Doit-on éduquer les enfants à se défier de leurs parents ?

La question est d’importance et elle est évoquée dans le sillage de terribles affaires de maltraitances mortelles sur enfants.

Retour sur la tragédie Marina

Anne Tursz, pédiatre, revient sur l’affaire Marina à travers son blog.

Elle aussi met clairement en évidence l’absence de suivi sérieux des maltraitances pourtant signalées de Marina, le calvaire d’une petite fille qui la mènera à la mort sous les coups de ses géniteurs.

Anne Tursz ne va pas dans le sens du déni de responsabilité des services de l’ASE puisqu’elle ose parler de meurtriers par omission. En tant que professionnelle de l’enfance, c’est tout à son honneur.

Cependant une fois le constat terrible établi, constat qui devrait donner lieu à consensus et qui aurait dû mener à la condamnation de l’institution dite de la « protection de l’enfance » ; il faut encore comprendre comment nous en sommes arrivés là.

Le comprendre car malheureusement le cas Marina n’est pas unique.

Un dogme familialiste en France ?

Les causes qu’Anne Tursz souhaite mettre en évidence sont d’ordre sociétale et reposeraient sur les « dogmes » selon lesquels :

–         la famille est naturellement bonne ;

–         l’intérêt des familles prime sur celui de l’enfant.

En allant un peu plus loin, une interview d’Anne Tursz pour le magazine « Valeurs Mutualistes » en son numéro 268 de septembre/octobre 2010, nous éclaire sur ses conceptions. Elle y dénonçait la « démolition » de l’éducation nationale et de la médecine scolaire (pourtant premier budget de l’Etat par son poids dans la dépense publique) et poursuivait ainsi : 

 « Au collège, les élèves ont accès à l’éducation à la sexualité. Pourquoi ne pas y adjoindre l’éducation à la parentalité ? Cela permettrait d’expliquer aux jeunes les difficultés qu’ils vont rencontrer plus tard. Il y a une très forte pression sociale poussant à faire des enfants, mais il faut expliquer que ce n’est pas une obligation ! »

 Familles, attention danger !

Cette déclaration montre à l’évidence que l’affaire Marina sert à la démonstration de cette pédiatre et lui permet d’illustrer par l’horreur sa conception selon laquelle bien des parents seraient à l’image des géniteurs de Marina du fait d’une pression sociale qui les conduit à engendrer sans avoir compris les responsabilités de la parentalité.

Malheureusement sur ce point encore, elle n’a pas tout à fait tort. Il n’est pas certain cependant que nous nous entendions si nous devions pousser un peu plus loin le raisonnement.

Quelle est donc cette pression sociale qui nous pousse à enfanter ?

La prise en charge sociale de l’enfance avec un dispositif d’allocations familiales très favorable à partir du troisième enfant ainsi que d’autres dispositifs qui imposent désormais une prise en charge de plus en plus précoce de l’enfant par le système éducatif (la maternelle à deux ans) et de plus en plus longue (réforme des rythmes scolaires) ?

Non, ce n’est certainement pas ce que veut dire Anne Tursz puisqu’au contraire elle propose un encadrement plus complet de l’enfant à travers les structures scolaires.

Une formation des jeunes à la parentalité
Le rôle de l'école dans le système soviétique
Le rôle de l’école dans le système soviétique

Un encadrement qui permettrait de faire comprendre aux jeunes que faire des enfants n’est pas une obligation suite à une éducation à la parentalité.

Cette éducation devrait notamment permettre de faire tomber le « dogme » selon lequel « la famille est naturellement bonne » et remettre en cause la notion selon laquelle l’intérêt des familles prime celui de l’enfant.

Un tel enseignement au collège pourrait laisser des traces importantes chez nos jeunes, surtout à un âge où l’on s’affirme contre ses parents, le fameux « âge ingrat », celui où le discours permettant d’opposer les enfants aux familles passerait le mieux.

Nous ne pensons pas qu’il existe en France  un dogme selon lequel la famille est naturellement bonne, sinon il faudra nous expliquer pourquoi la proportion de mesures prises en matière de « protection de l’enfance » est chez nous plus élevée que dans tous les autres pays européens.

Nous ne pensons pas non plus qu’il soit souhaitable d’éduquer à la parentalité et que l’on puisse éventuellement délivrer un permis d’Etat d’enfanter comme on donne un permis de conduire après examen, ce qui n’est pas une obligation ne doit pas devenir un privilège consenti.

Le contrôle social au service d’un dogme anti-familles

Le remède peut quelquefois être pire que le mal et donner ainsi prétexte au contrôle social et à la création de nouveaux postes de travailleurs sociaux destinés à exercer ce contrôle, en l’occurrence ici des professeurs de parentalité…

Éviter que des Marina décèdent encore demain entre les mains de leurs géniteurs ne consiste pas à présumer que tout parent est un enfanticide en puissance, non.

Éviter que des Marina décèdent encore demain suppose que la « protection de l’enfance » fasse le véritable travail pour lequel nous la payons grassement. Elle en avait largement les moyens dans l’affaire Marina, comme le rappelle aussi Anne Tursz, mais faute de sanction, faute de moralisation de la profession des travailleurs sociaux, tout flicage des parents sera vain et ne servira que les intérêts de ceux qui veulent placer et conditionner nos enfants au rejet de l’institution familiale.

Affaire Marina : tous n’oublieront pas !

Circulez, il n’y a rien à voir !
Manifestation pour Marina
Manifestation pour Marina

Nous avons consacré déjà deux articles à la terrible affaire Marina, cette enfant de 8 ans massacrée par ses géniteurs alors qu’ils étaient suivis par la mal nommée « Aide Sociale à l’Enfance ».

La souffrance de Marina était visible sauf à ceux qui ne voulaient la voir, cette petite fille avait fait l’objet de signalements deux ans avant  sa mort, et même trois ans avant puisque la grand-mère avait dès 2006 demandé de l’aide pour sauver sa petite-fille, sans être prise au sérieux par les services de l’aide à l’enfance.

Deux ans d’impuissance

C’était en 2007 que l’institutrice de la petite Marina n’avait pas manqué de constater des hématomes sur ses omoplates, ses bras, son ventre. Elle en avait fait part au médecin scolaire qui constate le visage tuméfié de la petite et qui prend pour argent comptant les explications du « charmant » géniteur : conjonctivite et maladie immunitaire.

La famille prend soi de déménager en juin 2008, toujours dans la Sarthe. Le directeur de la nouvelle école fait un rapport au procureur et au conseil général sur les marques d’hématomes, de jambes et doigts déformés, de visage tuméfié. Une enquête est menée enfin, un médecin n’exclue pas des faits de violence et de mauvais traitements, l’enfant est auditionnée et couvre ses géniteurs. Un autre médecin intervient et réalise un signalement à l’ASE. Il faudra attendre le 10 octobre pour que le parquet du Mans se prononce et c’est le classement sans suite !

L’alerte était tout de même chaude et donc en décembre 2008, les Sabatier déménagent à nouveau. Le calvaire de Marina se poursuit avec des traces toujours évidentes de ce qu’elle subit, cette fois le signalement du directeur de l’école de Coulans sur Gée mentionne des blessures purulentes, des coupures dans le cuir chevelu, Marina a le cheveu rare, une tête de boxeur. Elle ne se plaint pas. Et pourtant …

En février 2009, Marina a la peau des pieds arrachée par suite de brûlures, elle est hospitalisée pendant 4 semaines.  L’établissement écrit au président du conseil général de la Sarthe, l’ASE répond le 6 mai 2009 : « Nous allons faire le point sur la situation de Marina et sur l’aide susceptible d’être apportée à la famille ». Une équipe de l’ASE échange sur le cas Marina, une assistante sociale et une puéricultrice chargées du suivi concluent une visite du 17 juin 2009 par cette formule : « pas de danger immédiat repéré« , « enfants détendus et souriants« .

Les Sabatier sont visités une nouvelle fois par une assistante sociale le 19 août 2009, Marina n’est pas là, et pour cause elle était déjà morte depuis 13 jours, battue à mort !

Quelle logique ?

Nous nous étions soulevés contre le fait que des enfants étaient abusivement retirés de leur famille dans certains cas et laissés aux mains de leurs bourreaux dans d’autres, nous en avions conclus à une logique de l’ASE qui nous dépasse et qui dépasse aussi la notion de protection de l’enfance. À moins que l’ASE n’ait jamais voulu se déjuger alors que depuis 2006 les services de la protection de l’enfance avaient été alertés …

Nous avions alors participé à la marche blanche pour Marina (https://comitecedif.wordpress.com/2012/11/20/marche-blanche-pour-marina/) et dénoncé l’attitude de l’association des assistants de services sociaux (ANAS) qui ne comprenait visiblement pas ce qu’on pouvait reprocher à cette profession (https://comitecedif.wordpress.com/2012/11/08/tous-les-parents-sont-concernes-par-la-marche-blanche/).

À qui la faute ?
N'insistez pas je ne suis pas là et je ne suis de toute façon au courant de rien
N’insistez pas je ne suis pas là et je ne suis de toute façon au courant de rien

Alors que le président du conseil général de la Sarthe écrit pour couvrir l’ASE, on s’attendait bien à des suites de ce côté là. Nous préparions un troisième article concernant l’issue judiciaire de la constitution de partie civile d’« Innocence en danger » et  d’« Enfance et Partage » qui demandaient l’euro symbolique à l’État pour faute grave de ses fonctionnaires.

Nous aurions aimé avoir de bonnes nouvelles à vous annoncer, mais tel n’est pas le cas : ce jeudi 6 juin 2013, le tribunal d’instance du 13ème arrondissement de Paris, chargé de juger au civil les litiges de moins de 10 000 euros, a décidé :

QUE L’ÉTAT NE SERAIT PAS CONDAMNÉ

L’État et ses agents ne sont coupables de rien, quelques soient les suites dramatiques de signalements enterrés, de plaintes classées, l’État ne sera pas coupable. Comme il n’est pas coupable non plus de placements abusifs sur la foi de dénonciations calomnieuses foutant en l’air la vie de gamins.

Dans ce pays, des magistrats en ont jugé ainsi, il n’y a pas à y revenir.

« Circulez, il y a rien à voir » en a conclu ironiquement l’avocat de la partie civile, Maître Rodolphe Costantino : l’État n’a rien à se reprocher !

Il ne reste donc qu’une plainte contre X pour non-assistance à personne en danger déposée par une parente de la petite Marina, mais ne nous faisons pas trop d’illusions, on classe vite par chez nous …

Une pensée pour Marina (UPPM)
La plaque pour Marina dans son jardin à Econmoy
La plaque pour Marina dans son jardin à Econmoy

Mais si la justice a oublié Marina, beaucoup pensent encore à elle.

Une association : une pensée pour Marina s’est créée afin que nous n’oublions pas.

Madame Maryse Roumengous, au nom de cette association, a obtenu la création du jardin de Marina à Éconmoy, mais laissons la parole à Maryse :

Ce drame est toujours aussi douloureux et inconcevable pour nous UPPM,  malgré la satisfaction d’avoir pu  créer un espace de vie dédié à Marina. Son nom va perdurer et ce lieu remplacer à Ecommoy, le souvenir de cet endroit voisin  où elle a perdu la vie.  Nous voulions tellement un jardin rempli de fleurs, rappelant  la cause des enfants victimes innocentes de la barbarie et de l’inhumanité de leurs parents mais aussi de la négligence et de l’incompétence des services sociaux censés les protéger.

Les fleurs arrosées de quelques larmesRappelons que tous, nous devons être vigilants dans la vie quotidienne.

Cet espace est le témoin de notre volonté : Ne pas abandonner cette cause et oeuvrer pour être entendus de tous.

C’est fait.

À tous de le faire vivre comme un symbole fort, à tous d’être vigilants dans la vie quotidienne.

Merci à vous.

Marche blanche pour Marina

Ce 18 novembre nous étions là avec un collectif d’associations 

Nous étions là oui, car nous sommes des parents, à ce titre nous sommes tous touchés par le martyre de la petite Marina Sabatier. Nous sommes touchés parce que nous nous demandons comment des parents ont pu faire subir à leur fille ce que Marina a subi. Nous ne pouvons pas nous identifier à de pareils monstres car ils sont une insulte à la parentalité. Nous aimons notre famille, nous aimons nos enfants et si nous n’aurions jamais pu être les géniteurs de Marina, nous aurions pu avoir une fille comme Marina, si elle avait été notre fille, elle serait encore vivante et nous lui aurions donné tout notre amour.

La fin de l’innocence

Rien de tout cela n’aurait jamais dû arriver. Dans notre pays où l’État a tout prévu pour chacun d’entre nous du berceau au cercueil, il existe une institution appelée Aide Sociale à l’Enfance. Cette institution qui vit de nos impôts nous garantit que dans ce pays les enfants en danger de mort dans leur famille sont pris et séparés de leurs géniteurs pour leur bien.

Mais tout cela c’est de la théorie, l’ASE est intervenue certes, mais l’ASE n’a pas sauvé Marina, Marina est morte et son corps a été abandonné comme un tas d’ordure après que son géniteur lui ait arraché la vie

Mais alors que fait l’ASE ?  

L’ASE intervient tous les jours, plusieurs centaines de milliers de familles sont l’objet de ses investigations. Certains conseils généraux envoient les services de la PMI ficher l’ensemble des familles dans les écoles. L’ASE n’a pas placé la petite Marina, mais l’ASE place à tour de bras les enfants de certains parents déficients, mais aussi les enfants de parents équilibrés et aimants. Je sais de quoi je parle une centaine de parents m’ont fait le récit de leur souffrance de séparation par la malveillance d’assistantes sociales. Je suis moi aussi un de ces parents.

J’ai donc cherché à comprendre le rôle véritable de l’ASE, à savoir comment raisonnaient ses agents. Je suis persuadé aujourd’hui que la finalité de l’ASE n’est pas la protection de l’enfance, mais la protection de ses agents et l’augmentation de ses budgets. Et s’il en fallait une preuve c’est l’ANAS, représentant les assistants de service sociaux, qui nous fournit cette preuve par le mépris qu’elle affiche à l’égard de cette marche blanche et la bonne conscience qu’elle brandit en considérant que même pour Marina les assistantes sociales n’ont rien à se reprocher. L’ASE ne se sent pas davantage coupable d’avoir fait placer abusivement des enfants pour remplir des foyers.

L’ASE ne protège donc pas les enfants qui en auraient besoin et peut détruire ceux qui n’ont pas besoin d’elle.

Alors si aucun d’entre nous ne peut s’identifier aux géniteurs monstrueux de Marina, tous nous pouvons nous identifier aux familles meurtries par l’ASE car à côté des petites Marina martyres il existe aussi d’autres petites Maries privées de l’amour de leurs parents. Et ces parents là ce pourraient être nous.