Articles Tagués ‘modèle suédois’

Bonjour Monsieur Roulois, vous avez publié de nombreux articles sur https://neuropedagogie.com, pouvez-vous brièvement vous présenter ainsi que vos travaux ?

J’ai enseigné de nombreuses matières du collège à l’Université (française et américaine). Il y a un peu plus de 15 ans, je me suis tourné vers la neuropédagogie, synthèse de neurosciences, psychologie et pédagogie.

J’exerce aussi en tant qu’entrepreneur individuel dans le domaine de la formation, stimulation cognitive, conception de méthodes et analyse de formations. Mes disciplines de prédilection sont la neuropédagogie, les Critical Thinking Skills et la systémie.

La fessée est désormais un délit en France suivant l’exemple nordique,  il est question à travers cette loi qui accompagne la réforme de la protection de l’enfance, de mettre fin à ce que la vice-présidente du conseil national de la protection de l’enfance appelle le familialisme. Quelles conséquences voyez-vous dans le passage de cette loi controversée et dans la dénonciation de la « primauté familiale » ?

Attardons-nous d’abord sur le nom « familialisme » si vous le voulez-bien.

Les mots ont un sens, structurent la pensée et trahissent implicitement les appartenances du locuteur bien au-delà de ce qui est explicitement énoncé. Le familialisme, mot récent (aucune entrée dans le dictionnaire de l’Académie française) et très peu employé permet de dénoncer la « tendance à donner une place prépondérante et excessive au noyau familial dans la société ». Si l’adjectif « prépondérant » peut être objectif à partir du moment où ce caractère a été confirmé par des travaux scientifiques (économie, sociologie…) émanant de diverses sources, l’adjectif « excessif » indique une modalisation de l’énoncé, un point de vue parfaitement subjectif, et trahit la volonté d’éliminer un excès dont on attend la preuve.

Si ce mot a bien été utilisé par la vice-présidente du conseil national de la protection de l’enfance, on peut en déduire au minimum une volonté politique d’affaiblir la famille. Cette déduction est complétée par la disparition du Ministère de la famille. Ainsi, une petite élite politique à la légitimité populaire incertaine (les chiffres le prouvent) en vient à modifier le sens du premier noyau social que connaît l’enfant – il naît en effet la plupart du temps entouré de sa famille -, la première expérience du « vivre ensemble ». Et cela est également prouvé.

Mais, au risque de surprendre, les conséquences de la dénonciation de cette « primauté familiale » m’apparaissent assez marginales, elles s’inscrivent dans un courant naturel de destruction de la famille nucléaire traditionnelle, celle qui est composée d’un père, d’une mère et d’au moins un enfant. C’est un courant naturel parce qu’il n’est pas orchestré ; il peut tout au juste être accompagné et accéléré par certains individus ou groupes qui souhaitent la destruction de la famille traditionnelle, et freiné par ceux qui souhaitent la conserver. Et c’est la famille traditionnelle telle que définie en supra qui est visée, alors qu’il ne s’agit que d’une forme de famille, il convient de le rappeler. Il existe aujourd’hui – et cela a aussi été le cas autrefois – différentes formes de famille. Quant à moi, je ne privilégie pas une forme de famille, l’important étant que les enfants soient heureux et puissent devenir des adultes intégrés dans la société.

En réalité, ce qui a fortement affaibli la famille c’est un objet, et tout ce qui l’accompagne : la télévision.

À partir du moment où la télévision s’est invitée dans les foyers ; à partir du moment où elle n’a cessé de prendre une place toujours plus importante, les relations sociales intrafamiliales s’en sont trouvées fortement altérées. Même si l’enfant s’attache naturellement à ses parents, il faut du temps pour construire des relations sociales et entretenir cet attachement.

Le temps de l’enfant est partagé entre ses journées d’école, quelques devoirs à la maison, des activités culturelles et/ou sportives sans ses parents, des relations avec ses pairs, et les écrans. L’enfant n’est pas éduqué par ses parents, il est co-éduqué. En 2008, l’INPES a sorti les chiffres de la consommation d’écran (ordinateur, télévision, jeux vidéo) : 5,42 heures par jour pour un garçon de 11 ans, et 4,32 heures par jour pour une fille du même âge. À cette époque, il y a 10 ans, le téléphone portable n’était pas démocratisé, et la situation est bien pire aujourd’hui.

Aujourd’hui, quel temps quotidien un enfant partage-t-il avec ses parents, ces inconnus, que l’on réduit à la fonction de soignant ou d’aidant et qui, de toutes les façons, travaillent encore une fois rentrés à la maison, et même le dimanche ? C’est ainsi que dans des livres assez récents de psychologie et de sociologie de la famille, le mot « parent » a en effet été remplacé par « caregiver ». C’est ainsi que la fonction de l’Homme prend le pas sur l’être, ce qui le réduit au rang d’objet, le déshumanise. D’ailleurs, son ventre est à vendre.

Depuis l’apparition des programmes jeunesses à la télévision, à partir du moment où le petit écran s’est mis à parler directement aux enfants, à les éduquer sans le filtre des parents, l’autorité parentale et les us et coutumes transmis par les familles ont été concurrencés par la parole de l’État alors qu’ils l’étaient déjà par l’école. La vérité de la télévision de Giscard n’était pas la même que la vérité de la télévision de Macron, mais c’était toujours la vérité, une puissante vérité. Depuis les années 70, l’enfant et l’adolescent, cibles de l’État et des publicitaires, n’ont cessé de prendre de l’importance, c’est un lieu commun, mais il faut le rappeler. De nombreux véhicules achetés par les parents sont par exemple prescrits par les enfants. Bref, progressivement, les enfants, prunelles de nos yeux, sont devenus le centre autour duquel gravite la famille, et les parents se sont progressivement effacés.

L’écran, consommé en excès comme c’est le cas actuellement, engendre des hordes de zombies aux valeurs incertaines et relations sociales virtuelles.

Cette dénonciation de la « primauté familiale » était tout à fait inutile puisque de fait, le poids de la famille traditionnelle se réduit, notamment sous l’impulsion de ces ex-enfants qui une fois devenus adultes ne supportent pas les contraintes, l’autre étant réduit à l’état de fonction, de faire-valoir, d’objet de consommation. Or, fonder une famille nécessite de pouvoir accepter et gérer les contraintes. Voilà quelques conséquences possibles de l’affaiblissement de la famille, comme premier lieu du « vivre ensemble ».

Et derrière l’affaiblissement de la famille, il y a naturellement l’affaiblissement d’un contre-pouvoir, au profit d’un renforcement de l’État. L’État se fait en effet de plus en plus intrusif et les libertés se réduisent comme peau de chagrin. Il suffit de noter l’inflation quantitative des lois et des interdictions.

Je pourrais presque, sans craindre les dénégations d’usage, affirmer que le contrôle social à la mode soviétique est à nos portes ; il s’est déjà invité dans les pays nordiques où les parents sont constamment surveillés par l’État (via le biais des agents sociaux et professeurs par exemple) et par tous les citoyens, prompts à dénoncer leurs voisins lorsque ceux-ci éduquent leurs enfants d’une manière jugée inconvenante, un jugement le plus souvent basé sur l’ignorance et sur des informations parcellaires. Mais le principe de précaution prévaut n’est-ce pas ?

Quant à la loi qui interdit la fessée, une interdiction supplémentaire, elle me semble assez malvenue, surtout à l’heure où ceux qui sont en charge de rappeler le Droit sont si débordés.

Je tiens cependant à préciser que l’administration de la fessée n’est pas une méthode éducative efficace. Elle peut tout au plus stopper sur l’instant le comportement de l’enfant, mais ne provoque pas automatiquement l’extinction de ce comportement. Autrement dit, beaucoup d’enfants recommenceront. La fessée étant un acte qui vient en réaction d’un comportement, il s’agit d’une récompense qui créée une association entre un stimulus et une réponse. Or les enfants, en fonction d’une interprétation toute personnelle du stimulus et de la réponse adopteront des modèles de comportement très différents, sans qu’il soit possible de les prédire.

Je suis donc contre la fessée et contre une loi interdisant la fessée, je privilégierais l’information et l’éducation des parents. 

Pourquoi l’État donnerait-il une fessée aux parents alors qu’il a déployé tant d’arguments pour en interdire l’administration aux enfants ? L’État penserait-il que les parents sont plus sensibles à la punition que leurs enfants ? Les lois ont-ils fait disparaître les crimes et délits ? Quelle est leur efficacité ? Il faudrait mesurer objectivement cela.

En interdisant la fessée par une loi, alors que son usage devenait de plus en plus obsolète, l’État ne fait que renforcer le contrôle social, et entraîner des conséquences diverses.

Certes, les auteurs de la loi ont soulevé le caractère légèrement punitif de la loi, un simple rappel à l’ordre. Bien entendu, l’opposition aurait été plus virulente si la punition potentielle avait été annoncée plus sévère. Par conséquent, via le processus de l’habituation, c’est-à-dire de la diminution de la réponse à un stimulus, les gens vont s’habituer à cette loi, la trouver normale, et non seulement des punitions plus sévères seront données par l’État aux parents, mais d’autres lois suivront. En effet, si les citoyens ont accepté que l’État sanctionne une mesure éducative familiale, pourquoi n’accepteraient-ils pas que l’État interdise aux parents d’inscrire leurs enfants au catéchisme ou leur enseigner que la Russie n’est peut-être pas coupable de tous les crimes dont on l’accuse ?

Donc, tout simplement, cette loi octroie à l’État une arme de contrôle social supplémentaire, alors qu’il existe déjà, et c’est heureux, des lois et sanctions prévues pour les parents maltraitants. Et combien d’erreurs judiciaires seront commises, combien de parents accusés à tort dont la vie sera détruite ? Déjà, lorsqu’on emmène son enfant blessé aux urgences, le personnel fait fi des parents et interroge directement l’enfant afin de s’assurer que celui-ci a bien été crocheté par un camarade dans l’exercice de son sport favori, et n’a pas été brutalisé par ses parents. Apparaître coupable par défaut, en tout temps et en tout lieu, peut provoquer maints maux. Et si dans les hôpitaux la parole des parents compte peu, ce sera aussi le cas ailleurs. Bref, les parents sont infantilisés.

Alors qu’on leur demande toujours plus en leur donnant moins de moyens pour élever correctement leurs enfants. La fessée n’est pas une solution ? D’accord, mais quelles mesures alternatives ont été proposées ? Ces mesures sont-elles efficaces ? N’engendrent-elles pas de pires conséquences pour les enfants ? Pour avoir lu des études scientifiques sur l’isolement, qui appartient à l’arsenal des punitions, je peux vous dire que les conséquences pour l’enfant peuvent être pires qu’une simple fessée, telle que définie par le professeur Robert Lazerlere, c’est-à-dire administrée par un parent aimant, main ouverte, sans intention de faire mal. Quant à l’éducation positive, il s’agit d’une résurgence du behaviorisme dont on connaissait déjà les limites dans les années 50. Intéressante, mais limitée.

La fessée étant interdite, et la population s’y habituera, la prochaine étape est l’interdiction des réprimandes verbales, et déjà les associations qui ont œuvré pour l’interdiction de la fessée font campagne en ce sens. Toujours sans apporter de preuve scientifique irréfutable d’alternatives crédibles.

Par conséquent, nous aurons des parents sous pression, incapables de discipliner leurs enfants, livrés à la suspicion du voisinage sensibilisé à ces problématiques. Et nous aurons des enfants élevés dans le culte de leur toute-puissance qui une fois adultes, pour un grand nombre d’entre eux (pas tous), ne comprendront pas qu’on ne peut pas tout faire, qu’il existe des limites. Seront-ils employables ? Il suffit de voir combien l’autorité des enseignants a été sabotée, la profession dévalorisée, si bien qu’ils ne sont pas en condition d’exercer leur travail correctement et que les meilleurs dans leur discipline se tournent vers d’autres professions. Il y a aujourd’hui pénurie d’enseignants, la profession n’attire plus. Peut-être y aura-t-il pénurie de parents, la fonction n’attirant plus. C’est déjà le cas en Allemagne où 10 % des jeunes majeurs (ce nombre est donné de tête) n’ont pas envie de s’embêter à faire des enfants ; il y a trop de contraintes, c’est trop difficile.

La notion de droits de l’enfant selon l’UNICEF est de plus en plus mise en avant au détriment des prérogatives éducatives des parents, ce fut je crois dans les pays d’Europe du Nord que ces droits ont été défendus avec le plus de vigueur, devons-nous nous satisfaire de cette évolution ?  

Que l’enfant ait des droits et qu’il soit reconnu comme un individu distinct de ses parents, c’est assez récent et c’est une excellente chose. Comme il est salutaire qu’il puisse être protégé de parents maltraitants, et il en existe quand même un certain nombre.

De même, il faut rappeler que les parents ne donnent pas la vie, ils transmettent simplement le code génétique. Ils ne sont pas non plus propriétaires de leurs enfants et ne doivent pas attenter à leur intégrité psychique et physique.

Que les droits de l’enfant montent en puissance m’apparaît comme une bonne chose, et il est parfaitement naturel qu’à partir du moment où l’UNICEF leur reconnaît des droits, cela empiète sur les prérogatives des parents. Mais il ne faudrait pas dépasser un point d’équilibre, au risque de provoquer plus de maux que de remèdes.

Si vous avez pour problématique l’étude de l’enfant, des recherches «prouveront » tout naturellement que les parents constituent un frein au développement de l’enfant. Il ne faut donc pas donner une fessée à l’enfant, pas le vilipender verbalement, et même pas le punir. Et vous en viendrez même à penser que l’enfant peut peut-être évoluer plus favorablement hors de sa famille, dans un foyer par exemple, sous la responsabilité de personnes formées. Mais ce genre de « recherches » s’appuie sur la démarche analytique, comme si on analysait un poisson dans un aquarium, dans un milieu contrôlé aux interactions faibles. En revanche, si vous analysez un poisson dans son environnement naturel, les relations systémiques seront beaucoup plus complexes et vos recherches donneront d’autres résultats, le naturaliste Steinbeck l’avait déjà écrit. Voilà pourquoi les chercheurs dont l’objet d’étude est la famille (comme Lazerlere ou Baumrind par exemple) tirent des conclusions différentes des chercheurs qui étudient l’enfant (comme Gershoff par exemple).

Comme système, l’UNICEF a pour objectif de protéger l’enfant, et il remplit sa mission correctement. Il serait intéressant de savoir s’il existe l’équivalent pour la famille, et si les deux institutions échangent. Dans le cas contraire, on ne peut pas s’attendre à autre chose qu’une montée en puissance des droits de l’enfant et un affaiblissement des droits de la famille.

Si vous créez une institution gouvernementale ou supra-gouvernementale chargée de défendre la condition de la femme, et que vous n’en créez pas dont l’objectif est de défendre la condition de l’homme, vous en viendrez à démontrer que l’homme représente un danger pour la femme, et vous aboutirez à 30 % de célibataires parfaitement « heureuses » et des hommes qui n’osent plus partager un ascenseur avec une femme sous peine d’être accusés de harcèlement pour un sourire courtois.  

On ne peut pas étudier l’enfant sans étudier la famille. On ne peut pas défendre l’enfant sans défendre la famille, comme on ne peut défendre la femme sans défendre l’homme. Distinguer les catégories provoque des conflits. La pensée analytique est intéressante mais elle ne renseigne pas toute la vérité, il faut aussi (et pas à la place) penser systémiquement, y compris en matière de droit.

Or les droits de l’enfant s’appuient sur des travaux scientifiques de faible qualité et sur la psychanalyse, il y a donc tout lieu de s’inquiéter très fortement. 

Vous vous êtes intéressé d’assez près aux enfants enlevés par les États Suédois et Norvégiens. Vous parliez cependant d’un intérêt pour les démocraties sociales avancée d’Europe du Nord, pensez-vous que l’enlèvement d’enfants à leurs parents relève justement de la logique de démocratie sociale ?

Initialement, je ne me suis intéressé aux enfants enlevés par les États suédois et norvégiens que par hasard. Dans le cadre de mon activité libérale (que j’exerçais en plus de mon activité universitaire), je travaillais sur la construction autonome de la connaissance, il fallait donc que mes étudiants américains choisissent un sujet qui leur était assez étranger.

Quant à moi, c’est l’intervention d’un médecin généraliste très médiatique, grand pourfendeur de la fessée, qui m’a donné l’idée de construire des connaissances sur ce thème. Ce médecin avait en effet énoncé une horreur : donner des fessées ferait perdre des neurones. Comme je connaissais déjà les neurones, je savais que ce n’était pas vrai. J’ai donc écrit un premier article sur la question.

Puis suite à cet article, j’avais été contacté par des proches d’un français retenu prisonnier par l’État suédois parce que sa femme avait été accusée de maltraitance envers son enfant. J’ai donc poursuivi mon enquête.

Initialement, j’avais un préjugé très positif concernant les démocraties sociales nordiques, celui qui est diffusé par les médias. Ce que j’ai découvert, à travers principalement la lecture d’ouvrages scientifiques de qualité et d’articles de la presse institutionnelle, m’a conduit à réviser mon opinion.

La démocratie sociale s’appuie donc sur quelques fondements dont la promotion de l’égalité et la recherche de la perfection sociétale. A priori, on ne peut qu’applaudir. Sauf que, les mesures qui accompagnent cette promotion et cette quête tendent à l’uniformisation des populations et rend tout ce qui est différent déviant, s’appuie sur des instruments étatiques proactifs et des outils de contrôle de la population d’une force extraordinaire.

huxleLe totalitarisme soviétique (ou le monde d’Huxley) est bien aux portes de nos démocraties, ce qui est un paradoxe. Après tout, si les agents gouvernementaux font preuve d’une capacité de discernement extraordinaire et ont un très haut niveau de connaissance des sujets qu’ils ont à traiter, cela peut fonctionner.

Si l’enlèvement d’enfants à leurs parents relève bien de la logique de la démocratie sociale en raison de la supériorité d’un État « parfait » qui ne supporte pas les critiques et les modes de vie qui lui sont étrangers, il faut constater que l’enlèvement étatique d’enfants sévit dans des pays qui n’ont pas adopté cette philosophie politique, comme aux États-Unis ou au Royaume-Uni.

Vous dressez un profil du travailleur social en Europe du Nord, ils sont réputés être tellement qualifiés en France que les juges ne remettent que rarement leurs diagnostic éducatif en cause, sont-ils aussi géniaux du côté de Stockholm ?

Le profil du travailleur social en Europe du Nord n’est que le reflet fidèle des travaux universitaires et de l’expérience d’avocats et juges qui ont eu à travailler avec eux, ce n’est pas moi qui l’ai dressé. Les universitaires et hommes de lois les décrivent en effet comme des personnes sans beaucoup de discernement, qui suivent à la lettre des théories non prouvées, dont la formation est très faible et qui abusent de leur autorité. D’où les catastrophes que l’on connaît.

En France, pour avoir préparé des étudiants aux différents concours de travailleurs sociaux, je peux dire que le niveau est apparemment meilleur. Et pour connaître quelques travailleurs sociaux de la protection de l’enfance, je peux dire (mais ce n’est qu’un témoignage personnel sans portée générale possible) que ce sont de bonnes personnes qui font leur possible. Mais ils sont débordés, il n’y a pas assez de moyens.

Malgré tout, il n’y a pas de raison pour que certains travailleurs sociaux français n’imitent pas leurs collègues nordiques, abusent de leur autorité. Comme partout, il y a de bonnes personnes et d’autres qui le sont moins.

Dans le domaine de l’enfance priment les théories psychanalytiques et des travaux universitaires de faible qualité, relayés par la presse, qui ignore systématiquement des travaux qui viendraient contredire ceux dont ils font la promotion, et c’est normal, les journalistes n’ont ni le temps ni les moyens financiers suffisants de mener des enquêtes sérieuses. Le problème majeur est là. Les travailleurs sociaux sont des exécutants. Si dans leur formation, on leur enseigne que les parents sont coupables tant qu’ils n’ont pas prouvé qu’ils étaient innocents, qu’il faut se méfier d’eux, qu’une fessée peut faire perdre des neurones, engendrer de futurs parents maltraitants (etc.), comment voulez-vous qu’ils n’appliquent pas ce qu’ils ont appris ? Comment voulez-vous qu’ils aillent contester le magistère d’un titulaire d’un doctorat, la parole de leurs professeurs ?

Et en ce qui concerne les magistrats comme se fait-ils qu’ils entérinent désormais des placements à outrance, sont-ils neutres et impartiaux, attachés à l’intérêt de l’enfant ?

Si en Suède les personnes qui ont à juger du placement d’enfant sont dans l’immense majorité de simples citoyens d’âge très mur et appartenant à la bourgeoisie bien établie, qui ignorent le droit et les problématiques de l’enfance, en France, les magistrats sont des professionnels du droit, et lorsqu’ils sont spécialisés, cumulent une formation en adéquation avec leur spécialité.

Je ne doute aucunement de la qualité de leur formation juridique, de leur sincérité et volonté d’être impartial.

Mais comme avec les travailleurs sociaux, il peut en effet se poser la question de la formation aux problématiques de l’enfance. Il m’apparaîtrait assez étrange que leurs sources – psychanalytiques et travaux universitaires de faible qualité – soient si différents de ceux des travailleurs sociaux.

Comment voulez-vous prendre de bonnes décisions si vous ne connaissez pas les travaux de Diana Baumrind et les derniers travaux de Larzerlere (qui est un spécialiste de la famille mais aussi un spécialiste de la critique des études scientifiques) qui a très récemment démontré que les parents qui déclaraient ne pas employer la fessée en réalité l’employaient aussi, invalidant au passage toutes les études qui reposaient sur de simples témoignages. Comment pouvez-vous prendre de bonnes décisions si vous ne savez pas lire une étude scientifique, si vous ne savez pas comment on fait des recherches, si vous ne pouvez pas détecter les faiblesses de la recherche, si vous ne connaissez rien aux méthodes statistiques ?

Sources :  

https://humansciences.okstate.edu/hdfs/directory/robert-larzelere.html

https://www.acpeds.org/the-college-speaks/position-statements/parenting-issues/corporal-punishment-a-scientific-review-of-its-use-in-discipline/research-on-disciplinary-spanking-is-misleading

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23274727

L’avis de l’enfant et de la famille est-il pris en compte ou sont-ils de simples spectateurs de ce qui sera décidé pour eux ?

À partir du moment où vous avez des travaux scientifiques de faible qualité qui constituent une source unique sur laquelle se reposent tous ceux qui ont à traiter des problématiques de l’enfance, à partir du moment où l’on méconnaît les autres travaux, où l’on ne sait pas interpréter les méthodes statistiques, comment voulez-vous que les décisions rendues prennent en compte l’avis de l’enfant et de la famille ?

C’est le magistère de « l’expert » qui prime. Comme lorsqu’une dame va voir son médecin – « docteur, j’ai une douleur intense à cet endroit » -, elle fait des analyses –« mais chère madame, les analyses ont démontré que vous n’avez rien du tout, c’est psychosomatique, vous êtes stressée, prenez un ou deux calmants », et la femme meurt quelques mois plus tard.

Que peut-on dire de l’évolution des enfants placés en Europe du Nord  ?

Pour les familles, mais surtout pour les enfants, c’est terrible. Je vous livre ci-dessous un extrait de l’un de mes articles.

Ces dernières années, l’explosion du nombre d’enfants placés en famille d’accueil en Suède a même alerté l’UNICEF qui estime que le placement pourrait faire à l’enfant plus de mal que de bien, apprend-on dans cet article du fameux journal Thelocal.se qui traduit les articles et brèves des journaux et agences de presse scandinaves.

On apprendra ici qu’en Norvège, plus d’un enfant sur deux placé remplit les critères de diagnostic d’au moins une pathologie mentale. Ces enfants souffraient-ils d’une telle pathologie avant d’être placé, ou c’est le placement qui a provoqué cette pathologie ? Rien n’est dit. On peut cependant croire, au vu des pratiques de placement, et des raisons pour lesquelles l’enfant est placé, qu’il y a un peu des deux.

Mais cela n’est rien au regard de ce que vous allez lire, et la gravité des informations présentées ci-dessous exige de la sobriété. Je vais être très court parce qu’on tombe dans l’ignoble.

Au vingtième siècle, en Suède, 61 % des filles et 42 % des garçons placés en famille ou institution d’accueil ont été abusés sexuellement jusque dans les années 1990. Cette situation perdure encore aujourd’hui selon cet article

Dans cet article du site de la radio suédoise nationale (10) on apprend qu’en 2015, plusieurs enfants ont été maltraités, affamés ou violés par des familles d’accueil, dont certains membres avaient déjà fait de la prison ou étaient sous surveillance psychiatrique. Les autorités suédoises n’ont tout simplement pas vérifié à qui ils avaient confié les enfants. Inadmissible.

Et nous n’avons là que les cas qui ont été identifiés. Et je n’ai pas fait état de toutes les sources disponibles. Qu’apprendra-t-on dans 30 ans ? On apprendra aussi que 61 % des filles et 42 % des garçons placés aujourd’hui ont été abusés sexuellement ?

Et dire que tout cela est parti d’une loi anti-fessée, aux intentions généreuses.

N’étant absolument pas anti-suédois, j’essaie de rendre compte de la vérité scientifique, je tiens à ajouter que tout est loin d’être parfait dans les foyers d’accueil français. Mais la France a une culture du secret.

Le CEDIF parle d’un business social du placement, mais aussi d’un clientélisme politique du fait du recrutement de familles d’accueil issues de populations, et du pouvoir des syndicat de travailleurs sociaux poussant au développement des placements au nom des budgets et des postes. Ce constat est-il aussi valable en Europe du Nord ?   

Ici encore, vous trouverez un extrait de l’un de mes articles.

Les enfants enlevés à leurs parents, en Suède comme en Norvège, sont confiés à des familles d’accueil ou des institutions. Le marché est largement privatisé.

D’après un rapport tout à fait sérieux envoyé au Conseil de l’Europe (www.justice.gov.sk/SiteAssets/Lists/Aktuality/EditForm/sprava.pdf (1)) , les institutions et familles d’accueil percevaient jusqu’à 1200 euros par jour.

Un véritable business légal et très lucratif s’est développé en Norvège comme en Suède autour des enfants enlevés à leurs parents. Dans d’autres pays, on parlerait de trafic d’enfant. En Suède comme en Norvège, on préfère employer les termes de prévention et de protection. Au final, dans un cas comme dans l’autre, ce sont autant d’enfants qui ne reverront pas leurs parents alors que, nous l’avons vu dans l’article précédent, une étude scientifique on ne peut plus sérieuse a conclu que les enfants n’étaient en général pas enlevés à leurs parents pour cause de maltraitance.

En se basant sur l’édition du 29 mars 2015 d’un journal norvégien (an.no), le professeur Marianne Haslev Skanland  nous apprend qu’une mère accueillante gagne 100 000 euros (2) par an pour les 3 enfants dont elle a la charge. Et elle peut en plus cumuler un emploi.

Dans cet article de l’aftenposten, le principal journal norvégien (3) on apprend que 7 acteurs institutionnels ont réalisé un bénéfice avant impôt de près de 61 millions d’euros entre 2009 et 2013. On y trouve notamment deux acteurs intéressants : la famille Wallenberg, et la société Argan toutes deux basées à Londres. On apprendra aussi que de petits patrons sont devenus riches grâce aux foyers d’accueil. Une représentante syndicale a déclaré que l’argent gagné par les opérateurs privés aurait mieux profité aux enfants.

Certains d’entre vous pourraient penser que 61 millions d’euros de bénéfices avant impôt en 5 ans, ce n’est pas beaucoup. Si on compare le nombre de jeunes placés en 2009 (4) et en 2013 (5),on peut s’accorder sur 50 000 jeunes placés en 5 ans en Norvège. Par conséquent, si on se place dans la perspective que les 7 acteurs institutionnels mentionnés dans le journal (on ne compte donc pas tous les autres) ont réalisé 100 % du marché des enfants placés (alors qu’ils en sont très loin), chaque enfant aura rapporté en bénéfice net avant impôt de 244 € par an.

Ce n’est pas tout. Des connaissances basiques en comptabilité d’entreprise permettent de savoir qu’on peut légalement jouer sur les amortissements, et acheter des actifs afin de les faire passer en charges, donc diminuer les bénéfices avant impôt. Ces actifs constituent la richesse de l’entreprise.  Or, en matière de «protection» de l’enfant, ces institutions ont un besoin impérieux de locaux. Il me semble – il s’agit donc d’une hypothèse puisqu’il faudrait connaître les lois qui régissent le secteur immobilier en Norvège – que ces entreprises peuvent ainsi se construire un patrimoine immobilier considérable sur le dos des enfants. Quand on sait que le placement d’enfants est largement privatisé en Norvège (comme en Suède d’ailleurs), que ce pays a dépensé 1,25 milliards d’euros en 2014 et 55 millions de plus en 2015 (6) en services dédiés à la protection de l’enfance (qui ne concernent donc pas que le placement d’enfants), que les lois sont encore plus strictes, cela laisse rêveur.

Précisons toutefois que les pratiques budgétaires étatiques conduisent les agents à vouloir conserver leur budget pour l’année suivante, ce qui peut les conduire à occasionner des dépenses pas toujours utiles. Il n’existe pas de système économique, privé ou public, sans dysfonctionnement.

Mais que ce soit en Suède ou en Norvège, un business florissant s’est développé autour des familles et institution d’accueil, cela est incontestable.

Dans le cas de la Suède, on a même découvert que des dirigeants politiques qui jouissaient du pouvoir de placer des enfants en famille ou institution d’accueil en ont usé afin d’enrichir leurs proches. Et vu la grande liberté que laisse la loi dans le placement d’enfant, comme la composition pour le moins curieuse du comité qui prend les décisions en la matière, on comprend que ce phénomène puisse survenir. Aux pays des fjords et de la jantelove, contrairement à ce que l’on croit, les hommes politiques ne sont pas toujours plus honnêtes que les nôtres.

Nous vous remercions au nom du CEDIF pour ce témoignage très informé et tout à fait édifiant.

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 Lettre ouverte d’une « mauvaise victime » (extrait)

Une décision de justice  cautionnée ou politiquement prise par les sociaux-démocrates suédois ne peut être ni mauvaise ni immorale. L’établissement totalitaire se cache derrière les murs de lamentations de ses médiateurs « Ombudsman », et surtout depuis 1974 que le système judiciaire s’est incontestablement politisé et elle s’applique par une corruption collégiale. D’une certaine manière on peut considérer que ces manipulations sont devenues très fréquentes dans les sociétés dites démocratiques.

En dépit des conventions internationales, l’emprise de l’État suédois sur la vie privée des individus et sur celle des enfants en particulier, ou sur la régulation des naissances, se manifeste toujours en pratique de multiples manières.

Les différentes allocutions des services sociaux et de l’Ombudsman (proxène de la plèbe élu par le parlement) des enfants suédois sont très claires. Quand un individu obstiné refuse de rejoindre la collectivité, on lui fait calmement comprendre que : votre enfant nous appartient, vous allez perdre vos droits d’éducateur ou de géniteur, vos descendants sont déjà dans le nouveau camp.

Madame Bossom-Nordboe, alors chef départemental à la Direction des écoles, l’exprima :  » Il est inutile de construire l’individualité, parce que à moins que les gens n’apprennent à s’adapter à la société, ils seront malheureux. On ne met pas l’accent sur la liberté. À la place, nous parlons de la liberté d’abandonner la liberté. L’accent est mis sur la fonction sociale des enfants, et je ne nie pas que nous mettions en avant l’aspect collectif.  » Pour eux, l’individu est simplement engagé dans une histoire dont il ne peut être totalement indépendant. On entend, dans l’histoire du grand inquisiteur des frères Karamazov de Dostoïevski, clamer l’écho de D-503 [il s’agit d’un ingénieur social du futur, héros du roman antiutopiste « Nous autres » de Zamiatine de 1920] qui parle d’une vieille légende du paradis :  » Le bonheur sans liberté ou la liberté sans le bonheur « .

En se retranchant sur sa position d’observateur Madame Lena Nyberg, Médiateur (Ombudsman) des enfants suédois – un peu notre « défenseure des enfants » (note CEDIF) -, se restreint à présenter au gouvernement des propositions d’amendements de la législation suédoise et travaille pour que les autorités publiques, municipales et départementales fondent leur travail sur la Convention des droits de l´enfant. Le Médiateur des enfants n’exerce cependant aucune surveillance sur les autres autorités et la législation ne lui permet pas non plus d’intervenir dans des affaires particulières. Elle/Il vous recommandera de vous mettre en contact avec le Médiateur de la Justice (JO) qui est censé exercer une surveillance des autres autorités publiques. Ce dernier pourrait intervenir et s’occuper de l’affaire particulière si le dossier n’est pas prescrit par le temps (deux années). De fait et vu le nombre exessif des plaintes en appel le dossier du plaignant passera à la loterie.

Rappelons que le rôle de l’Ombudsman n’est pas d’assister le public mais de rapporter ses travaux en cours au gouvernement. Il est paradoxal que ce soit à cet ombudsman de donner son avis sur ce que devrait faire le parlement (alors qu’il y a des millions de citoyens électeurs pour cela) au lieu d’intervenir à titre d’amiable compositeur dans les litiges entre l’administration et ses usagers. Il est donc impardonnable de dire des sottises pareilles, car hors du champ des compétences de l’ombudsman.

Vestale du système, la/le Médiateur des enfants suit les effets et les résultats des hécatombees conjugales ou familiales tel un arbitre de touche en omettant volontairement de rapporter les causes de ces déchirements. C’est à dire il fait perdurer une forme de non assistance à l’enfant en danger, surtout aux dépens de la famille. Ces omissions ne sont pas sensées être pertinentes pour l’amélioration des relations sociales et interpersonnelles dans la société du meilleur État providence du monde (l’éducation, la psychologie de la motivation sont révélatrices de cette catégorie de manipulation). On qualifie d’ailleurs parfois de manipulatrices des personnes qui montrent simplement une inhabituelle aptitude à convaincre, sans avoir pour autant des objectifs malveillants ou égoïstes. Certains estiment que la démagogie politique est parfois une forme de manipulation mentale.

Pourtant les propos de Madame Bossom-Nordboe reflétaient les mesures déjà prises en 1936 par les nazis et les communistes pour embrigader la jeunesse. Tous les enseignants doivent être membres de la ligue des enseignants et les cours préparés par des pédagogues architectes sociaux, lesquels semblent avoir hérité tout du manifeste d’Alva Myrdal [écrivain suédoise et Prix Nobel de la paix en 1982], qui sur certains points formulait aussi d’une manière parfaitement explicite que la mise en place d’allocations familiales rendait indispensable l’augmentation des cas de stérilisation, et ce afin d’éviter que l’aide de l’Etat n’encourage des naissances contraires à l’intérêt de la collectivité.

Tous les mouvements  de la jeunesse engagés publiquement et politiquement qui ne sont pas reconnus par l’establishment, sont soit ignorés soit interdits ou violemment réprimés par la police.

Une décision d’un magistrat peut stipuler arbitrairement qu’un enfant devra être retiré de la garde de ses parents si ces derniers ne l’élèvent pas selon une certaine doctrine nationale bien pensante, soumise et obéissante. (…)

Schizophrène du vieil idéal socialiste la métapolitique des social démocrates se situe en dehors et prône au-dessus de la politique « politicienne », laquelle – aux yeux de ses promoteurs – est devenue théâtrale et ne constitue plus le lieu de la politique. Sa stratégie métapolitique vise à diffuser une conception du monde de sorte que les valeurs de cette dernière acquièrent dans l’histoire une portée et produisent un impact à long terme.

Cette stratégie est associée avec l’ambition de détenir le pouvoir, d' »être dans » le pouvoir. Se voulant polyvalente, la métapolitique social-démocrate est demi-sœur de celle de l’union de droite qui doit aussi s’adresser aux décideurs, aux médiateurs, aux diffuseurs de tous les courants de pensée, auxquels elle ne dévoile pas forcément l’ensemble de son discours. La métapolitique social démocrate diffuse aussi bien une sensibilité démagogue qu’une doctrine ; elle se fait culturelle ou idéologique selon les circonstances.

Parmi beaucoup d’autres, dans une affaire survenue entre la France et la Suède en 1995, un couple de suédois, qui avait en effet refusé d’accepter de se soumettre à une décision paraétatique illégale visant à obscurcir des « délits d’États » révélés, fut déchiré par un jugement arbitraire et par défaut accordant par trois lignes sommaires la garde unique au parent du genre féminin, lequel par son retour en Suède suite à diverse pressions et menaces, avait abdiqué devant les commanditaires de ses agresseurs. Le jugement des gardiens kapos « des droits de l’enfant » et de l’ordre établi donnait illégalement la garde unique et immédiate à la mère, arguant qu’elle était meilleure éducatrice que le père, ceci sans enquête préliminaire des services sociaux suédois et sans le moindre débat préliminaire et contradictoire. Le tout « pour le bien de l’enfant », lequel sinon risquait de devenir le fils non plus d’un adversaire mais d’un ennemi de l’establishment qui s’était révélé corroborant et criminel dans un conflit international de blanchiment de capitaux. Le « secret des rois » était bien gardé par des porte-glaives.

Conformément aux définitions retenues ci-dessus, différents types de manipulateurs politiques pourraient être distingués : ceux qui utilisent les autres, sans remords, dans le but d’entretenir un pouvoir narcissique, ou par malveillance pour cacher des escroqueries d’ordre commerciales. Ils peuvent s’appuyer sur le mensonge et/ou la séduction, voire sur la contrainte par les dénis d’une justice totalement politiquement contrôlée, la menace ou la force, ou encore en déstabilisant leurs victimes par la double contrainte de la manipulation psychique et l’ostracisme, devenu « exclusion » . Ces abus de pouvoirs sont un des outils pénalistes employés par l’établissement manipulateur et sous certaines formes une torture exercée d’une manière quasiment anonyme sur la victime isolée qui souvent est aussi l’enfant, l’héritier de ces conflits.

La « victime » souvent déjà fragilisée est susceptible de se sentir plus facilement coupable de quelque chose. Une « bonne victime » prend facilement sur elle la responsabilité du comportement du manipulateur et accepte les accusations en venant. Elle est sensible au jugement des autres ou essaye de nuire le moins possible souvent par sa résignation. Une « mauvaise victime » se bat pour ses convictions et ses droits dans une arène désertée par un public effrayé ou indifférent. On n’épargnera pas à la « mauvaise victime » de patauger durant des années dans l’inutile boue de procès en séparation de corps et des biens.

L’étatisation corps et âme de l’enfant soulève conséquemment une autre question, à savoir non plus celle, classique, de la légitimité d’un concubin (devenu exogène), mais bien celle de sa pertinence. Il ne manque plus que de rétablir, comme en Allemagne en 1935, les « dix commandements », lesquels alors visaient la pureté corporelle et l’hygiène de la race, et les renforcer à l’aide de critères plus performants, tel la salubrité (mentale, politique et spirituelle) du choix d’un mari ou d’une épouse.

Les exemples des déchirements de couples sont légion en Suède, où les divorces depuis le début des années 1990 sont de l’ordre de 55 000 par ans. Cette statistique, étendue sur une génération, représente 1 375 000 de futurs travailleurs dociles, lesquels vont se reconnaitre mutuellement dans l’État providence patriarcal et seront collectivement persuadés en être les piliers souverains. L’établissement suédois, qui n’est pas défenseur des vertus du nucléus familial, en tirera bien, au travers de sa « démocrature », tous les avantages.

Le folkbokföring (la population), recenseur pénaliste des individus, prédomine politiquement la filiation maternelle ce qui coïncide avec la forme communiste et la forme collectiviste de la propriété des corps et des âmes qui cependant peuvent sembler continuer à subsister alors même que la filiation maternelle remplace de plus en plus la filiation paternelle au nom de l’égalité des sexes, bien sûr.

La femme dans les tribus sauvages appartenait théoriquement à un nombre illimité de maris bien que pratiquement, en se mettant sous la protection des sorciers et des chefs, elle savait limiter ce nombre. Au fil du temps profitant de circonstances diverses, elle réduisait ce nombre enfin à un seul mari qu’elle, de nos jours, renouvelle souvent.

La filiation par la mère donnait à la femme dans la tribu matriarcale une position élevée, parfois supérieure à celle de l’homme, elle la perdit dès que la filiation se fit par le père.

Le passage de la filiation par la mère à celle par le père, qui dépouillait la femme de ses biens et de ses prérogatives consacrées par le temps, les usages et la religion, ne s’est pas toujours effectués à l’amiable : son histoire est écrite en lettres de sang dans une légende de la Grèce, que ses plus grands poètes dramatiques ont tour à tour transportée sur la scène.

L' »infantilisation » sociale, résultat direct de l’éducation d’État dans les institutions sociales, publiques, et familiales, est la condition nécessaire de la consommation marchande tant des biens que des relations humaines. Elle prépare aussi au règne même du travail qui la détermine. Cette infantilisation n’est d’ailleurs pas seulement réduction à l’état d’enfance, elle est surtout refus de l’enfance et de sa potentialité créative. La permanence de cette infantilisation chez les individus se traduit d’ailleurs par les diverses formes du refus de l’enfance. Physique d’abord par le refus « conscient » de procréer, psychique ensuite par la réduction de l’enfant à un objet propre à être valorisé ou à subir l’oppression. (…)

Déçus par les États sacralisés, plusieurs intellectuels suédois engagés sont devenus critiques par leurs dystopies [contre-utopie] qui décrivaient que l’évolution intellectuelle et morale montrait que ce qui est vaincu et honni c’était l’idéalisme au lendemain des époques ou les utopies avaient foisonnées, trouverons refuge dans le suicide tels : Karin Boye en 1941, Stig Dagerman en 1954, Wilhem Moberg en 1973, Harry Martinson en 1978 et beaucoup d’autres. Il est particulièrement malsain d’être dissident intellectuel de l’establishment en Suède dans l’après guerre quand le réalisme triomphe en tout domaine, infiltration puis la domination brutale par cet esprit nouveau dans la vie – la philosophie, le théâtre, le roman, la poésie, la peinture ou la musique, où qui s’exprime dans la violence des polémiques. Renard concluait que le progrès scientifique paraissait avoir eu pour pendant le fléchissement des mœurs et du caractère.

Si la mortalité infantile à la naissance est de nos jours en Suède la plus basse du monde, les suicides déjà élevés parmi les adolescents suédois commencent à grimper en flèche depuis les années 1980 pour des raisons variables mais souvent socio-économiques telles que l’alcoolisme des parents et la dissolution des familles. Cette théorie demeure pourtant très controversée par la profession médicale suédoise, qui cherche le remède en accroissant le contrôle et l’intervention obstétriques plutôt que par l’intervention effective de l’assistance sociale comme le préconisent d’autres scientifiques qui mettent à jour la statistique trop discrète des suicides parmi les enfants (environ 2000 tentatives par an et 5 % d’accomplissement en 2003).

En 2001, 1552 personnes, adultes et enfants, meurent par suicides contre 519 par accidents routiers. La statistique augmente sauf dans celle du « SocialStyrelse » [bien-être social] qui elle n’enregistre que 1130 suicides certains et 255 incertains en l’an 2000. Par ses propres statistiques communiquées à l’organisation internationale WHO [OMS], la Suède se place elle même modestement à la dixième place des taux de suicides dans les pays nordiques et baltes tout en prétextant perfidement une augmentation des suicides parmi ses immigrés.

Les enfants n’étant pas considérés comme des sujets juridiques, sont alors sanctionnés par des conventions sur lesquelles ils ne peuvent s’exprimer et qu’ils doivent pourtant subir. Ces conventions sont héritées uniquement et écrites par des adultes qui ne prennent pas suffisamment en compte les besoins, les désirs et les opinions des enfants dans leur avenir universel. Pour cela il aurait fallut que les juristes d’esprit universel et vifs stipulent dans leurs articles des droits préventifs donnant à l’enfant, devenu majeur, le droit à postériori de mettre au banc le ou les responsable(s) de la violation des ces fameux droits universels. Là encore la patrimonialité des grands sénateurs du droit international s’en est bien gardé.

Jean-Raoul de Marcenac – l’auteur de l’article vit en Suède depuis 1975.  Diplômé en médecine il exerce aussi le métier de journaliste lequel il a pratiqué  en Liban, en Irak, en Afghanistan, en Tchad, en Salvador ou en Pologne. Parlant sept langues il est entre autres Consul adjoint au Consulat général du Cameroun. Père de trois enfants, il est objet d’ostracisme depuis qu’il a révélé les méthodes employées par l’establishment suédois pour épuiser les fonds publics.

Vous pouvez signer la pétition « Return Dominic Johansson to His Parents! » à l’adresse suivante : http://www.thepetitionsite.com/1/return-dominic-johansson-to-his-parents/

 Extrait de  » Lettre ouverte d’une « mauvaise victime » « 

Parvenir à une position commune en forgeant une décision collective, tel est sans doute le réflexe professionnel, social et politique qui imprègne la vie suédoise. Ce réflexe, qui se prétend vieux de plusieurs siècles, se dit remontant aux premières heures d’une vie communautaire des villages suédois. Belle histoire…

Écouter la minorité, c’est être efficace, car la majorité des suédois considère qu’imposer une décision à une minorité, c’est prendre le risque de voir cette minorité la rejeter plus tard et susciter des conflits encore plus difficiles à résoudre.

En vérité il convient d’approfondir les connaissances de la genèse du modèle suédois sous lequel se cache un ersatz du christianisme : un totalitarisme intolérant. La Chrétienté épousée par l’Empire Romain était devenue totalitaire et exterminatrice car n’ayant pas développé la notion de l’absence de Dieu ici-bas. En Suède la doctrine de l’État s’est attachée à Jéhovah autant qu’au Christ et a conçu sa providence sociale à la manière de l’ancien testament.

Lapons et autres minorités comme celle des gens du voyage appelés « Tattare » (gens du voyage), n’étaient pas vraiment respectés par le premier chef d’État social-démocrate, Hjalmar Branting, qui fut un des créateurs du premier institut de biologie raciale de l’Université d’Uppsala crée en 1922. (Il est important de rappeler que la motion qui fut inscrite par le social-démocrate Wilhem Björk avait reçu le support du représentant de la droite Arvid Lindman tout autant que celui du centre représenté lors par Nils Wohlin et des libéraux Jakob Pettersson, Raoul Hamilton et Knut Kjelberg etc).

Autres noms parmi ceux d’intellectuels des plus connus de Suède, ceux d’Ellen Key, de Selma Lagerlöf (prix Nobel 1909), de Verner von Heidenstam (prix Nobel 1916) et du peintre suédois Anders Zorn, apportaient leur caution à une politique de la préservation hygiénique de la race, promulguée un peu plus tard  en Suède par le couple Gunnar et Alva Myrdal. (Gunnar Myrdal fut lauréat au prix Nobel en sciences économiques en 1974 et Alva Myrdal reçut le prix Nobel de la paix en 1982). À la tête de l’institut trônait Svante Arrhenius, honoré lui aussi, du prix Nobel de chimie en 1903.

Aujourd’hui l’individu n’existe que dans l’horizon de la définition non plus d’un peuple mais d’une communauté, ceci en n’accordant plus autant d’importance à la « race » mais corollairement plutôt à la reconnaissance du droit à la nationalité communautaire, à partir de laquelle se posent tous les problèmes politiques.

Entraînée dans les sillons réformés d’un passé mythique de type germano-nordique et prussien, la philosophie de l’authenticité, en Suède comme aujourd’hui en Europe, ne fait que creuser (en le cachant), le fossé traditionnel existant entre une sphère dite du salut de l’esprit et des vertus privée, et celle de la sphère se disant publique, véritable porte parole du réel pouvoir dirigeant qui lui reste discret sur son balcon élyséen.

L’intolérance de l’etablissement démocrate suédois refuse de constater que chacun, dans une communauté nouvellement fédérée de type social-démocrate, est impérativement assujetti. Tout comme le communisme s’est métamorphosé en fascisme, la social-démocratie s’est métamorphosée en « démocrature » inspirée des idées du fédéraliste américain John Adams, grand architecte de la guerre de sécession, qui affirmait que  » l’idée que le peuple est le meilleur gardien de sa liberté n’est pas vraie. Il est le pire envisageable, il n’est pas un gardien du tout. Il ne peut ni agir, ni penser, ni vouloir « .

Il est pourtant un fait reconnu depuis les plus anciennes républiques, que l’abus et l’excès (de démocratie) altèrent la liberté et les proclamations d’Adams ne font que confirmer que la démocratie fédéralisée n’est que le prétexte légitimateur de l’institution souveraine et oppressive de « l’élite politique ». Cette « élite » dont l’instrument dérivé de l’expérience française de 1789 à 1815 qui fut l’un des  premiers mouvements synarchistes [le pouvoir subordonné à l’autorité d’une société politique secrète] responsable des schismes politiques européens postérieurs  aux deux dernières guerres mondiales, dont les coups, portés tantôt du poing droit, tantôt du poing gauche, vinrent frapper simultanément des deux côtés opposés les victimes d’en bas.

On peut se demander quels ont été, entre ces deux grandes dernières guerres, les clubs et les lieux de rencontre occultes des grands architectes de l’Europe sociale, qui ont philosophé en rond – depuis le siècle des lumières et après la révolution française, comme les :  Adolf Schicklgruber alias Hitler inspiré lui-même par les  idées eugénistes de l’américain Madison Grant ; Alfred Rosenberg « théoricien du nazisme » ; Martin Heidegger qui est comme son ami intime Eugen Fischer, lequel fut  en effet l’un des principaux organisateurs de l’euthanasie des malades mentaux sous Hitler et qui ne cessera d’être en accord avec le reste de la hiérarchie nazie.

Ce que visait Heidegger, tout comme Fischer à un niveau plus général, c’était l »’hygiène raciale » et la germanisation de l’Europe, comme il le dit très clairement dans l’un de ses textes. Il est toujours très étonnant de constater que, dans les grands mouvements qui ont déchiré l’Europe et la Russie depuis le début du XXème siècle, ce sont de petits hommes et femmes paradoxaux qui ayant lut et défiguré l’œuvre de Nietzsche ont un peu trop rapidement, dans un but tout autre que celui de l’idéologie qu’ils propageaient, distribué le poison intellectuel dans l’esprit des masses et développé le culte de la mort dans une Europe sur-militarisée.

L’impératif du moment, en 1931, pour ces philosophes et sociologues auto-déclarés, était précisément de saisir la dimension politique qui consiste à construire l’homme « nouveau » (bête blonde) en fonction de son peuple d’appartenance (traits distinctifs), d’où l’importance de la nationalité (Volkstum). De ce dernier on retiendra le préfixe néo-allemand (neudeutsch) que viendra épouser le « Folkhemmet » [le foyer national] de Tage Erlander, le « land fader » (le père de la nation) suédoise. L’individu suédois n’a pas été particulièrement éclairé pour trouver sa place et ses responsabilités en différenciant l’esprit communautaire de celui de liberté dans la société civile.

Dans l’eugénisme scandinave déclaré « volontaire », l’institut développera ses expériences sociales pour le  » bien être du foyer national  » (« Folkhemmet ») qui seront mis en œuvre par les architectes de l’hygiène de la race suédoise Gunnar et Alva Myrdal et qui seront appliquées sur plus de 100 000 sujets (dont 65 000 d’entre eux seront stérilisés). Tout cela bien sûr au nom du parlementarisme, lequel une fois de plus s’avérait n’être qu’une forme de démocratie néo-élitiste, bourgeoise et, oh combien, déjà vue « volksgemeinschaft » [communauté nationale]. Pourtant rien de nouveau depuis Aristote qui déclarait  » Passons au problème des enfants qui, à leur naissance, doivent être ou bien exposés (= sacrifiés) ou bien élevés : qu’une loi défende d’élever un enfant difforme. Mais, dans les cas d’accroissement excessif des naissances (comme le niveau des mœurs s’oppose à l’exposition de tout nouveau-né), une limite numérique doit dès lors être fixée à la procréation, et si des couples deviennent féconds au-delà de la limite légale, l’avortement sera pratiqué avant que vie et sensibilité surviennent dans l’embryon « .

Le Darwinisme interprété par son contemporain Francis Galton [le fondateur de l’eugénisme, de la méthode d’identification des individus par empreintes digitales et de la psychologie différentielle] ne développera pas lui non plus un progrès empathique pour les faibles :  » Nous devons par conséquent supporter les effets indubitablement mauvais de la survie des plus faibles et de la propagation de leur nature ; mais il apparaît ici qu’il y a au moins un frein à cette action régulière, à savoir que les membres faibles et inférieurs de la société ne se marient pas aussi librement que les sains ; et ce frein pourrait être indéfiniment renforcé par l’abstention du mariage des faibles de corps et d’esprit, bien que cela soit plus à espérer qu’à attendre. « . Pensées intolérantes et très proches du système rural suédois, le model de nos jours. 

Un autre prix Nobel de médecine était décerné en 1962 à Sir Francis Harry Compton Crick pour sa participation à la découverte de la structure moléculaire de L’ADN. Ce même chercheur déclarait publiquement :  » Aucun enfant nouveau-né ne devrait être reconnu humain avant d’avoir passé un certain nombre de tests portant sur sa dotation génétique. S’il ne réussit pas ces tests, il perd son droit à la vie. « . Il ne manque plus à la liste des candidats que le Docteur Josef Mengele.

Il convient de rappeler le savant gravement handicapé moteur Stephen Hawking [physicien théoricien et cosmologiste – travaux sur gravité quantique et trous noirs] qui déclarait :  » Il n’y a pas eu de changement significatif dans le génome humain au cours des dix mille dernières années. Mais il sera sans doute complètement remodelé dans le prochain millénaire. Bien sûr, beaucoup de gens diront que l’ingénierie génétique sur des êtres humains devrait être interdite. Mais j’ai quelques doutes sur la possibilité d’y parvenir. L’ingénierie génétique sur les plantes et les animaux sera autorisée pour des raisons économiques et quelqu’un essaiera de l’appliquer aux hommes. À moins d’avoir un ordre mondial totalitaire, quelqu’un forgera des humains « améliorés » quelque part. « . (…)

Impossible de comprendre l’adhésion à l’État providence sacralisé sans prendre en considération la pérennité de la pensée luthérienne dans les réflexes culturels suédois. La religion de Martin Luther a d’abord été un puissant facteur d’homogénéité religieuse, ethnique et sociale, qui a perduré jusqu’à la fin du XXème siècle. Au delà des caricatures, la tradition luthérienne a produit en Suède une forte culture du travail qui bannit l’oisiveté, une culture de l’austérité et de la discrétion dans les rapports à l’argent, un culte de la simplicité dans la consommation privée, une culture du sérieux et de la gravité enfin dans le traitement des affaires de la communauté. Ces habitudes culturelles, qui se sont sédimentées depuis près de cinq siècles et sans rupture parmi l’immense majorité des habitants de la Suède, laissent encore des traces profondes dans les comportements politiques et sociaux d’aujourd’hui.

L’élite sociale-démocrate (nouvelle caste de la Suède) a su accueillir ce triple héritage, devenu une véritable synarchie d’une civilisation moderne prise en proie des désordres culturels, devenue socle de l’idéal vertueux supportant l’État providence sorti des ténèbres. Cette monarchie centralisée mue dans le rôle dirigeant du Parti et la participation politique ancienne du peuple mue dans le grand mouvement populaire marxiste du travail « libérateur » et dans la tradition luthérienne. En 1996 on pouvait observer sur les transports en communs de Suède le slogan marxiste cyniquement affiché en lettres rouges par le principal syndicat des travailleurs : « Frihet är att ha ett arbete » – « La liberté c’est avoir un travail ». Les directives unilatérales et verticales du « contrat social » élaboré dans les esprits dès le plus jeune âge des crèches étaient rappelées et dicté en grosse lettres rouges.

Les sociaux-démocrates n’ont, eux non plus, jamais bien sûr développé aucun rêve d’appropriation collective des moyens de production. Un accord explicite entre les syndicats, le grand patronat et le parti social-démocrate, reste aussi le socle du système. Ce mécanisme formalisé, d’abord en 1906 puis en 1938 (à la conférence de Saltsjöbaden), vise depuis lors à éviter les conflits sociaux, lesquels sont par tous, notamment par les syndicats, considérés comme nuisibles à la prospérité suédoise.

Nonobstant les grands principes de la propagande internationale du parti, les sociaux-démocrates suédois placèrent l’union politique avec la bourgeoisie de « leur » nation au-dessus de l’unité complète avec les prolétaires de toutes les autres nations et agirent contre l’intérêt du socialisme et contre l’intérêt de la démocratie.

Infidèles au psaume international des travailleurs chanté depuis ces jours, les ouvriers suédois, grands producteurs d’aciers et devenus exportateurs « d’armes défensives dites bonnes armes », ont bénéficié du carnage de leurs frères européens, asiatiques et autres. La conscience dans la politique de neutralité suivie depuis plus de deux siècles par la Suède est autant éparpillée que les effets d’une bombe à fragmentation. La devise bien connue dans chaque famille suédoise depuis 1914 est pragmatiquement rappelée et murmurée :- « Den enas död är den andras bröd » – « La mort de l’un est le pain de l’autre ».

Le mythe des sociaux-démocrates vertueux, bâtisseurs de l’État providence, est aussi battu en brèche par les révélations historiques controversées qui se sont révélées au cours des dix dernières années, entre autres au sujet des lois de stérilisation des déviants. Ces textes votés à l’unanimité dans les années 1920, et donc avec le soutien des sociaux-démocrates, organisaient la stérilisation forcée de certains déviants sociaux ou de minorités qui pouvaient ralentir la construction de l’État providence. Bien qu’appliquées surtout avant la deuxième guerre mondiale, ces lois ne seront pourtant abrogées qu’en 1976 après que l’anticonceptionnelle pilule fut inventée en 1955 et commencé à être diffusé dans les années soixante dans toute l’Europe. Ce progrès scientifique permettait un contrôle des naissances physiquement moins dramatique. La reconnaissance partielle de ces excès et une certaine forme de repentance dans ces domaines ont tout de même laissé le sentiment assez profond que l’Etat providence des sociaux-démocrates a été bâti à la serpe et que le totalitarisme doux n’a pas toujours été doux pour tous.

Cela rappelle aussi la philosophie héritée et exprimée par l‘ex maitresse de Martin Heidegger, Hanna Arendt, qui apostrophait équivoquement (un peu tard dans sa nouvelle carrière de philologue américaine) que le totalitarisme est un résultat du déclin des classes et des États-Nations qui n’est pas un regroupement politique ou de groupe social mais une orientation pathologique de l’égo. Les assujettis volontaires au totalitarisme ne se sentent plus concernés par leur bien être mental ou par la survie de leur genre pas plus que de leur propre entité. Ce qu’ils veulent surtout éviter c’est d’être confrontés à leurs anxiétés vis à vis de la solitude ou de l’expérience de ne plus être attachés au monde collectif et communautaire. Pour éviter cela ils communieront au calice de n’importe quelle organisation ou secte qui viendra permanemment éteindre leur identité individuelle avec l’insistance d’une absolue et inconditionnelle loyauté (surtout fiscale). Ce cercle de fer et d’étoiles des nations communautaires sera la sécurité providentielle des assujettis qui viendra renforcer leur sens d’appartenance à la structure de cette société.

Pour parodier créativement Hannah Arendt, on peut poser cette nouvelle définition de l’hyper-politisme ou plutôt de l’hyper-étatisme contemporain :  » La raison d’être de l’hyper-étatisme contemporain des grandes fédérations occidentales est l’asservissement cognitif définitif des citoyens, et son champ d’expérience est la déshumanisation avancée de la société « . Après cela, on ne peut plus se demander naïvement où et quand va s’installer définitivement cette citoyenneté psychotique de type méta-patriotique, néo-fédéraliste et toujours hyper guerrière.

Ainsi, nous savons que, depuis quelques millénaires et jusqu’à nos jours, l’histoire de l’(in)humanité s’est systématiquement confondue avec l’histoire de la guerre, mais avec ce nouveau type de guerre nous assistons là, réellement, au début de la fin de la civilisation car l’identité symbolique du peuple avec ses humeurs et ses affects commence – pour la première fois dans l’histoire de l’humanité – à être usinée massivement et mondialement par ces nouvelles techniques de dépersonnalisation de masse orchestrées essentiellement par les deux grandes fédérations césaristes américaine et européenne.

Poussant la doctrine pessimisme de Schopenhauer jusqu’au bout, on en vient jusqu’à faire de l’ennui le principe de la sociabilité. C’est cette peur de la solitude entretenue depuis la crèche jusque dans les curies des temples (mobbning), de se retrouver seul avec soi-même qui amène l’individu à aller vers autrui. Mieux vaut-il se retrouver avec l’autre, peu importe qui pour nous distraire et nous empêcher d’être face à nous-mêmes. Le collectivisme communautaire inculque que le pire ennui que l’on puisse rencontrer, le moins endurable, c’est nous-mêmes et que être seul avec soi n’est pas sensé être fort de son intégrité mais devenir un supplice.

Pourtant les individus ont toujours la tendance de vouloir s’évader de cette réalité collective par tous les moyens, si stupides ou si insignifiants soient-ils. La panoplie des moyens d’évasion est contrôlée par l’État : Loteries, alcool, sport. Combien ne peuvent traverser la vie que soutenus par l’alcool, le Prozac, par les anxiolytiques qui font la fortune de la compagnie pharmaceutique monopolisée par l’État providence.

Si l’on prend le mot au sérieux, qu’est-ce que peut bien valoir la qualité d’une vie ? Une prison, si l’idéal est de s’en évader par tous les moyens disponibles.

Pour cela l’établissement patrimonaliste garde aussi le control de l’aliénation à travers des journaux à potins qui sont des mines de jouissances où, dans son fauteuil, il est possible de prendre conscience des bonheurs, malheurs, déboires des vedettes locales ou mondiales, retenir l’enchaînement de leurs divorces, la qualité des reformatages faciaux ou fessiaux subis ou constater en graphique l’évolution de leur poids. Durant ce temps là c’est comme si on n’avait pas à vivre.

L’indifférence de ces occidentaux aliénés qui se réfugient dans l’ignorance collectivement légitimée par le simple raz le bol est navrant. La paresse intellectuelle qui conduit à s’asseoir passivement sur des dogmes, à les prendre pour vrais sans y avoir réfléchi par soi-même, voir à les adorer et de s’identifier de manière religieuse dans les auteurs populaires et anonymes de ces dogmes dits de bon sens populaire sans les remettre en question est la plus dangereuse des attitudes.

La plus grande menace actuelle, c’est que les suédois pensent de moins en moins par eux-mêmes (par manque de temps ou par paresse) et qu’ils sont donc de moins en moins libres. Quand ils ne s’adonnent pas aux thérapies du bordel de la luxure ou de l’alcool, ces ogres obèses protégés par leur ventripotence vont soulager leurs cœurs atrophiés dans les temples ou sur les canapés des psys. Il est effarant de constater que l’un de ces dogmes les plus répandus en Suède exprime toujours laconiquement : « La mort des uns est le pain des autres ». De quoi est fait le pain quotidien dans le creuset de la Suède depuis le moyen âge, est un autre sujet.

Ne plus réagir et ne plus dénoncer est se faire complice, par corruption passive, des princes de la boue noire, du fer et de la guerre qui alimentent et entretiennent notre corruption existentielle. Complicité autant passive avec les nouvelles croisades menées par les illuminés qui gèrent notre empire judéo-chrétien et qui pratiquent à outrance le génocide contre toutes formes de réactions groupées provenant des pays pauvres ou marginalisés.

L’horreur ensuite est blanchie par la double morale persistante des organisations internationales qui veulent donner justice aux posthumes en créant des tribunaux de droits universels qui jugeront peut être publiquement certains vaincus.

De même que l’argent sale se blanchit dans le maelström scandinave, en Suisse ou aux Iles Cayman on veut aussi blanchir les atrocités des génocides à la Haye ou dans les caves du Vatican qui lui seul se réserve le suprême pouvoir de l’absolution et de la purification de l’argent. Les crimes sont purifiés au travers de l’amendement de l’obole et surtout par le temps qui calcifie toutes les histoires sans oublier les prix Nobel et autres médailles nobiliaires. « In hoc signo vinces » – « Dans ce signe, vous serez victorieux ». (…)

Les nouveaux totalitarismes, qui jouent sur la persuasion et la manipulation, deviennent plus efficaces que les anciens, lesquels reposaient surtout sur la force. L’observateur n’est pas étonné que la réaction paradoxale d’abnégation et de soumission de l’individu traumatiquement exposé à une situation d’oppression collective, soit ironiquement appelée « le syndrome de Stockholm ».

Pourtant rien de plus faible que le totalitaire pénaliste, si l’on considère que, pour s’établir, il a dû tout détruire : faire la solitude en détruisant la famille et l’appeler la paix. Il a dû détruire toutes les conquêtes de la civilisation, non pas seulement les conquêtes socialistes, mais aussi celles des glorieuses révolutions bourgeoises. De peur qu’ils ne racontent aux voisins ce qui se passe réellement chez lui, il punit ses dissidents expatriés de la peine d’ostracisme. Il neutralise le Parlement en obligeant ses représentants à voter en harmonie avec le ou les partis (malheur à celui ou celle qui vote en dehors de la collectivité, il/elle sera considéré comme sauvage). Il élit lui-même les électeurs ! Il n’a pas à abolir la Constitution, elle n’existe pas en Suède ! Il fait des magistrats ses esclaves politiques, il négocie la liberté de la presse, celle qui garantit toutes les autres. C’est-à-dire qu’il a instauré le plus abominable des esclavages, celui de l’âme et de l’esprit.

Travesti des grandes conventions chimériques internationales, l’état totalitaire statue sa vision exclusive des droits de l’enfant – son capital saturnien le plus chéri ! Il tremble donc devant toute discussion, il avoue ainsi son impuissance, il sait que toute discussion le tuerait. Il doit mouler le cerveau des enfants dans son creuset du collectivisme et les laisser être infectés dans le privé par des jeux de violence et d’apprentissage de la criminalité. Par la pratique de la terreur silencieuse, il fait des institutions la plus grande école d’hypocrisie qu’on n’ait jamais connue : ce sera le plus affreux de ses crimes, celui dont les conséquences seront les plus difficiles à effacer.

Jean-Raoul de Marcenac – l’auteur de l’article vit en Suède depuis 1975.  Diplômé en médecine il exerce aussi le métier de journaliste lequel il a pratiqué  en Liban, en Irak, en Afghanistan, en Tchad, en Salvador ou en Pologne. Parlant sept langues il est entre autres Consul adjoint au Consulat général du Cameroun. Père de trois enfants, il est objet d’ostracisme depuis qu’il a révélé les méthodes employées par l’establishment suédois pour épuiser les fonds publics.