censorshipUn foyer qui garantit la protection des plus fragiles 

L’affaire se passe dans un foyer en Gironde, plus précisément à Eysines. Un de ces foyers géré par l’Aide sociale à l’enfance du département et où évoluent tant bien que surtout mal 130 mineurs à partir de 8 mois  et quelques jeunes majeurs sous contrat que des juges pour enfant ont placé là.

Sur le papier un foyer impeccable qui fait sa publicité : « Son fonctionnement garantit la protection des enfants et des familles les plus fragiles et les plus exposés aux aléas sociaux »

Dans la réalité un foyer comme un autre, donc avec la violence au quotidien.

190 agressions par an

On y parle d’agressions physiques, psychologiques  et sexuelles, ainsi que de fugues.

En 2016, 190 événements de ce types ont été enregistrés soit plus que le nombre de jeunes placés, nul n’est donc à l’abri.

Les personnels appellent leur hiérarchie à l’aide, mais leurs demandes restent lettre morte. Pourtant la dénonciation de tels faits nécessite une réponse. En effet si ce foyer était une famille il y a  bien longtemps que ces enfants en auraient été enlevés car vivre la violence au quotidien c’est indéniablement subir une maltraitance.

Alors faute d’écoute, il faut révéler l’affaire

Le devoir de réserve ne permet pas de taire la mise en danger d’autrui.

C’est bien dans cette optique que des agents de la structure en appellent à qui voudra les entendre tout en précisant les responsabilités qu’ils assument :

« L’absence de réponses constructives et de réactions de nos instances, banalise et finalement cautionne une violence omniprésente et devenue endémique dans cet établissement (…) il est néanmoins urgent de faire cesser ces maltraitances institutionnelles et de mettre en œuvre des moyens concrets en adéquation avec la population accueillie. Nous ne pouvons plus aujourd’hui assumer notre mission de protection des mineurs ; nous avons le sentiment d’être en situation de non-assistance à des enfants en danger, et d’endosser une responsabilité morale mais aussi pénale. Les enfants de la République sont en danger. En tant que citoyens, nous ne pouvons pas ne pas dénoncer cette situation insupportable. Nous voulons briser cette forme de « loi du silence » qui règne sur le CDEF d’Eysines et lever la chape de plomb qui pèse sur l’Aide Sociale à l’Enfance en Gironde »

Grégoire de Fournas, élu Front National de Gironde balance le 4 avril 2017 un communiqué de presse au sujet des affaires du foyer :

« Tous ces faits extrêmement graves ont été l’objet, pour la plupart, d’auditions par la Police, et de signalements par les agents du CDEF à leur direction et à l’exécutif socialiste, qui ne peut donc les ignorer. En mai 2016, le Président du Conseil Départemental a rencontré les agents qui ont pu lui exprimer leurs difficultés, mais sans qu’aucune solution pérenne ne soit mise en place, ce qui est profondément irresponsable ».

Le président socialiste de Gironde souhaite qu’il se taise, il sait si bien éteindre les micros, mais cette fois l’omerta ne passe pas.

Sodomie, fellation, tournante, immolation …

En effet, l’élu précise quelques-uns des faits qui ne seront pas contestés :

  • février 2016 « un jeune sous la menace oblige deux jeunes à passer à l’acte : sodomie et fellation » ;
  • décembre 2016 « un enfant, slip baissé, frotte son sexe sur d’autres enfants », « une jeune fille de 12 ans a fugué du CDEF et participé à une tournante dans une cave avec des garçons de 12 à 15 ans » ;
  • février 2017 « tentative d’immolation d’un garçon de 12 ans par plusieurs enfants après avoir été aspergé préalablement de parfum ».

Un éducateur se confie alors à France Bleu pour dire :

« Un des rares gamins qu’on a reçu il n’y a pas longtemps, qui relevait vraiment du social, nous a dit en partant qu’on l’avait détruit. Un gamin de 13 ans et demi. Il n’est pas acceptable pour nous de continuer à regarder ces enfants à être détruits par leur passage au foyer de l’enfance. Il y a un moment, il faut se poser la question de quel rôle nous jouons là-dedans ».

Un témoignage tout  fait lucide, quel rôle l’État fait-il jouer aux sociaux, surtout lorsque l’éducateur précise que l’enfant « relevait vraiment du social », ce qui sous-entend que certains n’en relèvent pas et n’ont rien à foutre dans ce foyer. Eh bien même pour un enfant justement placé, ils font pire qu’en ne plaçant pas puisque l’enfant a dit en partant que le foyer l’avait détruit. Oui comme le dit cet éducateur, placé pour une bonne ou mauvaise raison, ces gamins sont détruits par leur passage en foyer. Nous sommes là loin, très loin, des témoignages bidons des émissions de propagandes.

Pourtant, selon les témoignages que nous avons notamment reproduits sur le CEDIF, ce foyer n’est pas exceptionnel. Depuis le temps que nous alertons sur ce qui se passe sans être entendus, il conviendra de dire que les exécutifs départementaux ne peuvent pas prétendre ne pas savoir ce qu’il s’y passe alors qu’ils se permettent de répondre au CEDIF avec une insolence tout à fait intolérable.

Celui qui dit la vérité 

Mais pour l’instant c’est sur la situation du personnel que l’on s’interroge car un certain nombre des sociaux ne supportent plus leurs conditions de travail et en ont fait lettre ouverte au Président de la République en avril 2017.

La tabou va-t-il tomber ?

Dire ce qui ne va pas dans l’Aide sociale à l’enfance ne se fait pas. Les medias d’ailleurs, objets d’une attention toute nouvelle du Conseil National de la Protection de l’Enfance,  sont censés dire du bien des foyers comme nous avons pu le voir dans des émissions de propagandes et fake news sur commande diffusées aussi bien sur le réseau de notre redevance que sur TF1.

Le conseil départemental de Gironde a donc voulu régler le problème, d’abord en faisant payer ceux qui ont dit la vérité par la menace révocatoire pour manquement au devoir de réserve (la fameuse arme anti-lanceursd’alertes).

Ainsi début septembre 2017 un conseil de discipline a entendu ceux qui n’avaient pas démissionné ou n’avait pas subi de CDD non reconduit. Précisons au passage que ces personnels ne sont soutenus ni par Sud ni par Farce Ouvrière.

La loi du silence a ses victimes et exige que la sanction soit exemplaire pour que les autres ferment leur gueule à l’avenir et acceptent de mettre en danger des mineurs en s’en lavant les mains.  En l’espèce la sanction des lanceurs d’alerte est de 5 jours à 3 mois d’exclusion.

Pour les uns la sanction pour les autres des solutions inadaptées 

Les autres sociaux, pas très solidaires, ont pu surfer sur l’affaire en bénéficiant enfin de la  consultation de conseil départemental.

Mais une consultation pour qui ?  La CGT, qui a soutenu l’alerte, a revendiqué davantage de moyens humains en précisant que le risque zéro n’existe pas. 

Tout cela pour ça a-t-on envie de répondre, alors que le personnel du foyer se monte à 225 personnes pour 130 enfants placés ! Faut-il un taux d’encadrement de deux adultes pour un enfant afin de faire cesser des violences ? Doit-on croire que même 2 adultes pour un mineur ne seraient pas assez, mais dans ce cas il faudrait placer en urgence tous les enfants de familles monoparentales pour taux d’encadrement insuffisant.

N’y a-t-il pas des solutions plus simples consistant par exemple à ne pas mélanger des délinquants avec de pauvres gosses d’une part, et de ne pas placer à bras raccourcis des enfants qui seraient mieux dans leur famille ou auprès d’un tiers digne de confiance, d’autre part ?

Les parents exigent le risque zéro

Quant au risque zéro on peut et doit l’exiger,  sinon y aurait-il une tolérance quant aux violences sans mettre en œuvre la responsabilité de ceux qui ont la garde de ces enfants ? Quel seuil de tolérance en matière d’agressions, de viols ? Un autre chiffre que 0 n’est évidemment pas acceptable.

Face à ces propositions qui ne vont pas dans l’intérêt des enfants,  le département semble soulagé. La directrice de la protection de l’enfance a créé 30 postes et essaie de tripler la présence des éducateurs. S’ils se mettent aux 3 huit on aura bien le taux d’encadrement nécessaire même quand les enfants dorment …

Certes la réponse envisagée n’est pas la bonne, mais dans cette affaire il faut bien se poser la question de savoir à quoi on sert lorsque l’on travaille dans une telle structure, question que ne semblent pas se poser SUD et FO puisqu’ils n’ont pas tiré la sonnette d’alarme.

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commentaires
  1. Gaelle Deconinck dit :

    Mon dieu c’est ignoble… le juge va certainement faire placée ma fille. Pour l’instant elle est toujours dehors demain ce feras 4 semaines…mon avocate Me dit que nous sommes en période de fin d’année et que je n’aurais sans doute pas de réponse avant janvier… Je souffre énormément.
    Cet article me fait réellement froid dans le dos , en tant que parents oui nous exigeons la protection de nos enfants…la violence 0 !
    Comment est-ce possible
    Pauvres enfants… comment peut-on détruire des enfants..il s’agit d’une vie entière quand certains ne se suicident pas ! J’ai vécu des violences étant très jeune et j’affirme que la vie deviens une lutte …on ne vie plus on tente de survivre on tente de se reconstruire mais quand l’enfance est brisée rien n’est plus jamais pareil .

  2. leilapellissier@bluewin.ch dit :

    Bonjour, Découvrir et oser dénoncer de tels faits serait presque impossible chez nous, tant l’omerta empêche la transparence de faits, pourtant allégués par d’aucuns. Toutes mes félicitations pour votre courage et votre clairvoyance. A Genève, j’ai été condamnée pour diffamation, alors que je dénonçais le directeur du SPMi (Service de la Protection des Mineurs) lequel avait caché durant 3 ans, un dossier de pédophilie.) J’ai refusé de parler au téléphone à UN PROTECTEUR DE PÉDOPHILES et non à un P[EDOPHILE. Mes paroles ont été mal transmises à ce directeur et plainte pénale contre moi, s’en est suivie. Aux audiences, je n’ai pas eu droit la parole, un témoin ex chef de Police et député au Grand Conseil genevois (qui avait aussi dénoncé ce cas) a dû quitter la salle, une mère dont les 2 fillettes ayant été abusées en famille d’accueil, n’a pas été admise à témoigner, bien que je l’avais demandé à mon avocate. A la la lecture du document ci-joint, vous constaterez que je n’ai peur de rien en m’adressant à des Conseillers d’Etat. Après des menaces de mort, je n’en suis plus à cela près (!) Pour conclure, vous conviendrez, qu’en fait de justice, Genève est à la traîne… A près de 82 ans, je ne prétends plus être au top niveau. Mais je fonctionne encore, avec l’énergie du désespoir, la colère me tient debout, face au non respect des Conventions de Genève, des Droits de l’enfant et des familles. Avec mes respects et mes meilleures salutations. Pour PMES Leïla Elisabeth Pellissier Présidente et fondatrice Chemin de la Gradelle 28 Case postale 312 1224 Chêne-Bougeries 022 348 28 03 – 079 397 73 69 http://www.kiombo.com/pmes/index.html (FAIT VÉCU est mon histoire)

    • Delvarre dit :

      Merci pour votre témoignage et votre combativité qui fait du bien.

    • comitecedif dit :

      Bonjour Leila et bravo pour votre courage et votre engagement.
      Nous savons aussi ce qui se passe en Suisse et nombre de nos pages le dénoncent. La rédaction du journal Vigousse en Suisse a aussi été condamnée pour dire en Suisse ce que nous dénonçons dans ce pays sur nos pages. Nous préparons d’autres informations justement sur le KESB de Zürich. Votre affaire mérite aussi une interview par le CEDIF si vous le souhaitez et à mettre dans nos colonnes.

  3. Delvarre dit :

    Merci pour l’article. Je ne connais pas personnellement le foyer d’Eysines mais j’ai entendu des parents, des familles me parler de ce que vivent leurs enfants dans ces foyers de la soit disant protection de l’enfance : une horreur ce que vivent ces gamins. Les pires sont les foyers d’urgence. Partageons cet article pour contrebalancer les médias qui veulent leur donner une image idyllique.

  4. Delvarre dit :

    LU SUR FACEBOOK : à la page de VDM éducateur du 25 novembre, 18:11 ·

    Stage de 2ème année de deme en mecs ado filles.M jeune fille de 14 ans en fugue depuis 15 jours suite à une altercation avec un educ qui lui a valu d avoir toute l equipe a dos. On apprend par le père qui était jusqu’à ce jour sans news non plus que M l a appelé le matin pour lui dire qu’ elle prendrait le train le soir même pour Paris. Le père nous demande si un educ peut se rendre à la gare pour tenter de raisonner sa fille. On est en plein dans les événements terroristes de saint Denis la jeune est donc mineure sans carte d identité et ne connaît personne sur Paris hormis le jeune avec lequel elle part et qui est censé l héberger. Grand moment de solitude dans le bureau. Personne n a vraiment envie qu elle revienne. N etant pas presente au moment du conflit car en regroupement a l institut de formation je demande à mon chef s Il me laisserait tenter le coup d aller la rencontrer sachant que j avais eu un bon feeling avec elle et que surtout j étais la seule présente ce jour a ne pas être en conflit avec elle. Il accepte de suite. Je me rends donc a la gare ou je trouve la jeune et son ami sur le quai. Elle est étonnée de me voir et accepte de ma parler après l avoir rassurée sur le fait que j étais venue seule dans l optique dans ce qui me semblait le meilleur des cas la ramener au foyer ( j allais vite déchanter )et dans le cas contraire au moins discuter un peu avec elle pour voir dans quel état physique et d esprit elle se trouvait. Elle accepte ma demande de prendre le train suivant pour nous donner le temps de discuter un peu. Avec son ami on arrive à la convaincre qu’ il est mieux pour elle de rentrer au foyer avec moi. Après hésitation elle accepte son ami lui garantissant qu’ il sera toujours la si elle a besoin de lui plus tard. Retour au foyer dans le bureau. Et la le drame a les yeux les 3 educs présents la harcèlent de questions la fouille lui prenne son téléphone. M une des educs va même jusqu’à lui dire qu’ elle connaît le profil des petites putes comme elle qui font leur petasse a 14 ans et qui viennent pleurer quand elles se retrouvent enceinte à 15 ans. J étais sous le choc la jeune bien sur est répartie aussi sec. J ai eu le temps de m excuser de lui dire que j ignorais que ça allait se passer comme çà et que si je l avais su ou seulement imaginé je ne serais jamais venue la chercher.
    J en parle à ma cadre quelques jours plus tard. Elle me répond qu’ elle m interdit de critiquer le travail de mes collègues. Certes je suis ok qu’ il ne fallait pas non plus dérouler le tapis rouge pour cette jeune mais la gestion du retour de fugue m a interrogée. N aurait il pas été plus opportun de la laisser se poser ce soir la et reprendre avec elle le lendemain? Cet épisode m a ébranlée. Je découvrais le milieu de la mecs et je n imaginais pas que de telles choses pouvaient se passer dans un milieu qui se revendique bientraitant et protecteur

  5. comitecedif dit :

    Merci Noëlle, ce témoignage d’une éducatrice met en évidence ce que nous savons. Les sociaux qui se vantent tellement d’être formé à la psychologie des adolescents manquent tellement d’empathie qu’ils préfèrent instaurer une relation de pouvoir visant à « normaliser » par la terreur ou à jouer le retrait systématique dans des situations de crises. Les premiers y satisfont leur ego, les seconds pleurent sur les effectifs et les budgets.

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