Articles Tagués ‘enfants intellectuellement précoces’

La situation des enfants surdoués, dits aussi enfants intellectuellement précoces, semble poser problème à nos institutions, tant et si bien que cette précocité est souvent conçue comme un handicap alors qu’elle est une opportunité.  

Un constat qui ne date pas d’aujourd’hui
Binet

Alfred Binet

L’inadaptation de ces enfants avait déjà été pointée en 1919 par Alfred Binet, psychologue et pédagogue français. Celui-ci écrit dans « Idées modernes sur les enfants » qu’un « enfant d’intelligence supérieure est une force à ne pas laisser perdre » alors qu’il s’avère souvent inadapté à l’école car « trop intelligent ».

Et pourtant Binet ne fait pas partie de ces pédagogues ennemis des enseignants et amis des parents emmerdeurs qui s’imaginent que leur chère tête blonde est forcément exceptionnelle. Non, Binet avait été chargé en 1903 par l’éducation nationale de mettre au point des indicateurs permettant de mesurer l’âge mental des enfants. Il s’est ensuite penché sur des cas d’ enfants « retardés » et « surdoués » afin de mieux adapter l’école à leurs besoins. Il avait constaté qu’être un enfant aux facultés intellectuelles différentes de la norme était un handicap pour les « retardés » mais aussi pour les « surdoués ».

Dans le cas des « surdoués », il l’expliquait par le fait que de tels enfants ne travaillent que par caprice, n’apprennent leurs leçons qu’au dernier moment, sont volontiers insubordonnés et font des devoirs qui n’ont pas été donnés pour se singulariser

« Je veux plus aller à l’école, on s’ennuie et les autres m’ennuient »

Jean-Charles Terrassier, neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, présente l’enfant intellectuellement précoce comme dyssynchronique dans le sens où son développement psychomoteur et affectif ne suit qu’avec retard son développement intellectuel.

Ainsi un enfant intellectuellement précoce peut être doté d’une écriture difficilement lisible, il ne saura pas nécessairement s’habiller seul, faire ses lacets, n’aura aucune aptitude sportive ou plus généralement des aptitudes égales ou moindres en considération de sa classe d’âge.  Affectivement il lui est aussi difficile de gérer la compréhension de son environnement ce qui est pour lui une source d’angoisse, on pense à l’exemple de l’enfant qui a compris ce qu’était la mort et qui ne parvient pas à en supporter l’idée. 

Mais il existe aussi une dyssynchronie sociale du fait que l’enfant intellectuellement précoce ne répond pas aux cadres d’un enseignement « normal ». Il comprend cependant ce que l’on attend de lui et réfrène donc son potentiel. La facilité avec laquelle il se moule dans la « normalité » ne l’incite plus à développer son attention, sa mémoire, sa réflexion. Il en résulte une sous-réalisation de l’enfant qui se manifeste par un désintérêt pour les apprentissages, qui peut mener à l’échec scolaire. L’enfant précoce s’ennuie à l’école. Cette forme de dyssynchronie touche plus généralement les garçons.

Étouffé par la norme, l’enfant précoce est aussi conscient de sa différence à l’égard de ses camarades. Il pourra alors refuser de se distinguer, se conformer à leurs attentes pour éviter d’être rejeté.   

Décrochage scolaire, harcèlement scolaire, phobie scolaire, pour certains enfants précoces, l’école c’est l’enfer.

L’enseignement de masse a donc des répercussions sur l’état psychologique des enfants intellectuellement précoces, en termes d’inhibition, de caractère asocial, de mésestime de soi, d’anxiété.   

Pourtant la volonté de mieux les intégrer ne relève pas des politiques publiques, lesquelles ont par contre su différencier l’offre éducative avec des classes artistiques ou de sport-études pour des profils différent ne relevant pas de hauts potentiels intellectuels.

Si beaucoup d’études américaines se sont penchées sur ce problème, peu de choses en France à l’exception de quelques réflexions parmi lesquelles un rapport en particulier qui a alimenté l’article L 321-4 de la loi d’orientation et de programme sur l’avenir de l’école de 2005. Il est désormais prévu des aménagements afin de permettre aux enfants intellectuellement précoces de développer leurs potentialités.

bigbrainDans les faits, il ne s’agit souvent que de simples « sauts de classe » et non d’une pédagogie adaptée. 

Par ailleurs l’avis de simples psychologues scolaires pour les parcours adaptés est requis avec avis de l’équipe pédagogique non formée à détecter un potentiel, et prompts à considérer que l’immaturité sociale de l’enfant surdoué l’empêche de progresser plus vite. Quant aux parents, ils sont peu informés de leur possibilité d’appel auprès de l’inspecteur d’académie puis du médiateur du rectorat.

Pas de SEGPA à surdoués donc, quant à l’évolution du niveau global scolaire à l’heure de la suppression des classes bilingues et de l’allègement des programmes, on ne peut dire qu’il favorise davantage la curiosité intellectuelle des enfants précoces, Bourdieu est passé par là au nom d’un refus du déterminisme social et de la culture dite bourgeoise.

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