliqué dans cette video :