Le droit de visite et d’hébergement des parents d’enfants placés

Des droits à fixer de façon claire

droit de visiteLa question du droit de visite et d’hébergement a été déjà traitée sur notre site.

Nous y évoquions ces droits tels que fixés par les juges aux affaires familiales en rappelant qu’en aucune façon ils ne doivent être laissés à l’appréciation des enfants, puisque l’article 373-2 du code civil impose le respect par la justice des relations entre l’enfant et ses deux parents, sauf évidemment danger pour l’enfant, mais ce n’est plus là du ressors du juge aux affaires familiales.

Ce que le juge aux affaires familiales ne peut faire, le juge des enfants ne saurait davantage l’accomplir en fixant des droits à l’appréciation du « service éducatif ». Il convient aussi que les modalités des droits de visites et d’hébergement, ainsi que des droits de passer des appels téléphoniques à ses enfants placés au titre de l’assistance éducative soient précisés et non délégués au bon vouloir et aux disponibilités des « services éducatifs » (sic) en charge des lieux de placement.

Des droits non abusivement restrictifs

Ces droits fixés ne doivent pas être abusivement restrictifs, car, ainsi que le rappelle la Cour européenne des droits de l’homme dans une jurisprudence constante, le placement de l’enfant n’a pas pour objet de mettre fin aux relations familiales n’en déplaise aux fanatiques de l’anti-familialisme.

Ces relations familiales  prennent alors la forme de droits de visite et de droits de communication. Les restrictions à ces droits, soient-ils motivés par l’intérêt de l’enfant constituent des ingérences dans le droit au respect de la vie familiale et doivent donc être justifiées et proportionnées. Lorsque l’enfant a été placé, l’obligation positive la plus importante qui pèse sur les autorités judiciaires est celle de mettre tout en œuvre pour maintenir les relations personnelles entre celui-ci et ses parents.

Recours et plaintes à envisager

Il conviendra donc d’être particulièrement vigilant en ce qui concerne la fixation claire et sans ambiguïté des droits de visite et d’hébergement dans les ordonnances du juge des enfants ainsi que des modalités strictes de ces visites.

Faute de précisions il existe un motif de recours contre une telle décision.

Une fois ces droits précisés, leur non-respect doit être sanctionné.

Ainsi par décision de la Cour d’appel de Grenoble en date du 31 mai 2018, le service gardien (ASE ou association collaboratrice) est mis en cause pour dysfonctionnements par le fait d’avoir interrompu et modifié des droits de visite :

« Attendu que la cour relève qu’il n’appartient pas à un service gardien de modifier de son propre chef les modalités de rencontre d’un parent avec son enfant telles que décidées par le juge des enfants, et encore moins par la cour d’appel, juridiction du second degré ;

Qu’en l’espèce quelles que soient les carences maternelles, il appartenait au service gardien de solliciter de nouveau le juge des enfants s’il lui apparaissait nécessaire de modifier les droits de visite de la mère, ce qui aurait dû donner lieu à un débat contradictoire lors d’une audience ;

Qu’en l’état de l’ensemble des pièces produites lors de la procédure, des carences maternelles mais aussi des dysfonctionnements du service gardien qui aurait dû mettre en place les modalités de rencontres de la mère avec sa fille en lieu neutre d’une part, et les droits de visite à domicile médiatisés d’autre part, et proposer ainsi à Madame X une organisation conforme au jugement déféré … »  

Il convient donc de saisir le juge des enfants de tout non-respect des droits de visites puisque ces visites ne peuvent relever d’arrangements au sein des services de l’ASE et  ne sauraient être liés à la présence d’un personnel suffisant ou encore d’un  incident avec les parents.  Il faut donc que ce non-respect fasse l’objet d’un constat puis, outre la saisine du juge des enfants,  passe par un dépôt d’une plainte contre le président du conseil départemental pour non-représentation d’enfant. Cette plainte est d’ailleurs de droit et ne saurait être refusée, mais en cas de difficultés il conviendra de l’envoyer directement au procureur .

 Merci à Bruno pour cet article.