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kidsL’ASE est à votre écoute

Nous avons déjà eu l’occasion de nous pencher sur les risques d’information préoccupante dans les familles.

Nous avions mis en évidence que ces informations préoccupantes se terminaient le plus souvent par un placement pour les enfants dont les parents sont en guerre.

Ce type de situation est pain béni pour les sociaux puisque la priorité des parents n’est pas leur enfant mais le règlement de comptes.

On ne choisit pas de ne plus se supporter lorsque l’on est parent, par contre on peut choisir de ne pas étaler ses différends et de ne pas régler ses comptes par ASE interposée. Ces gens là savent comment attiser les conflits et exploiter les failles pour proposer leur « aide » en terme d’accueil « temporaire » des enfants.

L’ASE laisse sa porte ouverte aux confidences et propose ensuite son « assistance », si nous mettons en garde les parents contre leur naïveté coupable depuis plus de cinq ans, il en est qui continuent à se faire avoir.

Les travailleurs sociaux, rien que ce titre inspire confiance aux naïfs qui croient encore que le social est à leur disposition. Une raison de plus pour que d’autres familles, pas nécessairement en conflit, se fassent aussi leurrer. Une maman sans emploi, en proie à la dépression, était allée trouver son assistante sociale, laquelle lui a proposé de prendre son enfant en colonie de vacances tous frais payés. Elle ne la voit plus désormais qu’en visite médiatisée.

Contre une aide, une écoute, certains sont prêts à signer n’importe quoi sans lire.

Quand l’enfant n’est plus la priorité de ses parents

D’autres moins naïfs, plus cyniques regrettent le placement de leurs enfants mais nous consultent surtout non pour les récupérer mais pour contester une suppression de leurs allocations.

Nous prenons le temps de leur expliquer leurs recours pour obtenir la levée du placement, nous recevons cette réponse « c’est pas ce que je vous demandais, nous ne touchons plus les allocations ! ».

Il n’y a donc pas que dans les familles d’accueil que l’on trouve des enfants porte-monnaies, les familles naturelles peuvent aussi être largement vénales tout en osant s’adresser à nous, quelle ignominie que cela !

Adopter de tels raisonnement est indigne, mais révèle surtout une accoutumance à l’assistanat qui fait bien l’affaire de l’ASE.

Depuis des décennies les travailleurs sociaux appuient sur ce levier et peuvent ainsi prétendre à assurer le bonheur social des populations : ne vous occupez pas de vos enfants, vous en êtes de toute façon indignes, confiez-les nous, de gré de préférence, de force sinon.

De gré oui car des parents, plus exactement des géniteurs seront disposés à franchir le pas, d’autant qu’ils pourraient continuer à percevoir leurs allocations sans avoir à réaliser l’effort d’élever leurs enfants.

Malheureusement pour ces enfants, foyers et familles d’accueil n’en prendront pas plus soin, mais chacun se servira au passage.

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Le dérive des familles anticipée par Tocqueville

Le dérive des familles anticipée par Tocqueville

La banalisation des mesures éducatives est permise par la loi

Un article de la Dépêche nous avait été signalé comme digne d’intérêt en ce qu’il illustre la banalisation de la mise en place de mesures éducatives depuis quelques années. Une banalisation que permet notamment la loi de 2007 étendant le spectre d’intervention des services de la protection de l’enfance.

L’article en question donne la parole à la juge des enfants d’Albi, Madame Ratinaud, appelée à commenter le phénomène de forte croissance du nombre de dossiers judiciaires qui lui était soumis (pas moins de 45 % de hausse en deux ans). Une explosion qui ne tient pas compte de la multiplication des mesures administratives mises en place directement par l’ASE avec l’accord des parents, mais voila c’est là une toute autre affaire sur laquelle il y aurait beaucoup à dire.

Ainsi rien que pour 2013, plus de 500 dossiers relatifs à des mineurs en danger sont passés par la juge des enfants d’Albi dont les 4/5ème ne relèvent pas de faits de délinquance, mais de signalements émanant bien souvent d’assistantes sociales, de l’éducation nationale, de l’entourage.

Contrairement à ce que l’on peut penser à travers les messages habituellement véhiculés par les travailleurs sociaux et les media complaisants, ces enfants en proie à des mesures judiciaires ne sont pas, pour la plupart, des enfants martyrs. En décortiquant un rapport de l’ONED nous avions bien mis ce fait en évidence, mais cela passe mieux dans les journaux  quand c’est la juge qui le dit :

 « .La maltraitance physique, heureusement reste minoritaire. On a surtout des cas de carences éducatives, des parents qui n’arrivent pas à donner un cadre à leurs enfants et du coup ils font des bêtises à l’école. Le juge des enfants est également de plus en plus sollicité après les séparations, avec des enfants qui sont parfois pris en otage dans les conflits des parents et ce sont les mineurs qui «trinquent». »

Évidemment la notion de cadre éducatif est subjective et à contextualiser puisqu’un parent qui a des difficultés à imposer des limites sera étiqueté comme «défaillant ou incapable de cadrer », alors que celui qui a fixé des règles sera alors mis sur la sellette comme « psycho-rigide » voire maltraitant ne serait-ce que psychologiquement.

Une loi qui profite de la déresponsabilisation des parents pour porter des coups inouïs à l’institution familiale

Le flou qui prévaut en ce qui concerne le « bon cadrage » et la multiplication des champs d’intervention de l’ASE semble donc bien expliquer que de plus en plus de familles soient dans le collimateur.

La faute en incombre à l’interventionnisme des travailleurs sociaux désireux de justifier leurs postes et budgets, mais les parents déresponsabilisés sont aussi en partie responsables de cette situation. En effet, dupes le plus souvent, ils accepteront une mesure administrative qui se transformera en mesure judiciaire dès qu’ils n’y adhèrent plus. De surcroît, la conflictualité parentale notamment lors de divorce, donne l’occasion de règlements de compte pour des questions de résidence, de pensions alimentaires, ou d’ego en souffrance.

Cependant il y a pire et nous donnerons le mot de la fin à la juge qui a bien pris conscience d’une réalité sociologique terrible :

« Mais il y a également plus de signalements. À une certaine époque, ces problèmes restaient dans le huis clos familial mais aujourd’hui la société saisit plus facilement le juge pour régler les conflits familiaux. »

C’est bien sur ce point que le rôle de l’ASE révèle un profond malaise dans notre société : la déresponsabilisation de la famille qui abdique ses prérogatives au bénéfice de l’État.  Nous avons fait ce constat il y a longtemps en reprennant l’incontournable analyse de Tocqueville.

Combattre la déresponsabilisation des familles voila bien le coeur de l’action du CEDIF.

 

Les États totalitaires détruisent la liberté individuelle en la supprimant purement et simplement, l’État se proposant d’administrer  toute l’économie du pays.

Les États providence agissent plus sournoisement, offrant au peuple une « sécurité sociale »  en échange de sa liberté, substituant la responsabilité collective à la responsabilité individuelle.

Dans le premier cas, les individus ne peuvent plus agir ; dans le second cas, les individus ne savent plus agir.

Jean-Louis Caccomo

La video du « Meilleur des Mondes » et l’apophtegme de Jean-Louis Caccomo sont criants de vérité, une troisième illustration de cette tendance est illustrée par le conte « La vieille et ses droits ». Cette histoire pourrait presque se dérouler à notre époque, en effet droguée à l’assistanat et complètement déresponsabilisée, cette mère dans ses derniers moments se félicite de sa vie de renoncements, jusqu’à avoir accepté que sa fille soit confiée à des services sociaux. Aucune n’en sort intact, la fille a de lourdes séquelles et la mère a toujours vécu sous perfusion, incapable de se lever et de marcher seule.  

Tu sais ma chérie, nos parents se sont battus pour que tu aies des droits, eh oui ricana la petite vieille, avant c’était chacun pour soi, la jungle.

Elle se gratta le bras un peu au-dessus de sa perfusion.

Son interlocutrice laissa un ange passer, arborant un masque impassible. Alors qu’elle se levait en tournant les talons, on lui intima l’ordre d’aller se rasseoir.

Ah oui, tu n’imagines pas ce qu’ils ont dû vivre, les parents faisaient même travailler les enfants au lieu de les éduquer. C’était ça leur liberté de faire n’importe quoi. Mais tu dois le savoir hein, j’imagine que ton professeur d’histoire t’en a parlé.

La vieille essaya sans succès de se mettre en position assise dans son petit lit médicalisé, sous le regard vitreux de sa visiteuse. Finalement elle se laissa tomber en équilibre précaire le dos adossé au mur.

Là, je te vois enfin … Oui, c’est vrai tu ne vas plus à l’école depuis longtemps, mais tu sais on a obtenu des droits sociaux et syndicaux, on a fait payer les riches.

Et puis quand on avait plus d’argent on a obtenu des aides et une vraie sécurité sociale. Hein tu imagines si cela n’existait pas ?

Le temps de travail a diminué on produisait donc un peu moins qu’avant mais on a pu obtenir d’être payés autant et même plus, on a fait des conquêtes sociales.

Son interlocutrice commença à réagir, elle esquissa un sourire et se balançait imperceptiblement sur sa chaise.

Ma chérie c’est l’État qui nous a rendu la vie facile, qui nous a embauché quand nous avions besoin de travailler, c’est le socialisme qui a permis cela et puis la droite n’a rien remis en cause, des fois elle créait même des droits supplémentaires, de nouveaux acquis sociaux.

La vieille souriait elle aussi, mais de façon franche, tu sais je l’ai dit aussi cela dans les écoles, j’étais invitée pour le raconter, c’était ça mon travail  social. Je leur disais ce que je te dis, que ce qui était important c’était d’être égaux et de se battre contre ceux qui continuaient à se croire supérieurs, tu sais ces patrons qui créaient leurs entreprises et qui nous considéraient comme des privilégiés ou des fainéants.

Ah ils étaient tellement emplis d’eux-mêmes ! Ses yeux fatigués s’allumaient avec fureur. Oui, tellement, tellement. Alors on leur a envoyé des inspecteurs du travail, on a fait des lois pour encadrer leurs activités. Mais bon c’est vrai qu’il y avait des gens qui abusaient un peu de tout,  alors on a fait d’autres lois pour contrôler que ceux qui touchaient en avaient le droit.

Normal hein, quand on donne des acquis, il faut contrôler hein. C’est pas vrai ?

L’autre souriait plus franchement en se passant les doigts dans les cheveux, parcourant du regard la petite pièce de l’asile de vieillard. Elle aperçut un moineau sur le rebord de la fenêtre et en trépigna de contentement.

Oui hein, et puis les faux chômeurs sont devenus des fonctionnaires. Ils contrôlaient d’autres faux chômeurs qui ne voulaient pas devenir fonctionnaire pour faire dans un bureau ce qu’ils faisaient chez eux.

Ah ah, c’était rigolo, la vieille riait de toutes ses dents qu’elle n’avait plus.

L’autre aussi était secouée de petits mouvements convulsifs, des rires sans doute.

Tu sais certains ne trouvaient pas normal que l’on soit contrôlés, ils disaient qu’ils n’avaient rien demandé à personne, ils se croyaient seuls au monde ces égoïstes pour prétendre vouloir vivre dans leur bulle.

La vieille s’empourprait et chuintait : en prison ceux-là, on n’en voulait pas nous.

On était plus intelligents, on savait que c’est tout le monde qui contrôlait tout le monde, l’État a tellement fait pour nous, il fallait bien qu’il nous explique aussi pourquoi certains comportements convenaient et d’autres non, tu ne crois pas ???

Hein, hein, disait l’autre en semblant l’approuver de la tête.

Le pays le plus avancé c’était la Suède, même avant la France, là-bas on avait stérilisé tous les gens qui étaient un peu plus bête que la moyenne  pour ne pas qu’ils se reproduisent. Tu te rends compte que beaucoup de gens ont protesté après tout ce que l’on faisait pour eux ! Ils voulaient quoi, laisser des débiles avoir des enfants ? Et puis il y en a d’autres aussi qui protestaient parce qu’ils gagnaient plus que nous et qu’ils disaient  qu’on leur prenait trop d’impôts pour nous donner de quoi vivre. Il y en a même qui ont arrêté de travailler, qui sont partis ailleurs alors il a fallu leur montrer que c’était partout pareil, l’État providence mondial. Ah, ah, tu sais ce qu’est arrivé à ceux qui ont arrêter de travailler, eh ben on leur en a trouvé du travail à ces snobinards et puis avec la loi Cottin on a supprimé l’héritage.

Ah ah, la vieille réussit à se soulever, oui l’héritage, cette relique bourgeoise, paf à la poubelle. Elle lançait avec force son bras droit comme pour frapper une cible imaginaire. À la poubelle, en une génération il n’y avait plus de riches et l’État a donné à tous les jeunes à leur majorité une partie égale des héritages saisis. C’était une vraie libération tu sais.

L’autre sautillait aussi sur sa chaise, hein, hein, elle avait l’air heureuse de voir la vieille s’enthousiasmer, ah oui bien, bien.

Aujourd’hui nous sommes heureux, nous n’avons pas de soucis, nous travaillons dur certes et on nous dit où il faut travailler, mais nous travaillons pour la société.

La vieille fit silence un moment, ses yeux se troublaient alors de la brume annonciatrice de ses larmes.

Je suis contente de te voir ma fille, la dernière fois c’était il y a combien de temps déjà 50 ans je crois ? Tu as 51 ans c’est ça ? Je vois que tu comprends bien tout ce que je te dis, ces gens t’ont bien élevé, ils en étaient dignes et je remercie les services sociaux de s’être occupés de toi et d’avoir su dire que je n’en étais pas capable. Nous avons vraiment le meilleur gouvernement qui soit ma fille, soit heureuse de vivre sans t’inquiéter de ce que tu dois faire, la providence de l’État t’a donné la tranquillité d’esprit.

Xavier Collet

La dissolution des familles comme phénomène sociologique

L’intervention sourcilleuse de travailleurs sociaux dans les familles, avec la multiplication des  mesures administratives ou judiciaires concernant les enfants, constitue à proprement parler un phénomène sociologique inquiétant.

Les parents d’aujourd’hui sont-ils pire que ceux d’hier ou bien est ce l’évolution de la société française qui a mené à cette mise en cause des capacités éducatives des parents ? 

A priori il est possible d’écarter la simple cause parentale. Les pères et mères ne sont globalement pas plus maltraitants qu’ils ne l’étaient autrefois, on parle au contraire d’un retour aux valeurs familiales à la suite de la calamiteuse génération soixante-huitarde, une moindre permissivité en matière éducative est de retour après les interprétations douteuses des enseignements Françoise Dolto. 

Mais alors c’est la société qui a changé ? Oui bien sûr la société française n’est plus la même progressivement elle est devenue une société d’irresponsables donc une société fliquée.

 L’analyse tocquevillienne

Cette évolution a été décrite il y a plus d’un siècle et demi par Alexis de Tocqueville qui mettait alors en garde contre les dérives en germe à l’intérieur des sociétés démocratiques. Relire ce passage avec notre compréhension d’aujourd’hui nous permet de mieux saisir la tragédie à l’œuvre : 

« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde ; je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils remplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine … » 

La situation est encore pire que Tocqueville ne s’y attendait, nos propres enfants sont devenus étrangers à nous-mêmes, l’Etat se chargeant de les retirer à nos soins sans trop de résistance de la part des familles. 

«Quant aux restant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche mais ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie. »

 Nous payons effectivement l’impôt et c’est là notre façon de nous désengager de la solidarité vis-à-vis de notre prochain, ce racket là s’appelle solidarité dans le langage commun, il n’en est pourtant que la caricature déshumanisante.

Nous payons comme un devoir à l’État et recevons comme un dû ! 

« Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leurs jouissances et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leur plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? C’est ainsi que tous les jours, il rend moins utile et plus rare l’usage du libre-arbitre. […] 

Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses mains chaque individu ; et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyranise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. J’ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible, dont je viens de faire le tableau, pourrait se combiner mieux qu’on l’imagine avec quelques-unes des formes extérieures de la liberté, et qu’il ne lui serait pas impossible de s’établir à l’ombre même de la souveraineté du peuple ». 

En fait ce que Tocqueville décrit là n’est pas une démocratie populaire communiste, mais une sorte de démocratie d’État-Providence dans laquelle les partis qui se disputent partagent les mêmes choix idéologiques, le peuple croit encore exercer son pouvoir en votant tantôt pour l’un de ces partis puis pour l’autre : « Ils se consolent d’être en tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs. […]  Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rentrent ». 

Puis, s’habituant à cette tutelle, le peuple devient totalement idiot et apathique : « En vain chargerez-vous ces mêmes citoyens, que vous avez rendus si dépendants du pouvoir central, de choisir de temps en temps les représentants de ce pouvoir ; cet usage si important mais si court et si rare, de leur libre-arbitre, n’empêchera pas qu’ils perdent peu à peu la faculté de penser, de sentir et d’agir par eux-mêmes, et qu’ils ne tombent ainsi graduellement au-dessous du niveau de l’humanité. J’ajoute qu’ils deviendront bientôt incapables d’exercer le grand et unique privilège qui leur reste. […] Faut-il mener les petites affaires où le simple bon sens peut suffire, ils [les hommes de l’Etat] estiment que les citoyens en sont incapables ; s’agit-il du gouvernement de tout l’Etat, ils confient à ces citoyens d’immenses prérogatives ; ils en font alternativement les jouets du souverain et ses maîtres, plus que des rois et moins que des hommes ».

 They who can give up essential liberty to obtain a little temporary safety, deserve neither liberty nor safety. (Benjamin Franklin)

Toujours d'actualité

Voila donc où nous en sommes, de nombreuses études et témoignages contemporains en attestent. Le constat est rude mais cette lecture est terriblement instructive de ce que nous vivons avec l’augmentation continue des prérogatives des sévices sociaux.

 Comme l’énonce Tocqueville, cette dérive de la société française – mais qui touche aussi d’autres sociétés dans une moindre mesure – est , plus particulièrement commune à celles de l’État providence vers lequel chacun est prié d’exposer ses difficultés et de s’en remettre à l’Etat plutôt que de trouver la ressource de les résoudre par lui-même.

 L’État providence a défini un certain nombre de droits créances dont la société tout entière doit assurer la prise en charge contre l’assurance d’un contrôle social. 

Mais laissez moi vous donner un exemple de ce fonctionnement : si votre situation matérielle est dégradée vous aurez le droit à percevoir des aides et des allocations diverses réglées par des cotisations d’assurés sociaux et/ou de contribuables, en contre-partie l’État pourra demander des compte de l’utilisation de ces prestations comme c’est le cas pour les allocations-chômage, le RSA, les bons alimentaires. Rien d’anormal me direz-vous, il faut éviter qu’un dispositif généreux ne profite à des fraudeurs.

 Mais justement un tel dispositif en mettant à la charge de la société un certain nombre de désagréments individuels déresponsabilise pour partie celui qui est pris en charge, car il s’en remet alors non à ses propres capacités mais à une forme d’assistanat considérée comme un dû. En effet, le discours ambiant tant à désigner des boucs-émissaires des malheurs individuels et à faire jouer à l’Etat le rôle du sauveur, on connaît la chanson : c’est la faute à la mondialisation, au culte de la performance, au trou dans la couche d’ozone, … 

Ce dispositif fait aussi appel au sens « citoyen » qui n’a strictement rien à voir avec la responsabilité mais qui relève d’un auto-flicage dans lequel, chacun est appelé à se surveiller dans ses comportements et surveiller celui des autres. 

La société que nous nous sommes construit se bâtit donc sur une conception particulière du principe de subsidiarité. Ce principe qui veut que nous ne considérions légitime l’intervention d’une institution étatique que lorsque nous ne sommes pas capables de résoudre nous même le problème.

En matière familiale, ce principe avait longtemps admis que les services de l’État n’étaient fondées à intervenir dans le fonctionnement des familles qu’en cas de maltraitance grave et avérée. 

Aujourd’hui la famille, déresponsabilisée à outrance par l’intervention de l’institution scolaire, les services sociaux, voire même le planning familial, est niée dans sa fonction institutionnelle de base auprès de l’enfant, elle ne saurait même imposer des choix contraire à ceux des institutions publiques. Il est même devenu indiqué de faire des enfants les éducateurs de leurs propres parents quitte à les dénoncer au cas où leurs « droits de l’enfant » ne seraient pas respectés. 

Au nom des mal-calibrés

La famille n’a pas échappé à l’État providence, à dire vrai bien des parents ont subi la dérive décrite par Tocqueville et ne se portent pas plus mal de ce que leur vie familiale soit devenue un domaine à part entière d’orientation de la société à travers des institutions telles que la caisse d’allocations familiales, le secrétariat d’état à la famille, l’éducation nationale (comme si l’éducation ne relevait plus des parents) et même à travers l’institution toute particulière du juge des enfants, croque-mitaine des parents mal calibrés. 

Qui dit flicage dit normalisation, et si des parents véritablement maltraitants sont à juste titre séparés de leur progéniture en détresse par des juges des enfants, ces parents là ne sont pas plus nombreux qu’autrefois. La multiplications des AEMO et placements résulte uniquement de deux catégories de parents : ceux qui ont été déresponsabilisés au-delà du simple petit rôle qui leur restait à jouer et ceux qui sont mal calibrés. 

Il faudra justement que nous en parlions de ces parents mal calibrés car ils refusent de se déresponsabiliser et n’admettent pas d’abdiquer leur rôle de parents. 

Ils n’entendent pas le discours ambiant qui est servi habituellement par les services sociaux et qui tend à leur faire admettre qu’ils devraient douter d’eux dans le cadre d’une société où l’on exige de plus en plus la performance y compris dans leur fonction parentale. Discours fallacieux qui doit leur faire admettre qu’ils ne sont pas les meilleurs éducateurs de leurs enfants, discours à partir duquel il serait question de leur inculquer la parentalité. 

Discours dissolvant l’institution familiale et méritant pour celui qui le tien le châtiment salvateur de la baffe du parent mal calibré.