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En Espagne, ce 31 mai, une jeune mère marocaine de 22 ans connue sous le nom d’Habiba a été séparée de son enfant sans son consentement, sous le prétexte qu’elle allaitait son enfant. En raison d’une situation économique désespérée, Habiba vivait, avec sa fille âgée de 15 mois, dans un centre d’accueil pour femmes à Madrid (Institut madrilène de l’enfance et de la Famille – IMMF).

Illustration : dessin de Louma Sader Bujana, qui tient le blog Amor Maternal.

Au cours de déclarations et d’interviews radiophoniques, Nacho de La Mata, son avocat, a informé les médias que le jour des faits, Habiba avait  laissé son enfant aux soins de la garderie du centre, comme il en est coutume,  et que l’enfant en a été retiré immédiatement. Habiba fut alors avertie du fait qu’elle ne pourrait plus vivre dans le centre d’accueil, celui-ci étant destiné aux mères et elle, n’ayant plus d’enfant à sa charge.

La « Fundación Raíces », une organisation humanitaire, s’est immédiatement emparée de l’affaire, en fournissant des évaluations psychiatriques exécutées par la célèbre activiste des droits de naissance et auteure Ibone Olza, ainsi qu’une aide juridique, des soins de santé et une aide financière.

La mère se voit reprochée de donner trop souvent le sein à son enfant de 15 mois, une pratique jugée «  chaotique et nuisible pour les petites filles et les petits arçons » par la directrice du centre d’accueil qui n’a évoqué aucune maltraitance de la part de la mère à l’encontre de son nourrisson.

La directrice reprochait ainsi à Habiba de donner le sein chaque fois que son enfant criait ou se cognait.

La docteur Olza, la psychiatre qui a évalué Habiba, donne ses impressions sur Habiba :

  • « J’ai l’impression que c’est une mère sensible et aimante, qui est attachée d’une manière saine à son enfant. »
  • « Il est évident que cette séparation est hautement stressante pour l’enfant, et je peux facilement prédire des symptômes de détresse Psychique si le lien physique et émotionnel avec la mère n’est pas immédiatement rétabli. »
  • « Me basant sur une minutieuse évaluation psychiatrique, je tire la conclusion que cette femme ne souffre d’aucun trouble psychiatrique ni est consommatrice de drogue. D’après moi, c’est une mère très capable, aimante et elle souffre énormément d’avoir été séparée si brutalement de son enfant. »
  • « En tant que psychiatre pour enfants, je sais que séparer brutalement un enfant de 15 mois de sa mère, en le transférant à une infrastructure gouvernementale, cause des dommages importants qui pourraient entraîner des conséquences psychologiques, si la petite et sa mère ne sont pas réunis à nouveau au plus vite. »

Habiba souffre autant sur le plan émotionnel que sur le plan physique. Le jour où Ibone Olza l’a rencontrée pour la première fois afin de s’occuper de son cas, elle souffrait d’une obstruction mammaire et était sur le point de développer une mastite. La psychiatre a aidé Habiba à tirer son lait et en a emporté un demi-litre à l’IMMF. Après de longues discussions, l’IMMF a accepté de le prendre, bien que ceci ne garantisse pas que l’enfant l’ait reçu – l’allaitement maternel étant strictement interdit dans tous les foyers d’accueil recevant des enfants.

Ceci est en contradiction avec l’importante campagne de soutien à l’allaitement du programme « allaitement et lien parent-enfant » de Madrid, destiné aux professionnels de la santé. Ainsi l’attitude et l’opinion de l’IMMF à propos de l’allaitement, le qualifiant de « chaotique et nuisible à l’enfant », a entraîné une situation d’alerte, non seulement au sein de la communauté de défense de l’allaitement mais également chez les mères de toutes parts (notamment sur la blogosphère maternelle et les réseaux sociaux tels Facebook). D’après les déclarations dans la presse, probablement issues de l’IMMF, la raison de séparation mère/enfant n’aurait rien à voir avec leur relation d’allaitement. Cependant, lorsqu’il fut décidé que l’enfant serait « temporairement retiré à sa mère et le cas réévalué », Habiba avait été auparavant prévenue du fait qu’il lui serait absolument interdit d’allaiter son enfant lors de leur heure hebdomadaire de visite, sous le prétexte que ce serait « contraire à l’institutionnalisation de l’enfant ».

Le ministère de la Famille et des Affaires sociales nie catégoriquement que la séparation de la mère et de la fillette est due au refus d’arrêter l’allaitement. Habiba pour sa part déclare que le centre avait une politique contraignante à cet égard, au point que le centre lui a donné des pilules pour empêcher la production de lait.

L’avocat de la jeune fille, Juan Ignacio de la Mata, insiste sur le fait que « la chose la plus urgente est de rétablir l’union entre la mère et l’enfant. » « Aucun acte grave, comme de la maltraitance, ne justifie la séparation. Il ne faut pas confondre un problème de cohabitation ou d’adaptation à la vie dans le centre, qui ne résout pas par la séparation de la mère et de l’enfant, et un problème de comportement entre la mère et l’enfant » d’ajouter l’avocat de la jeune Habiba.

Sources : Amor maternal, Le Figaro, El Pais.

Pour rejoindre le groupe Facebook : http://www.facebook.com/WeAreAllHabiba?sk=wall

UN DÉNOUEMENT  HEUREUX POUR LA PETITE ALMA

Alma a été rendue à sa mère. La campagne internationale à laquelle nous avons participé a pesé d’un poids suffisant pour que les « travailleurs sociaux » madrilènes lâchent prise. La bonne nouvelle a été annoncée vendredi 24 juin, mais la petite Alma a tout de même subi trois semaines de séparation forcée.

Il faut maintenant établir les responsabilités de ce sévice social qui demeure dans le déni quant aux causes de son intervention. L’avocat d’Habiba a pourtant bien mis en évidence les errances des services de la protection de l’enfance, parlant d’un enlèvement qui s’est fait à partir de « jugements basés sur une ignorance absolue » et d’un système qui permet d’enlever un enfant à sa mère sans lui donner l’opportunité de se défendre ou de faire appel à un avocat : « dans d’autres pays un juge doit se prononcer avant qu’un enfant soit placé, ici ce sont les autorités qui agissent en premier et la mère qui doit aller en justice pour récupérer son enfant. »

Pourtant en France des enfants sont enlevés d’urgence de leur famille un vendredi soir pour cause invoquée de « danger imminent » avec audience ultérieure auprès du juge des enfants. L’affaire de la petite Alma aurait bien pu se dérouler de la même façon en France.

Si on reste dans l’ignorance des poursuites seront menées contre les professionnels de l’enfance qui ont fait cela, on sait ce qu’il va advenir de la maman : le comité mis en place pour sa défense lui a trouvé un  logement et un emploi.

Là encore, quand le service public abîme des familles, la solidarité privée les répare.