Le Conseil départemental du Nord va dans le bon sens

Le journal 20 Minutes rend compte d’une délibération importante du Conseil départemental du Nord qui a souhaité rompre avec des pratiques de l’ aide sociale à l’enfance datant de l’ancien exécutif départemental socialiste.

La rupture ce serait donc de n’avoir recours aux placements qu’en dernière extrémité. Principe que nous avons soutenu lors de notre contact il y a quelques mois avec la nouvelle équipe avant de l’avoir félicitée de son élection.

Madame Doriane Bécue, la vice-présidente chargée de la politique de l’enfance et de la famille, a pointé que dans son département ce ne sont pas moins de 10 000 mineurs qui sont placés et pour une durée moyenne d’environ 7 ans. Une telle durée revient évidemment à concrétiser une rupture familiale.

Si une telle rupture n’apparaît pas nécessaire avec le recul, ce sont les droits de l’enfant et de la famille qui sont atteints ainsi que l’avenir d’un jeune déraciné.

Trop de vies gâchées trop d’argent gaspillé

Madame Doriane Bécue a regretté ce nombre trop élevé de placements en précisant que 80 % ne relèvent que de carences éducatives. Nous ajoutons à ce propos, « selon les éducateurs » car la réalité est que des enfants sont trop souvent placés sans maltraitances ni mêmes carences éducatives.

Elle a souligné que 460 millions d’euros sont consacrés à la protection de l’enfance dans le Nord sans qu’il n’y ait véritablement de politique de prévention mis en place.

La vice-présidente a alors pensé développer cette prévention par des examens de santé effectués par la PMI dès les 2 ans de l’enfant.

Un responsable de la protection de l’enfance avoue l’existence d’une culture des placements

20 Minutes a jugé ensuite bon de permettre à un responsable de la protection de l’enfance resté anonyme de commenter ce tournant de la politique de l’enfance.

Alors qu’il est question de respecter le droit de l’enfant à vivre dans sa famille proche ou éloignée, ce responsable sur le terrain a répondu en dénonçant des manques de moyens budgétaires et une culture de travail pour laquelle les travailleurs sociaux ne sont pas formés.

Ce responsable a tort sur un point, il est indécent de parler de manque de moyens alors qu’il faudrait au contraire parler d’excès de moyens : moins de placements injustifiés ce sont aussi moins de fonds gaspillés.

Mais il a malheureusement raison quand il parle d’une culture de travail pour laquelle les travailleurs sociaux ne sont pas formés.

La meilleure prévention c’est leur licenciement

viréNous ne cessons au CEDIF de dénoncer cette culture de travail là faite de harcèlements, d’humiliations et de rapports tendancieux voire carrément calomnieux.

Donner des pouvoirs supplémentaires à la PMI ne relève donc pas, à notre sens d’une mesure de prévention efficace, il conviendrait plutôt de prévenir des mesures abusives en montrant énergiquement la sortie aux fonctionnaires de l’ASE adeptes de la culture du placement abusif.

tampon CEDIFMadame la Députée,

Cela fait cinq années que nous nous battons au CEDIF contre les placements abusifs.

Avant que les fondateurs de notre association ne créent cette structure, il en existait déjà de plus modestes et d’autres qui ne sont plus en activité, mais qui travaillaient déjà sur des cas de « dysfonctionnements ». Ce terme était utilisé pour souligner des affaires graves mais isolées. Les réponses données relevaient du cas par cas,  pas question encore  d’analyser un malaise sociétal ou d’en déduire un fonctionnement institutionnel.

Entre-temps, le CEDIF s’est formé, nous recevions 2 à 3 nouvelles affaires par semaines, toutes ne relevaient pas nécessairement de placements abusifs. En 2015 ce ne sont plus 2 à 3 affaires par semaines qui nous parviennent mais en moyenne 5 nouvelles affaires par jour !

Difficile à ce rythme de ne voir encore que des affaires isolées.

À travers les malheurs des familles, il est alors devenu possible de comprendre les tenants et aboutissants des mesures sociales à destination des mineurs et de leurs parents. Nous avons un recul sur l’évolution des familles pour constater les dégâts irréparables causés par des interventions dont un bon nombre relèvent de la malveillance la plus évidente.

Des sociologues, des praticiens, des psychothérapeutes, universitaires, juristes, économistes, travailleurs sociaux (aussi) nous ont appuyé de leurs éclairages, de leurs expériences, presque 400 articles en ligne en témoignent.

Lisez-nous et vous verrez que les constats sont accablants.

Mais au-delà d’un éclairage sur les pratiques, ce sont des drames individuels que nous mettons à jour, tous ne sont évidemment pas publiés mais bon nombre mettent en cause ce que l’on qualifiait autrefois de crimes de forfaiture commis par des agents chargés d’un service public.

Ces affaires nous les avons révélées à des élus, ils mettent en cause la responsabilité de cadres départementaux. Les branches pourries de la protection de l’enfance sont nombreuses, elles prolifèrent cependant dans l’impunité puisque les élus écoutent ou font semblant d’entendre ces cas pour s’empresser de ne rien faire et pire d’aggraver la situation en octroyant davantage de pouvoirs à l’ASE.

Tout pouvoir de contrôle de nos prérogatives les plus chères est une menace pour l’état de droit lorsque ce pouvoir s’exerce à son tour sans contrôle et est entre les mains de nombreux auteurs de forfaitures.

Quis custodiet ipsos custodes ? Qui nous garde de nos gardiens ?

Personne et nos gardiens, au contraire, obtiennent des prérogatives supplémentaires puisque désormais tout parent devient suspect à leurs yeux et ne peut se défendre de ses prérogatives éducatives à travers ce qui relève d’une présomption irréfragable de « parent toxique ».

Il ne manquait plus qu’une loi Meunier Dini pour donner des armes supplémentaires à ceux qui parlent bien haut contre le « familialisme » et qui défendent, à défaut de condamner, l’impunité des fonctionnaires du travail social :

– “Le système français reste profondément marqué par une idéologie familialiste, qui donne le primat au maintien du lien avec les parents biologiques » selon les sénatrices auteurs de la proposition de loi ;

–  « Les placements abusifs ? Pas plus d’un à deux pour cent’ » dixit Michèle Créoff.

Voila donc affaire faite par l’initiative et avec le soutien du PS et de l’UDI.

Désormais les véritables cas de maltraitances sur enfants seront noyés dans le flux d’une suspicion généralisée et prétexte à davantage d’emplois et de budgets financés par les contribuables qui n’en peuvent plus… et qui votent !

Vous comprendrez donc que vos arguments tels que vous nous les avez adressés nous consternent et que la défaite annoncée de ceux qui ont soutenu une telle loi ne peut que nous contenter et nous mobiliser afin de l’amplifier par la conscientisation que nous opérons et les consignes que nous émettons.

vermerNe pas négliger le suivi médical de ses enfants placés

Le mois dernier nous accordions la parole à une mère qui dénonçait la carence de soin dont ses enfants ont été les victimes lors d’un placement.

Afin de ne pas mettre davantage ses enfants en danger vu les risques sanitaires qu’ils couraient lors de leur placement, elle avait pris l’initiative de consultations médicales et obtenu des prescriptions pour ses fils.

Rien de plus normal, la maman faisait là usage des prérogatives liées à l’autorité parentale au titre desquelles figurent notamment les soins médicaux. Pourtant cette attitude a été reprochée à la mère et les médicaments ont disparu entre les mains des services sociaux. Des soins gâchés avec mise en danger des enfants du fait de l’ASE.

Retrait des prérogatives de soins

On ne retire pas facilement l’autorité parentale sauf maltraitance avérée et situation de négligences graves à enfant. Ceci se comprend d’ailleurs tout à fait.

Mais dans une autre situation qui nous a été confiée, une mère dénonçant une mise en danger grave de son fils a vu l’ASE aller jusqu’à s’en prendre aux prérogatives de soins de la famille et obtenir d’une juge des enfants une ordonnance « aux fins d’autorisation d’actes relevant de l’autorité parentale ». Une décision grave pour des actes qui peuvent aller jusqu’à des mesures de traitement psychiatrique tout à fait inappropriés et refusés par la famille.

Sans aller jusque là il est de fait difficile pour les parents d’avoir accès au dossier médical de leur enfant placé. Et pourtant il ne faut pas hésiter à en faire la demande. Nous pensons à ce sujet à des parents très inquiets qui nous ont contacté et dont le fils est passé d’un poids de 18 kg à 10 kg alors qu’il est placé … Sans qu’ils ne sachent ce qui lui arrive.

Difficile de rassurer des familles dans une telle situation, le président du conseil départemental doit d’ailleurs savoir que sa responsabilité est encourue en cas de malheur.

Les maltraitances institutionnelles subies par les enfants et par les familles, nous nous en faisons l’écho au CEDIF. Nous bénéficions d’un lectoral solide et d’une fréquentation toujours en hausse pour informer et alerter sur la situation de la protection de l’enfance.

Ce que nous faisons, la grande presse nationale pourrait le réaliser tout aussi bien puisqu’elle est régulièrement informée. Mais ce contre-pouvoir médiatique n’existe le plus souvent que pour renforcer la voix des sévices sociaux : combien de reportages abétissants sur le rôle de sauveur de l’ASE et des associations qui collaborent, combien de prises de paroles de travailleurs sociaux dont les propos sont en dehors de la réalité vécue ? La complaisance vis-à-vis du pouvoir et particulièrement des collectives locales ne permet pas d’exprimer ce qui fâche.

Il est vrai que l’on ne fâche pas volontiers les pouvoirs publics car leurs mesures de rétorsion sont toutes trouvées, il leur suffitt de boycotter le journal qui ne dit pas ce qu’ils veulent, de lui couper l’accès aux informations locales, au niveau national il s’agira de revoir les financements éventuels, eh oui la presse va mal et certains journaux sont transfusés à coups de subventions. Voila qui assure une normalisation de l’information comme ils disent.

Heureusement, il existe bien des exceptions chez des journalistes d’enquêtes comme ceux de PJ Investigations mais nous pouvons aussi remercier l’hedbomadaire « La Semaine du Roussillon » d’avoir le courage de lever le voile sur la réalité de la protection de l’enfance dans leur département.

Bravo donc à la Semaine du Roussillon et nous reproduisons sa page particulièrement bien informée sur une situation qui fait honte à ce pays.  Merci à Jacques,  notre correspondant local, qui nous a fait connaître cet article.

La semaine du Roussillon haut

 La semaine  bas

Des affaires loin d’être isolées

L’affaire de viols sur mineurs dans le cadre de la « protection de l’enfance » est loin d’être une première dans tout l’hexagone, mais enfin elle est médiatisée, ne serait-ce que dans la presse régionale, en l’occurrence Ouest France.

Comment s’étonner d’ailleurs que des lieux de promiscuité et d’absence éducative que sont de trop nombreux foyers de l’ASE soient les théâtres d’abus sur mineurs ?

Nous ne nous en étonnons pas au CEDIF, puisque nous nous sommes déjà offusqués de la volonté de certains de mettre fin aux centres éducatifs fermés afin de mélanger mineurs délinquants avec leurs victimes potentielles.

Comme dans un moulin, on y entre et on en fugue

Ainsi une nouvelle plainte pour viol a été déposée contre un Nième foyer en l’occurrence le foyer Tournemine d’Angers géré par l’association « Accomplissement Réalisation Projet Éducation Jeune Enfant » (ARPEJE).

Ce qui est reproché à ce foyer, vers lequel sont placés une cinquantaine de jeunes par décision de juges des enfants ou en situation d’urgence, c’est de ne pas avoir été capable d’empêcher la fugue de deux adolescentes âgées de 14 et 15 ans et les conséquences qui en ont résulté, à savoir le fait qu’elles ont été violées.

Si nous devions faire la liste des foyers pour lesquels aucune fugue n’est recensée, il est fort possible que nous ne puissions n’en citer aucun. Les foyers sont un lieu d’où l’on s’échappe facilement avec mise en danger du pensionnaire fugueur et souvent obligation de la famille de le ramener. Dans chacune de ces situations de fugue, nous n’avons cessé au CEDIF de préconiser une plainte pour mise en danger de mineur.

Gérer des jeunes fugueurs n’est certes pas une sinécure pour les foyers. Dans de telles situations, tout simplement pour ne pas s’exposer, pour avoir la paix, les éducateurs préfèrent laisser le jeune dans sa famille même si le placement est d’ordre judiciaire.

Prédateurs et proies sexuelles parmi les mineurs

C’est donc à sa famille qu’une des fugueuses fera la révélation du viol subi lors de la nuit du 27 au 28 mars 2015. Les faits de viols n’auraient pas été commis par d’autres pensionnaires. Précisons au passage qu’il n’est même pas indispensable de fuguer pour se faire violer car les deux précédentes affaires de Saint Barthélémy d’Anjou et d’Angers respectivement à l’ITEP Le Colombier et au foyer pour pré-adolescents Aladin concernaient des viols collectifs entre mineurs placés. Sans compter d’autres affaires mettant en cause des éducateurs pédocriminels.

Indignes syndicats

On aurait pu s’attendre à ce que les préconisations du CEDIF soient davantage prises en compte, mais au contraire, nous assistons à une levée de boucliers afin de défendre les éducateurs. Comme nous le savons tout « dysfonctionnement » est l’occasion de demander davantage de créations de postes et d’argent pour le business de l’enfance. Cela n’a pas manqué encore une fois puisque le syndicat SUD s’est fait entendre sur cette affaire pour oser manifester son soutien aux personnels des foyers de l’ASE présentés comme les véritables victimes de restrictions budgétaires, alors que comme près de 100 millions d’euros sont consacrés par le département de Maine et Loire à la mal-nommée « protection de l’enfance ».

La véritable question à poser est de savoir comment tant de notre argent peut-être consacré à des missions dont la justification est en cause au regard des véritables critères de placement et surtout avec les résultats que l’on connaît. Eh oui, l’annuaire de l’action sociale présente le foyer Aladin en précisant que les raisons du placement sont notamment la « Maltraitance : inceste, abus sexuels, sévices corporels ».

L’impunité doit cesser
Les preuves sont ici

Les preuves sont ici

 Il convient donc de contrôler les foyers de l’ASE, non pas par les services internes du conseil départemental comme il l’est fait dans le Maine et Loire et ailleurs, mais pas de véritables inspections externes menées par l’IGAS notamment et sous le contrôle d’associations de protection de l’enfance et des familles.

Il est certain que de telles enquêtes mèneraient à des avancées en responsabilisant ceux qui se continuent à échapper à leurs responsabilités.

Il est effectivement facile de parler de son business en terme de moyens comme le font les syndicats, mais qui écoute la parole des victimes violées sept mois d’affilée sans réaction, que deviennent des plaintes aussi graves que celles qui évoquent des témoignages concordants montrant que des notes laissant suspecter les viols ont été intentionnellement détruites ?

Là encore faute de réponse du procureur, l’avocate de la victime a saisi le juge d’instruction en mettant en cause toute l’équipe « éducative »

De telles démarches doivent être mise davantage en lumière que les piaillements indignes des syndicats de travailleurs sociaux, ces indignes indignés.

D'abord éduquer à savoir se tenir correctement et à ne pas placer ses doigts n'importe comment.

D’abord éduquer à savoir se tenir correctement et à ne pas placer ses doigts n’importe comment.

Dans son interview au journal suisse « Le Matin » le pédopsychiatre Gérard Salem a précisé tout le mal qu’il fallait penser de : « l’abdication de la fermeté dans l’éducation pour des raisons « pseudo-psychologique » de respect de l’enfant, de nécessité d’être à son écoute, de refus d’imposer l’autorité … ».

Il a ajouté que :  « tout cela a créé un vide dans les relations familiales, qui confine à une forme d’abandon, et non d’éducation ».  

Voila qui méritait d’être dit et qui coupe une bonne fois l’herbe sous le pied de terroristes de l’éducation, terroristes dans le sens où leurs préceptes ont désarmé toute une génération de parents qui n’osent plus imposer des limites et les faire respecter par peur des sanctions.

Terreur par information préoccupante pour l’enfant qui se plaint à son enseignant de risquer la grosse engueulade pour des notes médiocres.

Terreur dans une audience devant le juge des enfants lorsque des éducateurs mal éduqués s’offusquent à grands cris de ce qu’une adolescente ne puisse avoir des permissions de sorties ou son propre téléphone portable.

Terreur encore quand un parent se voit reproché des maltraitances pour avoir obligé un enfant à faire sa rédaction alors que c’était le cadet de ses soucis : « Mais les devoirs écrits Madame, les enseignants devraient savoir que c’est interdit d’en donner ! ».

Et quand par malheur la baffe fuse devant le gamin récalcitrant qui pique sa crise de nerf et se met lui-même en danger, on peut s’attendre à la … garde à vue.

Pourtant comme le précise encore Gérard Salem, si on ne peut approuver un tel geste, on ne saurait non plus en faire un drame alors que l’absence d’interdit conduit des enfants à commettre des délits de plus en plus graves (voire des crimes), de plus en plus tôt jusqu’à devenir complètement ingérables par leurs parents.

Le refus de sévir relève bien comme le précise Gérard Salem d’une forme d’abandon éducatif. Un abandon qui relève soit d’une absence de volonté éducative du parent qui « n’en a rien à foutre de sa famille » ou d’un peur de sévir face à la pression des institutions étatiques qui n’ont de cesse de remettre en cause le rôle éducatif des parents.

Il est en conséquence aberrant que des enfants bénéficiant d’un cadre éducatif puissent se retrouver placés et exposés alors à d’autres gamins à qui on n’a jamais accordé de l’attention et des limites.

Si on peut comprendre que l’enfant laissé dehors à 22 heures relève du placement on peut encore s’étonner que ces mêmes enfants placés expérimentent l’éducation sans limite et sans attention. Aucun placement n’est actuellement efficace dans la mesure où les éducateurs en responsabilité ne savent pas ce qu’éduquer veut dire.

Et pour ceux qui pensent que des expériences pédagogiques innovantes peuvent se passer hors de toute autorité, il est temps de méditer sur l’affaire Agnès :

La question du harcèlement des enfants à l’école est devenue une cause prioritaire.

schoolbulPourtant ces mêmes écoles qui recevront des intervenants extérieurs expliquant le harcèlement scolaire et la nécessité d’agir bien en amont, ne tiennent pas toujours compte de la réalité des faits qui ont lieu au sein même de leur école.  

Ne pas voir l’enfant harcelé ou regarder ailleurs c’est reporter la faute sur le parent ou sur l’enfant, considérés comme des fauteurs de trouble.  

Nous donnons la parole aujourd’hui à une maman qui a su mettre se battre pour faire cesser une telle pratique sur sa fille.

Un malencontreux changement de place

CEDIF : Bonjour Madame, vous avez souhaité exposer des faits de harcèlement sur votre fille, dites nous comment cette situation a pu naître.

La maman : Tout a commencé lorsqu’une enseignante a décidé d’installer ma fille, qui est calme, à côté d’un élève turbulent. Cet élève s’en est pris à ma fille, d’abord par des paroles désobligeantes, des bousculades. Il jetait ses affaires à terre, puis il s’est mis à parler de ses parties génitales avec des gestes obscènes.

CEDIF : Mais cela vous l’avez su à quel moment ?

La maman : Par des angoisses la nuit, elle n’arrivait plus à se concentrer à l’école. Ma fille me disait ainsi qu’à mon mari, que le petit K l’embêtait. Nous lui avons demandé si elle voulait changer de place. Cette idée l’a beaucoup soulagée.

CEDIF :  Il suffisait donc d’obtenir un changement de place pour que la situation n’empire pas ?

La maman : Oui car ma fille n’était pas harcelée par toute la classe. Nous avons demandé ce changement par écrit et par deux fois. En décembre 2014 les deux institutrices nous ont précisé que notre fille ne serait plus placée à côté de K. La situation s’est apaisée.

L’école laisse pourrir la situation avec l’assentiment de la directrice

CEDIF : Alors ce qui devait être fait a bien été réalisé ?

La maman : Oui, mais momentanément. Puisque l’une des deux institutrices replacera ma fille à côté de K et que sa collègue devait respecter son plan de classe.

Je ne l’ai pas su tout de suite, mais notre fille a recommencé à se sentir mal et nous avions constaté que des affaires avaient disparues. De plus une de ses amies nous a dit à la sortie de l’école « qu’elle se faisait embêter tout le temps par K ». Là encore il a fallu parler avec elle, en pleurs elle nous a confié qu’on l’avait remis à côté de K et qu’il l’obligeait à prêter ses affaires mais qu’il ne les rendait pas.

Il va alors falloir insister pour que ce changement de place soit pérenne, mais en dépit des mots sur le cahier rien n’est fait et cela a duré des mois. .

Mon mari a alors appelé le numéro vert de Stop Harcèlement et signalé l’attitude de l’école. Il a fait part de cela à l’enseignante pour bien insister sur la gravité de la situation et pour demander à ce que nous soyons reçus.

La directrice fait pression sur l’enfant

CEDIF : Ils sont alors devenus plus « compréhensifs » ?

La maman : Au moins ils ont changé notre fille de place. Mais le dialogue était difficile : alors que je me présentais au rendez-vous pris oralement par mon mari, la directrice intervient en me disant : « Les enseignantes n’ont pas le temps de recevoir comme ça les parents d’élèves, elles ont autre chose à faire, d’ailleurs les rendez-vous se prennent par écrit uniquement. » L’institutrice sera très gênée mais acceptera tout de même de me parler sous le regard de la directrice.

Laquelle va essayer de prendre ma fille à part en lui disant : « c’est pas grave, il t’embête pas, il est pas méchant K ».

CEDIF : Avec un tel état d’esprit on comprend que cette sale bonne femme n’était pas prête de s’amender.

La maman : Nous allions justement nous apercevoir que cette directrice était prête à bien des bassesses pour essayer de se disculper. Nous avons tenu informé le service Stop harcèlement et avons obtenu un rendez-vous lors duquel l’inspecteur et la directrice ainsi que la psychologue scolaire et la responsable hiérarchique de la directrice étaient présents.

Nous avions préparé des arguments et nous nous sommes inspirés du site du CEDIF qui parle justement du fait que les victimes sont présentées comme des coupables.

La directrice balance ses collègues et diffame les parents

CEDIF : Et c’est ce qui est arrivé ?

La maman : Oui, la directrice a prétendu ne pas avoir refusé le rendez-vous et a imputé ses propres paroles à l’enseignante. Puis elle a prétendu que notre fille aurait dit que nous lui avions demandé de mentir !

CEDIF : Décidément, vous êtes certaine que cette directrice n’a pas commencé sa carrière au sein de l’ASE ?

La maman : C’est bien possible, elle est sournoise et a fait des messes basses en parlant  avec sa responsable hiérarchique et l’inspecteur avant que nous les rencontrions. Quels mensonges avait-elle pu alors leur raconter sans risquer que nous lui répondions ?

CEDIF : Mais vous avez répondu à ses propos diffamatoires ?

La maman : Les écrits dont nous disposions permettaient largement de la contrer. Mais nous avons aussi été confrontés à la psychologue de l’école qui a prétendu que l’enfant harcelant n’avait jamais ennuyé qui que ce soit, qu’il ne faisait que « taper du pied dans sa propre table » et que cela faisait bouger celle de sa voisine sans qu’il ne le fasse exprès…

Elle a dit ensuite que c’était notre fille qui dérangeait tout le monde parce qu’elle a « souvent le nez en l’air, parce qu’elle fait des trous dans sa gomme. » La psychologue  a ajouté que ces terribles accusations lui ont été indiquées par d’autres élèves qu’elle avait interrogé.

CEDIF : Je ne comprends pas ces accusations, je ne vois absolument pas le rapport entre avoir le nez en l’air, faire des trous dans sa gomme et remettre ainsi en cause l’ordre dans sa classe.

La maman : Personne n’a vu effectivement le moindre rapport. Mon mari a enfoncé le clou en demandant à la psychologue de répéter ses propos, puis en l’interrogeant sur les conséquences pour la classe de faire des trous dans sa gomme. D’autant que notre fille a des gommes mais sans trous …

Là la psychologue a piqué un fard, s’est mise à bafouiller, on ne comprenait plus ce qu’elle disait, l’inspecteur nous a alors proposé si nécessaire de prendre attache avec une autre professionnelle.

CEDIF : Vous avez su profiter des incohérences des propos de la partie adverse pour bien la décrédibiliser, c’est exactement ce qu’il fallait faire. Avez-vous aussi produit des preuves des conséquences du harcèlement pour démonter l’inversion accusatoire ?

Les professionnels de santé se prononcent

La maman : Oui, on s’attendait à cela. J’avais donc préparé une attestation de notre médecin de famille, là encore la directrice est intervenue pour considérer qu’un médecin de famille n’était pas capable de se prononcer sur la situation vécue par notre fille. L’attestation du pédopsychiatre arrivera plus tard et elle est sans appel : « De façon incompréhensible, A a été maintenue à côté de K jusqu’à la mi-avril, entraînant chez elle des problèmes de concentration et des troubles du sommeil ; le médecin traitant a rédigé un certificat qui est resté sans effet. (…) J’avoue ne pas comprendre l’obstination de l’école dans cette affaire (…). »

CEDIF : Restaient-ils des cartouches à tirer pour la directrice ou a-t-elle dû s’excuser et reconnaître les faits comme toute personne normale et fautive devrait le faire dans une telle situation ?

La classique inversion accusatoire

La maman : Elle ne s’est pas avouée vaincue et a retourné l’accusation de traumatisme en disant que le harceleur avait été bouleversé par ce que lui avait dit mon mari à l’entrée de l’école. Elle a fait tout un cinéma en disant que le pauvre K venait désormais à l’école avec crainte, qu’il tremblait et pleurait dans ses bras.

CEDIF : Il fallait une parole d’adulte pour indiquer les limites à un enfant dans la toute puissance qui ne comprend pas que son attitude doit être réprimandée. 

La maman : Tout à fait, j’ai coupé la directrice en revendiquant la nécessité de faire entendre la parole de l’adulte qui fixe des normes et indique des limites alors que la directrice n’avait pas su ou voulu le faire. J’ai argumenté pour dire que l’enfant n’était pas tant à mettre en cause que les personnels d’éducation qui n’étaient pas intervenus pour faire entendre la parole de l’adulte. L’inspecteur a juste demandé si l’enfant K avait été interpellé dans l’enceinte de l’école. Mon mari sait qu’il ne faut pas intervenir dans l’école, il a bien précisé le contexte de son intervention, à savoir lorsqu’il amenait notre fille à l’école.

Il a voulu lire l’échange de mots dans le cahier de liaison, la responsable hiérarchique de la directrice l’a coupé en disant qu’elle en avait bien reçu copie.

Mais il a insisté en demandant à ne pas être interrompu.

Le harcèlement démasqué preuves à l’appui

CEDIF : Il fallait insister effectivement, il n’est pas absolument pas certain que cette pièce ait été lue comme c’est le cas de bien des annexes dans des conclusions.

La maman : Je crois bien que ces échanges n’avaient pas été lus, car quand mon mari a lu chacun des nombreux messages précisant ce que subissait notre fille sans que l’école ne réagisse sauf par un « vu » avec tampon de la directrice, un silence s’est fait. L’inspecteur s’est étonné ouvertement de l’absence de réaction du corps enseignant et la responsable a regardé la directrice d’un air de reproche. C’était au tour de la directrice d’avouer qu’elle n’avait pas réalisé. 

CEDIF : Elle a donc reconnu les faits de harcèlement sur votre fille ?

La maman : Sa responsable hiérarchique a pris la parole pour dire que le mot harcèlement était un mot fort, évoquant le poids des mots. Mon mari ne lui a pas laissé cette échappatoire, il lui a demandé de prononcer ce mot pour qualifier cette situation. La responsable s’est seulement engagée au nom de la directrice pour dire que cela n’arriverait plus.

CEDIF : Et cela a cessé ?

La maman :  Oui, cela avait pu cesser, pas du fait de cette réunion, mais à partir du moment où nous sommes intervenus sur le terrain et que notre fille a été changée de place. Elle va beaucoup mieux aujourd’hui et le pédopsychiatre a constaté qu’elle n’avait plus besoin de lui. Pour autant la directrice a fait son discours à la rentrée 2015 et a demandé «aux parents de ne pas régler eux-mêmes des différents entre les élèves mais de solliciter les enseignants qui sont à l’écoute, par l’intermédiaire du carnet de liaison. Elle a mentionné qu’un enfant avait été traumatisé par un parent qui lui avait reproché d’avoir embêté son enfant. » 

CEDIF : La directrice reste donc dans le déni, il est grave qu’elle se soit laissée aller à de tels mensonges, sans compter que vous et votre époux avez fait l’objet de diffamations.

Il est important que vous puissiez conserver l’ensemble des preuves que vous avez rassemblées et il conviendrait que vous obteniez désormais une réponse de l’autorité supérieure à celle de la directrice. Les faits doivent être qualifiés de harcèlement scolaire et des excuses doivent être faites à ce titre ainsi qu’à celui des propos diffamatoires qui ont été tenusC.

Conduite à tenir pour prouver un harcèlement scolaire

Vous avez agi de façon exemplaire et à titre de synthèse nous rappelons la conduite à tenir en cas de harcèlement scolaire.

  1. Parlez avec votre enfant, faites lui raconter son quotidien à l’école et ne prenez pas à la légère tout élément qu’il pourrait mal vivre, s’il est isolé, triste, s’il fait des cauchemars, il se passe quelque chose.
  2. Consignez par écrit et datez sur le cahier de correspondances toutes les remarques et les réponses face à des situations qui laissent suspecter un harcèlement, photocopiez ces pages qui peuvent toujours opportunément disparaître.
  3. Demandez rapidement un rendez-vous éventuellement en présence des parents du harceleur (là vous devez exiger que l’enfant harceleur soit confronté à la parole de l’adulte, quel qu’il soit) et exigez en un compte-rendu si il s’agit d’un rendez-vous avec la direction.
  4. Prenez rendez-vous avec votre médecin de famille et un pédopsychiatre exerçant en libéral afin de leur expliquer la situation et de leur demander une attestation en temps utile.
  5. Faute de résultat saisissez Stop Harcèlement et l’inspecteur.
  6. Ne laissez pas la situation se pourrir, à partir du moment où les contacts avec l’école deviennent conflictuels, la direction pour se couvrir est capable de saisir les services sociaux dans le cadre d’une information préoccupante afin de vous accuser vous des fautes qu’ils commettent eux.
  7. N’hésitez pas à parler de cette situation auprès des autres parents d’élèves afin qu’ils soient informés.  .