La petite abeille

Elle est où ta maman ?
Elle est où ta maman ?
Un petit conte avant de comparaître 

Ce conte  de « la petite abeille » a intrigué un de nos adhérents, il avait été évoqué dans la salle des pas perdus avant l’audience d’un mineur devant le juge des enfants.

Le mineur en question se figea à l’évocation du terme « petite abeille ». Parler de transe serait un peu fort, mais après quelques recherches et renseignements qui nous ont été donnés, nous avons trouvé qu’il existait bien une histoire de petite abeille.

Les travailleurs sociaux adoooooorent

Un site en particulier en parle  http://www.transe-hypnose.com/forum/contes-a-aimer-contes-a-saimer-par-jacques-salome-vt4278.html et parmi les autres contes qu’il aborde on trouve aussi le conte du « petit lion agité » présenté ainsi : « Un enfant adopté n’est pas tjrs un enfant adoptant. Il peut garder au profond de lui des fidélités anciennes envers ses géniteurs pour nier l’abandon et résister à l’adoption . »  Ou encore le « conte de la petite chatte qui n’avait pu être ni maman ni mère ». Dans ce conte, une petite chatte démunie aime tellement son petit chaton qu’elle préfère le laisser dans un foyer pour qu’il puisse être adopté par des parents qui lui donneront tout ce dont il a besoin.

Ce type de récit avec différentes variantes semble circuler dans les milieux des travailleurs sociaux. Il peut être développé par des psychothérapeutes, ses effets sont puissants d’autant que le récit est accompagné d’une musique relaxante, nous sommes là dans le domaine des contes thérapeutiques que nous avons déjà évoqués. Il n’est donc pas étonnant que ceux-ci puissent être utilisés comme des armes sur l’esprit de nos enfants, utilisés pour le meilleur quelquefois peut-être, mais aussi pour le pire en matière de justice familiale.

Pauvre petite abeille

Dans ce conte que l’on peut écouter ici :

http://therapie74.wordpress.com/2012/10/16/le-conte-de-la-petite-abeille-qui-begayait/, le personnage principal est d’abord vulnérable, incertain, il apprend une leçon et parvient à surmonter ses faiblesses et assumer ses choix.

Ainsi la petite abeille « bégayait  chaque fois qu’elle doutait d’elle, quand elle  pensait qu’elle allait être jugée … ». 

Ici la faiblesse c’est le doute, le bégaiement représentant une extériorisation de ce doute et amplifie le doute par peur d’être mal considéré, d’être jugé comme il l’est dit. La petite abeille doit donc apprendre à ne plus douter d’elle pour surmonter son handicap, à oser faire ce qu’elle ne veut pas naturellement ou ce qu’elle redoute.

« … qu’elle allait dire quelque chose qui risquait de déranger les autres … »

Le contexte est là plus précis, l’enfant peut dire quelque chose, faire une révélation contre quelqu’un, produire une dénonciation.

« […] une abeille qui bégaie vole en zig zag et a du mal à se poser là où elle le souhaite »

Vilaine mère va !

L’abeille est ensuite « emmenée chez le pédiatre qui avait trouvé qu’elle manquait d’affection. Aussitôt sa maman, comme si elle s’était sentie accusée, s’est écriée que pas du tout, de l’affection elle en avait beaucoup (… ), vous pensez que je suis une mauvaise mère, que je n’aime pas assez ma fille, et elle était partie en claquant la porte.»

On comprendra là que la petite abeille devait accuser sa mère devant une personne d’autorité (juge des enfants, juge aux affaires familiales, expert, travailleur social) afin de pouvoir ensuite se poser là où elle le souhaite.

On comprend encore que la mère n’accepte pas ces accusations de ne pas apporter suffisamment d’affection à sa fille, de ne pas s’en occuper correctement.

 « Cette maman qui avait beaucoup d’affection reprocha violemment à sa fille d’avoir parlé à la voisine ».

Le cadre posé est bien celui d’un signalement et d’une procédure qui y fait suite. La maman reproche violemment à sa fille, elle est devenue violente et donc la petite abeille pourra s’en vouloir d’avoir parlé à la voisine, se sentir coupable.

Mais « la petite abeille s’est toujours demandé, même des années plus tard, ce qu’elle avait pu dire à la voisine pour avoir fâché sa maman (…) ».

Des années plus tard, on peut donc penser à un épisode marquant, justifiant une séparation pendant des années.

On entend ensuite que la petite abeille a des difficultés à l’école, que la lettre Q lui posait problème. Elle apprend en étant mère à son tour que le Q faisait référence au pot qu’on lui mettait sous ses fesses. Elle se revoyait dans cette situation en faisant asseoir sa fille sur le pot et entendait dans sa tête « pan pan cul cul chaque fois qu’elle n’arrivait pas à se retenir et qu’elle faisait dans ses couches, je crois savoir qu’à partir de là son bégaiement cessa. »

 La conclusion semble assez claire : la petite abeille était maltraitée par sa mère et devait libérer sa parole même si elle ne comprend pas ce qu’on lui fait dire et que cela fait réagir sa mère qui la perdra.

L’enfant ne comprend donc pas ce qu’il dit, il ne saisira que plus tard qu’il recevait une fessée pour son incontinence, qu’il était maltraité. Tant qu’il ne comprendra pas qu’il était maltraité l’enfant bégaiera, il doit admettre son état de victime pour aller mieux.

Parole manipulée ?

La conclusion n’est pas fausse, mais ce qui pose problème ici c’est que l’enfant ne comprend pas ce qu’on lui fait dire mais qu’il le dit sous prétexte qu’il comprendra plus tard et qu’alors il ira mieux.

Ne s’agit-il pas alors d’une manipulation de l’enfant, car comment concevoir qu’un enfant puisse révéler une maltraitance dont il ne prendra conscience que des années après ???

Que révèle-t-il alors, que dénonce-t-il ? Dans le cas précis que nous citons, la maman a perdu la garde de son enfant au profit du parent maltraitant.

Dans un autre cas une maman a compris que son fils avait dit qu’il était quelque fois frappé pour recevoir de l’assistante sociale la « médaille du courage ».  C’était faux, mais une médaille a 5 ans cela impressionne et puis ce n’était pas si grave pensait-il. Sa maman n’avait de toute façon pas cessé de l’aimer.

Que dire de plus ?

Le dialogue par les couleurs

Le dialogue par les couleurs permet d’inculquer au patient des connaissances, des impressions, des souvenirs dont il n’a pas conscience et cela aussi solidement que par un apprentissage. Il s’agit donc là d’une véritable révolution dans la manipulation humaine puisque ce processus peut grâce au dialogue par les couleurs être déclenché par une autre personne et non par le patient lui-même.

Les adultes mais aussi et surtout les enfants sont particulièrement menacés dans leur intégrité par une telle « thérapie », il en existe d’ailleurs des victimes d’ores et déjà . Il convenait donc que le CEDIF puisse vous informer au nom de la défense de l’enfance et de la famille. 

Une thérapie a priori anodine

Le dialogue par les couleurs est en général présenté comme une simple thérapie par l’art. Cette présentation est tout à fait trompeuse même si certaines bases du dialogue par les couleurs relèvent de l’art-thérapie. Ainsi si le medium utilisé est de nature artistique, les sources et implications du dialogue par les couleurs sont tout à fait particulières comme nous allons le découvrir.

Cette « thérapie » utilise le plus souvent une toile sur laquelle patient et thérapeute peignent ensemble, étalant des couleurs et leur imprimant un mouvement en interagissant. Ils établissent alors un « dialogue non-verbal ». Là encore parler d’une simple thérapie par la peinture est un raccourci fallacieux.

On peut donc définir la dialogue par les couleurs comme une communication non-verbale inconsciente,  qui ouvre le patient à son thérapeute, au même titre que les gestes et les expressions trahissent l’orateur et délivrent un autre message selon la PNL. Cependant le dialogue par les couleurs va bien plus loin.

Un vernis scientifique « Jungien »
Jung, une caution pour de nombreuses dérives
Jung, une caution pour de nombreuses dérives

La psychologie des profondeurs de Carl Gustav Jung est revendiquée par les thérapeutes du dialogue par les couleurs.

Le travail sur les rêves par exemple est un élément important de cette thérapie, puisqu’il s’agit de déchiffrer l’inconscient du patient par l’analyse de ses rêves censés l’exprimer. Les patients sont donc invités à noter leurs rêves et à composer chez eux à partir de ceux-ci leurs tableaux que les thérapeutes interpréteront.

L’utilisation des contes de fée est aussi issue des théories psychanalytiques de Jung, elle est perfectionnée par la pratique thérapeutique du dialogue par les couleurs qui agit alors en complémentarité.

Mais un fond ésotérique assez complexe

Le dialogue par les couleurs a été créé et développé dans un cadre bien précis puisqu’il suppose des pré-requis en matière ésotérique. En effet, Bruno Huber, un des fondateur de l’école Arcane de Genève (émanation du Lucis – Lucifer – Trust), a développé les enseignements d’Alice Bailey et de Roberto Assagioli pour leur donner une application thérapeutique avec la dialogue par les couleurs.

A chaque signe astral sa couleur dominante
La roue des couleurs de Bruno Huber

D’ailleurs, pour Wolfhartd König, praticien reconnu dans cette discipline, une thérapie en dialogue par les couleurs passe toujours initialement par une consultation astrologique et psychologique. La prise de connaissance de soi doit en effet passer par le thème astral afin que les interprétations réalisées puissent être justes et que la conscience du patient puisse évoluer en fonction de ce qu’il apprend sur lui-même :

« Si nécessaire, je peux créer une série d’images dans lesquelles ma crise se reflète, et je peux m’améliorer grâce à cette pratique. Je peux me sentir comme les véritables artistes après leur création..

L’inconscient est toujours créateur, donc en principe tous les gens sont créatifs, seul diffère la façon dont s’établit la relation avec son propre inconscient.

Pour le thérapeute il s’agit d’aider un client en situation de crise, non seulement en lui fournissant une prestation astrologique mais aussi un accompagnement par le dialogue par les couleurs. »
(Source traduite de l’allemand : Wolfhard König – IFAP )

La roue des couleurs de Bruno Huber représentée ci-dessus permet d’établir une correspondance entre le thème astrologique et les couleurs. Chacun possèderait donc bien une couleur dominante comme il l’est dit dans la science des 7 rayons.

Il faut d’ailleurs préciser que le contenu de l’enseignement du dialogue par les couleurs est tellement spécifique qu’il ne peut être dispensé que par des personnes formées par Bruno Huber lui-même et qui maîtrisent par conséquent la psychosynthèse et la psychologie astrologique.

On comprend donc bien qu’on ne confondra pas le dialogue par les couleurs avec la chromothérapie ou une simple variante de l’art-thérapie.

La « science des 7 rayons » est le fond ésotérique du dialogue par les couleurs
La science des sept rayons
La science des sept rayons

Ces 7 rayons sont censés relier les hommes et sont la trace de la divinité en chacun d’entre nous selon l’enseignement luciférien de la théosophe Alice Bailey. Les rayons sont de couleurs différentes en fonction de leur propriété et chacune de ces couleurs possède une énergie et le pouvoir d’agir sur nos cellules. Chaque personne est plus particulièrement reliée à une couleur précise et il serait possible de connaître cette couleur en fonction du profil de chacun, d’en déduire la mission de chacun sur cette terre. L’enseignement par les couleurs devrait donc permettre à chacun de se réaliser et d’accéder à des dimensions supérieures.

Les profanes ne sont pas immédiatement informés du fond ésotérique, mais une référence est faite à travers la notion de couleurs dominantes et de chakras. Il s’agit là d’une bouillie vaguement médicale plus largement accessible au grand public, passant en revue les couleurs des sept chakras et les effets de leur stimulation sur la santé et le développement personnel.

Contenu théorique de la thérapie du dialogue par les couleurs

Pour un coût d’environ 1200 euros, l’IPEI (Institut für Persönlichkeitsentwicklung) propose une formation en 3 ans (403 heures de formation) couronnée par la délivrance d’un diplôme en thérapie par la peinture et dialogue par les couleurs. Le contenu de cet enseignement apparaît aussi sur facebook  il comprend les disciplines qui suivent :

–         théorie des  couleurs ;

–         symbolisme des couleurs et leurs effets sur les chakras ;

–         symbolisme de l’espace et des formes ;

–         la roue des couleurs selon Bruno Huber (les couleurs dans le thème astral) ;

–         la psychologie des couleurs, de la lumière ;

–         techniques de peinture ;

–         analyse et interprétation des images ;

–         interprétation de la signification des rêves ;

–         symbolisme des contes et des mythes ;

–         approche centrée sur la personne selon Carl Rogers ;

–         psychosynthèse

–         communication non-verbale ;

–         analyse transactionnelle ;

–         psychopathologie.

La formation  de l’IFAP est également diplômante en 3 ans, le nombre d’heures de formation en groupe est plus restreint avec 4 week-ends de formation par an :

–         symbolisme des couleurs ;

–         symbolisme de l’espace et des formes ;

–         interprétation de la signification des rêves ;

–         symbolisme des contes et des mythes ;

–         psychologie des profondeurs de CG Jung ,

–         les archétypes de Jung ;

–         astrologie ;

–         techniques de coaching.

Ces formations ont une contenu équivalent.

Mais les objectifs de ces formations peuvent être déclinées selon le public visé.

Ainsi les entreprises sont également touchées dans le cadre de formations proposées dans le but d’améliorer les compétences sociales, la gestion du stress, la communication des salariés.

Les différentes pratiques du dialogue par les couleurs

Le terme dialogue suppose un face à face entre le thérapeute et le patient.

C’est bien là le terme approprié puisque chacun peignant une partie de la toile répond à l’autre sous forme d’une communication non-verbale d’inconscient à inconscient avec interprétation du thérapeute.

Mais ce dialogue peut aussi être mené entre le mari et la femme, les parents et les enfants sous la supervision d’un thérapeute qui interprète ensuite leur relation.

Il peut également mobiliser un groupe.

De nombreux participants expriment leur inconscient par l’expression commune, une trentaine de tableaux sont alors réalisés dans chaque groupe.

Enfin le dialogue par les couleurs peut être réalisé seul.

Il s’agira ensuite pour le thérapeute, en fonction des injonctions qu’il a transmises, d’analyser des images peintes par un client plus particulièrement dans une période de crise durant laquelle l’inconscient est censé être particulièrement actif, la peinture est alors une catharsis. Cette thérapie exercée individuelle passe par une intensification du travail par le rêve, des contes seront également utilisés pour stimuler l’inconscient du patient, l’écriture sera aussi mobilisée pour exprimer l’inconscient. Le thérapeute pourra alors se servir de contes sur son patient pour l’orienter dans ses rêves, puis les lui faire noter. Les parties cruciales des rêves pourront donner lieu à la création d’une œuvre, à des écrits qu’il pourra ensuite interpréter et sur lesquels il pourra réagir. Le thérapeute peut aussi tout simplement inspirer un sujet au patient sur lequel il pourra dessiner ou écrire.

Les effets du dialogue par les couleurs

Les praticiens expliquent que le dialogue par les couleurs permet de développer les capacités et potentiels de chacun, de lever les blocages, les peurs et les mécanismes de contrôle en s’adressant directement à l’inconscient du patient. Ils insistent pour développer cette thérapie sur les pré-adolescents en la recommandant particulièrement pour les enfants à problèmes afin de stimuler leur créativité, leur confiance en soi et le développement de leur personnalité.

Il sera dit aussi que la connaissance des couleurs dominantes des patients permet à un initié de leur apporter la santé, la prospérité, l’audace et le bonheur.

Quelques praticiens précisent cependant le fond du dialogue par les couleurs, l’utilisation de la psychologie astrologique permet ainsi de :

–                      mieux se comprendre grâce à l’étude du caractère ;

–                      découvrir ses talents, sa créativité, sa forme d’intelligence afin de s’orienter ;

–                      résoudre ses conflits intérieur et soigner grâce à la médecine psychosomatique ;

–                      prodiguer un conseil relationnel par comparaison des horoscopes des partenaires.

Le dialogue par les couleurs apparaît bien comme une thérapie intégrée à même d’établir une communication totale avec le patient dans la mesure où il s’agit de permettre un dialogue entre l’inconscient du thérapeute et l’inconscient du patient. Il se complète donc de l’approche centrée sur la personne de Carl Rogers permettant par empathie de faire s’exprimer le préconscient.

Enfin l’utilisation de la psychosynthèse s’intègre aussi à cette thérapie afin de modifier des traits de personnalités qui posent problème.

Oui vous avez bien lu, les praticiens du dialogue par les couleurs entendent modifier des traits de personnalités de leurs patients, d’enfants, d’adolescents.

Une thérapie dangereuse pour les patients

Il convient d’abord d’insister sur le fait que le dialogue par les couleurs n’est pas une thérapie reconnue par les psychiatres et psychologues, elle n’a jamais été validée ou reconnue par les autorités publiques.

Aucun clinicien ne pratique cette thérapie, et donc les thérapeutes autoproclamés ne sont pas détenteurs de diplômes en psychologie clinique.

De surcroît les thérapeutes autoproclamés appartiennent au réseau Huber dont la maison mère IPEI se donne deux appellations: “Institut de psychologie astrologique” mais aussi “Institut pour l’Exploration de l’Humain”. Leur but avoué est une transformation de l’humanité, selon Bruno Huber lui-même. Ceci n’est pas pour inspirer confiance quant aux thérapeutes de ce réseau.

Pourtant la confiance en son thérapeute est primordiale face à une thérapie aussi dangereuse que celle-ci.

En effet aussi charlatanesque que paraissent les fondements du dialogue par les couleurs, il n’en demeure pas moins qu’en pratique il passe par l’abandon chez le patient de tout mécanisme de contrôle. Potentiellement, cette thérapie est donc une technique de modelage de la personnalité très puissante et d’autant plus redoutable qu’elle est utilisée par des thérapeutes peu fiables.

Ainsi les effets du dialogue par les couleurs peuvent se révéler dévastateurs sur la personnalité et les souvenirs conscients du patient (faux souvenirs induits) surtout lorsque l’approche centrée sur la personne et l’hypnose éricksonienne permettent de faire verbaliser ce que le thérapeute transmet à l’inconscient du patient.

Cette thérapie est donc susceptible de générer des ruptures familiales, de permettre des atteintes sexuelles sur la personne des patients ou encore des abus de faiblesse par mise sous sujétion.

Elle est d’autant plus insidieuse qu’une personne peut être mise sous sujétion à distance sans que l’entourage ne puisse comprendre l’origine d’un changement de personnalité.

Article écrit en collaboration

Le danger des contes thérapeutiques

 Des ruptures familiales peuvent être provoquées par des techniques de manipulation.

Nous devions vous mettre en garde contre une pratique de plus en plus répandue qui procède par l’utilisation de contes thérapeutiques délivrant un message inconscient qui fera agir un jeune dans le sens souhaité par son thérapeute.

Cette pratique est particulièrement redoutable et trompera en général la justice, ce qui explique, comme le dit Maître Line N’Kaoua, que dans  neuf cas sur dix, les enquêteurs sociaux et les experts rendent une décision favorable au parent adepte de la secte.

Nous avons d’ailleurs eu connaissance d’affaires de ce type que nous développerons prochainement.

Mais voyons plutôt comment un « conte thérapeutique » peut servir de support à une manipulation d’enfant à partir d’un exemple concret interprété.

Le tigre blessé

Il était une fois, il y a de cela longtemps, très longtemps, dans une immense contrée d’Asie, un jeune tigre qui vivait à l’écart de sa famille.
Son père et ses frères étaient de grands chasseurs qui ramenaient chaque jours des monceaux de viande fraîche, nourrissante et savoureuse .

Hélas, sa mère avait disparu, tuée par des chasseurs lorsqu’il était encore jeune, et très tôt il avait su …acceptez !
Il gardait d’elle sa douceur, et passait de longs moments à rêver d’elle, comme à la rechercher la nuit parmi les étoiles.

Il n’avait aucun goût pour la chasse et les bagarres entre frères, préférant se promener seul, le long du lac et des rivières.
Il admirait les couchers de soleil, le soir du haut de son rocher.
Il était ébloui par la magie de la nature, la capacité qu’elle avait à se renouveler, à … changez !

Malheureusement un soir, il tomba par accident au fond d’un grand piège, que les habitants du village avaient tendu, près du grand arbre, où il venait souvent s’allonger aux heures chaudes de la journée.
Là, il pouvait …écoutez…chanter et rire les enfants de l’école, mais aussi le maître répéter inlassablement les leçons.

Toute la nuit, il lutta courageusement malgré la blessure profonde que sa chute lui avait infligé, et réussit à s’extraire du trou profond dans lequel il était tombé, se eurtrissant considérablement les pattes arrières.
Clopin-clopant, il parvint encore à…avancez !

Souffrant beaucoup il lutta encore puis se reposa dans la forêt qu’il avait réussi à … gagnez !
Ne pouvant plus se nourrir convenablement, isolé, incapable de rejoindre les siens, il perdit presque toutes ses forces.
Il était réduit à la misère, ne survivant que de plantes et de racines, il avait le poil terne et rare, sa crinière dégarnie laissait voir ses épaules décharnées.
A bout de forces et sentant sa fin proche, il s’allongea au pied du grand Banian, puis sombra dans un sommeil …profond !

C’est alors qu’il fut tiré du somme par le grand tigre blanc qui vit seul dans les forêts !
« Ressaisis-toi ! »
Cette apparition lui indiqua une clairière dans laquelle il devait se rendre pour y trouver l’arbre aux baies d’azur.
« Lorsque tu auras mangé ces baies, va te baigner dans le marigot où l’éléphant se repose lorsque le soleil est brûlant pour la peau.
Le marigot est alimenté par une source magique, tu retrouveras alors force, vigueur et …confiance !

Tu seras pour toujours …protégé, dans ton corps, ton coeur, et dans ton âme.
Je te retrouverai là-bas. »

Aux premières lueurs de l’aube, le tigre blessé rassembla ses dernières forces en se traînant lentement et lutta pour …avancez ! jusqu’à la clairière magique.

Il s’y rassasia des baies bleutées, douces, sucrées, nourrissantes qui lui procurèrent un regain de vitalité.
Recouvrant ses forces, il se dirigea vers le marigot, occupé à cette heure matinale, par un troupeau d’éléphants qui se baignaient, jouaient, s’aspergeaient abondamment avec l’eau bienfaisante.
Le tigre s’approcha et leur dit : « laissez-moi me baigner s’il vous plaît, je ne vous veux aucun mal ! »
Ces mots furent accueillis par un tonnerre de barrissements moqueurs, énergiques.
Le chef du troupeau qui était une femelle lui posa la question : « Est-ce le grand tigre blanc qui t’envoie ? » « Oui répondit le tigre. »
Très bien, il te reste une épreuve, vois-tu ce marigot derrière moi ?
Il mesure dix mètres de diamètre et cinq mètres de profondeur, quel est son volume ? »
Le tigre se gratta la tête et réfléchit, il se souvenait de la formule magique que l’instituteur répétait inlassablement aux écoliers, parmi les tables et les théorèmes.
Il dessina sur le sable la formule consacrée puis donna la bonne réponse qui fut acclamée par un concert de trompes et une haie d’honneur.
Alors le tigre blessé pénétra dans l’eau où il fut douché par l’eau bienfaisante dont les éléphants l’aspergèrent.
Il s’y roula, il but et nagea dans cette eau qui allait le …transcendez !

Ses pattes ne lui faisaient plus du tout mal, il sortit de l’eau et s’ébroua.
Il avait retrouvé un pelage magnifique, des plus brillants, tendu sur une musculature parfaite.
D’une voix ferme, il remercia chaleureusement les pachydermes et s’éloigna de sa démarche féline et gracieuse.
Son flair recouvré, il retrouva facilement les siens, qui ne le reconnaissaient pas tant il avait…changez !

Il dégageait tant de force, de calme et de sérénité que rien de mal ne pouvait plus l’atteindre.
Son père et ses frères l’invitèrent à une partie de chasse, qu’il décida de …refusez !

« Aurais-tu quelque tigresse à retrouver plutôt que de te joindre à nous ? » demanda son père ironiquement.
Non pas du tout, je suis revenu vous dire que je pars vivre avec le tigre blanc qui vit dans la forêt, il m’a permis de …retrouvez ! le goût de vivre.

À ces mots il salua sa famille et s’en alla vers ce lieu où il s’était enfin senti si bien, heureux, protégé, compris.
Il coula par la suite la vie paisible et calme à laquelle il aspirait en compagnie du grand tigre blanc.

INTERPRÉTATION DU TIGRE BLESSÉ

Le consultant personnifie « un jeune tigre qui vivait à l’écart de sa famille », la famille est constituée de son père et de ses frères.

Le consultant ciblé est donc un jeune qui vit une crise familiale, dont les dispositions et les intérêts sont présentés comme incompatibles avec ceux de sa famille, laquelle est tournée vers le concret, l’extraversion, la réussite sociale : « de valeureux chasseurs qui ramenaient chaque jour des monceaux de viande, fraîche, nourrissante et savoureuse ».

Le jeune tigre est contemplatif, introverti : « il admire les couchers de soleil », « il est ébloui par la magie de la nature ».
Il souffre de sa différence car il est tenu à l’écart, il a une piètre estime de lui même, il veut changer, s’il est ébloui par la nature c’est aussi par « la capacité qu’elle avait à se renouveler ».

La figure de la mère apparaît dans le récit, elle est douce mais elle est morte, tuée par des chasseurs. Elle contrebalançait l’influence plus rude du père et des frères. En réalité elle  n’est pas nécessairement morte mais elle a disparu en tant que soutien. Elle exerce une pression normalisatrice sur son enfant, elle n’accepte plus son introversion.

Le premier signal envoyé consiste à permettre au consultant d’aimer ce que sa mère a été (ou le thérapeute veut faire croire qu’elle a été) tout en faisant son deuil de cette mère qui n’est plus la même.

Le deuxième signal invite le consultant à réfléchir sur sa situation pour la changer, pour ne plus accepter de vivre avec ceux qui ne le laissent pas exprimer sa différence.

Nous sommes bien là dans le cadre d’un conte de rupture, le jeune tigre souffre parce que l’on n’accepte pas sa différence, il doit changer de vie, se séparer de ceux qui ne l’acceptent pas. Il doit surtout prendre conscience du fait que ses parents ne sont pas comme lui, qu’ils le rejettent. Qu’il faut donc que lui aussi les rejette.

Ce conte est particulièrement destructif pour des adolescents, le moindre désaccord peut ici être magnifié pour en faire une cause de rupture familiale, il appelle à échapper au principe de réalité.

Le consultant va subir une épreuve particulière pour laquelle il ne trouvera pas de soutien dans sa famille qui l’a abandonné, il devra changer pour surmonter cette épreuve, faire preuve de résolution même si celle-ci le fera souffrir : « souffrant beaucoup il lutta encore ».

Mais il ne trouvera pas en lui le courage suffisant pour s’en sortir, il va être prêt à abandonner sa volonté d’être différent, à se normaliser, à mettre fin à sa rébellion (à se socialiser ?) ce qui revient à mourir dans le conte.

C’est là que le gourou intervient, un psychothérapeute mal intentionné se donnera ce rôle. Il s’agit ici du grand tigre blanc qui alors que le jeune tigre lâche prise lui donne l’injonction : « Ressaisis-toi ! »

Le grand tigre blanc a effectivement un très fort pouvoir charismatique et magique. Il montre au jeune tigre ce qu’il recherchait sans le savoir, il lui donne des pouvoirs : « Lorsque tu auras mangé ces baies, va te baigner dans le marigot où l’ éléphant se repose lorsque le soleil est brûlant pour la peau. Le marigot est alimenté par une source magique, tu retrouveras alors force, vigueur, et confiance !  Tu seras pour toujours … protégé dans ton corps, ton cœur et dans ton âme.»

Le grand tigre blanc est celui qu’il devra invoquer pour avoir accès au marigot, mais le secret de son acceptation au sein de ceux qui l’aideront consiste à apprendre par cœur un théorème lors de son épreuve de souffrance et à l’utiliser pour résoudre ultérieurement un problème : « il pouvait écouter le maître répéter inlassablement les leçons ». Il doit faire un effort de mémoire pour répéter mot à mot ce qu’on lui a appris : « il se souvenait de la formule magique que l’instituteur répétait inlassablement ».

Il peut s’agir là d’un témoignage qu’on lui aura demandé de réciter, d’un mantra, d’un énoncé aberrant qu’on ne lui demandera pas forcément de croire mais d’intérioriser comme vérité. Cette leçon apprise permettra au jeune tigre d’avoir accès à un monde selon ses vœux.

Le consultant doit se plier à la leçon pour entrer dans ce monde, il doit ainsi accepter de faire ce qu’on lui a demandé pour être accepté, reconnu, ce qui lui permet d’obtenir une reconnaissance qu’il croit n’avoir jamais rencontré auparavant, il est félicité pour son obéissance et sa sujétion : « donna la bonne réponse qui fut acclamée par un concert de trompe et une haie d’honneur. »

Il  entre alors dans le famille du tigre blanc, il peut boire à la source qui le guérit, le change, le métamorphose en un tigre puissant, sûr de lui, sa famille ne le reconnaîtra plus mais elle voudra alors l’accueillir à nouveau : « son père et ses frères l’invitèrent à une partie de chasse … ». C’est là
que le consultant aura le courage de dire qu’il les rejette pour aller vivre avec le tigre blanc, son gourou : « je suis revenu vous dire que je pars vivre avec le tigre blanc qui vit dans la forêt, il m’a permis de …retrouvez ! le goût de vivre. »

Bien sûr tous les conteurs ne sont pas des gourous, certains utilisent ces histoires de façon positive pour aider à surmonter des peurs, des angoisses et non induire des sentiments négatifs à l’encontre de la famille.

Le conte peut guérir aussi bien que détruire, il possède une forte puissance de conviction.

Manipulation des enfants

Interview web télévisée de la web tv francilienne http://www.tvidf.fr – Réalisation journaliste Eric Minsky-Kravetz.
Entretien avec Philippe Mazet, professeur émérite de pédopsychiatrie à l’hôpital de la Salpetrière à Paris, à propos, entre autres, de la manipulation et de la maltraitance psychologique des enfants par l’un des parents, de ses constats de clinicien et des difficultés d’intervention, et extraits de son intervention lors d’une table ronde qui s’est tenue le jeudi 24 février 2011 à l’Institut de Criminologie de Paris (à l’Université Panthéon-Assas Paris II) sur le thème « La parole de l’enfant après la mystification d’Outreau ».
Pour mieux visionner cette video cliquez sur l’ongle youtube ou allez sur youtube=http://www.youtube.com/watch?v=H1MiXj3YeEQ
La totalité de cette interview de 42 minutes est sur http://www.tv28.fr
Il faut noter à ce sujet que des techniques manipulatoires sont de plus en plus employées sans que les services sociaux ou la justice n’en tiennent compte, au contraire c’est le parent non-manipulateur qui à leurs yeux devient paranoïaque. Cette cécité institutionnelle profite donc très largement aux manipulateurs faisant usage dans un contexte familial de pratiques pseudo psycho-thérapeutiques (PNL, approchée centrée sur la personne de Carl Rogers, hypnose éricksonienne, …).
Certaines de ces pratiques ont été étudiées par des groupes spécialisés dans la lutte contre les dérives sectaires et un certain nombre d’affaires mises à jour devrait permettre de faire évoluer la situation pour le bien des enfants. Quant aux parents manipulateurs ou aux aidants psycho-sectaires, leur cas relève du pénal.