La très encombrante affaire de « l’école en bateau »

Une conception soixante-huitarde de l’enfance

Les pires théories gauchistes soixante-huitarde en matière d’éducation et d’enfance ressurgissent actuellement en France. Pour qu’une telle accusation n’en reste pas au niveau des mots, il faut savoir de quoi l’on parle.

Alors parlons un peu d’un projet d’éducation alternative répondant au nom poétique de « l’école en bateau ». Nous sommes en 1969 et Leonid Kameneff, psychothérapeute comme on en connaît aujourd’hui encore à la pelle entre statues de Bouddha et portraits de Guevara, lance son projet pédagogique. Il s’agit de créer un lieu de vie sans murs si ce n’est l’immensité des océans. Une école pour des jeunes de 9 à 16 ans. Avec son équipage soigneusement choisi selon ses critères, il va pouvoir embarquer des enfants et des adolescents pour des voyages au long cours. Pas de problèmes du côté de l’éducation nationale, puisque « l’école en bateau » devient une presque institution, connue et reconnue qui ne mettra la clé sous la porte qu’en 2002.

Le site consacré à l’école en bateau développe le paradigme de cette pédagogie « anti-autoritaire et égalitaire » partagée aussi dans certains lieux de vie soixante-huitards. L’enfant y est considéré comme un « être complet », « acteur de son éducation ». Voila qui parait bel et bien et qui implique, une responsabilité et une capacité de choix de l’enfant, la construction d’une société coopérative alternative d’enfants fondée sur la démocratie et l’expérimentation.

La liberté n’existe pas sans l’apprentissage de la responsabilité

Seulement voila, on n’ apprend pas à devenir responsable et à se protéger entre les mains d’adultes considérant les relations majeurs-mineurs comme relevant de libre choix exercés par les uns et les autres. Sur les trois bateaux de l’école, la nudité pourra donc être encouragée et les relations sexuelles non proscrites autour de séances de masturbation collective et de massages qui finissent mal.

Rappelons une vérité d’évidence : l’enfant a besoin pour se construire de la protection de sa famille avec tous les interdits que cela peut supposer, n’en déplaise à ceux qui entendant exercer une emprise sans entrave en prétextant la liberté de choix de sa victime.

Le pédagogue ne doit pas être un gourou ou un violeur, il n’a pas tous les droits sur des victimes qu’il prétend consentantes.

Au milieu de l’océan nul ne t’entend

Pendant toutes ces années, dans l’école sans murs, en plein milieu de l’océan, les enfants pouvaient crier, pleurer, appeler à l’aide, nul ne les entendait. Il était toujours possible ensuite de les « psychothérapeutiser » pour leur expliquer qu’il ne s’agissait que de jeux sexuels comme le dira Kameneff devant la cour d’assises de Paris en mars 2013, n’avouant au pire que des gestes répréhensibles et s’indignant que « des choses qui paraissaient normales à l’époque, éducatives, sont regardées aujourd’hui avec suspicion … »

Interrogé par le juge Laurent quant à son attirance physique pour les enfants, Kameneff, psychothérapeute pour enfants, répond par de glaçantes généralités en considérant l’existence d’une attirance entre parents et enfants dont les limites seraient difficiles à fixer !

Cette attirance Kameneff la qualifie de tendresse et d’affection réciproque, considérant que ce même sentiment peut aller un peu plus loin, mais que pour lui c’était seulement de l’affection. Ainsi pour Kameneff de tels penchants seraient tout à fait naturels, il n’appelle pas cela de la pédophilie car selon sa définition le pédophile « se fiche de l’enfant », ne nourrit aucune affection ou sentiment amoureux. Alors que lui exprime son intérêt pour l’enfant par des jeux que l’on peut qualifier d’atteintes sexuelles sur mineurs, mais qui relèvent pour Kameneff d’affection !

En émettant une telle conviction, on comprend mieux que pour les post-soixante-huitards toute critique de ce qui n’est rien d’autre que de la pédocriminalité ne peut être proférée que par des psychorigides.

Sur la terre ferme, nul n’entend davantage les victimes

Difficile de croire qu’il aura fallu attendre plus de vingt ans de pratique « affectueuses » pour comprendre le programme pédagogique de Kameneff qui ne semblait pas avoir posé de problèmes en 1969.

Dans un tel contexte il en aura fallu du courage aux onze victimes aujourd’hui âgées de 34 à 47 ans, qui ont osé demander jusqu’au bout justice des viols et agressions sexuelles subies lors des voyages pédagogique de « l’école en bateau ».

La première plainte date de 1994, Leonid Kameneff avait alors reconnu des relations intimes avec un jeune élève, mais ce dernier s’est rétracté en parlant de simples massages.

Une autre plainte est déposée ultérieurement, mais l’instruction traîne en longueur et décourage ainsi certains plaignants. Il faudra donc que les victimes poursuivent l’État pour faute lourde et obtiennent ainsi gain de cause puisque le tribunal de grande instance de Paris condamne en février 2012 l’État pour déni de justice du fait de ses 17 ans d’enquêtes qui n’avaient pas abouties. 250 000 euros sont versés aux victimes pour dédommagement du déni de justice, mais c’est malheureusement les contribuables et non les instructeurs fautifs qui ont payé !

Le calvaire judiciaire n’allait pas s’arrêter là puisque Kameneff, arrêté au Venezuela (paradis des travailleurs sociaux), n’avouera que les crimes prescrits. Les victimes n’ont eu pour seule ressource que de se porter partie civile.

Il aura donc fallu encore des années après la fin de cette triste expérience pédagogico-pédocriminelle pour que Kameneff et ses complices répondent publiquement de leurs actes. Kameneff a aujourd’hui 76 ans, il avait la trentaine lors des viols !

Pédocriminalité en foyer, un phénomène endémique

ImageIl faut bien le dire, le phénomène de pédocriminalité est endémique dans les structures liées à l’enfance. Un certain nombre de métiers suscitent de funestes vocations auprès de ce qu’il convient d’appeler le milieu des éducateurs.

On pense aux enseignants bien sûr, aux animateurs socio-culturels, à ceux qui viennent parler de sexualité à nos enfants dans nos écoles, mais le terrain de chasse favori des pédocriminels se trouve au sein des institutions de détention des enfants. Supposés maltraités, retirés à leur famille, ou encore handicapés, ces enfants n’ont pas la ressource de parler de leurs viols à ceux qui sont censés les défendre. Leurs parents ont été le plus souvent disqualifiés en matière éducative, et l’adulte en responsabilité est censé être leur protecteur. Le renard aime bien de ces poulaillers là et investit la place pour s’adonner à ses immondes pulsions.

Quelquefois il est prestement découvert, mais s’il est coincé après la cinquantaine, combien d’années de ravage a-t-il pu assumer sans jamais être pris ?  L’affaire de Hansjürg S, travailleur social et thérapeute dans un foyer du canton de Berne est emblématique d’une dérive que l’on présente comme simplement accidentelle. Mais enfin,  l’agent de se®vice public arrêté en février 2011 avait 54 ans et donc 29 ans de saloperies commises dans sa profession avec un immonde tableau de chasse de 122 victimes, majoritairement des enfants dont des autistes. Soit un viol tous les trimestres depuis 1982 donc 18 ont été photographiés ou filmés ! La prescription jouant, le monstre ne répond que de 33 de ses victimes.

Le canton de Berne a donc largement communiqué pour indiquer sa volonté de trouver une solution. C’est que Berne n’est pas Zürich, et il n’est plus question de dire que les se®vices sociaux y mettent des enfants dans des situations de danger.

Le projet d’une liste d’éducateurs dangereux est donc évoquée, il y en aurait donc d’autres ? L’exemple provient de la Conférence des Directeurs Cantonaux de l’Instruction Publique (CDIP) qui a porté sur les fonts baptismaux la liste noire des enseignants pédocriminels ayant perdu le droit d’enseigner. On comprend l’intérêt d’une telle liste sachant qu’il a pu arriver en France que des délinquants sexuels soient recrutés notamment pour s’occuper de camps de vacances (https://comitecedif.wordpress.com/2011/12/03/educateur-pedophile-une-carriere/). On peut se dire aussi qu’il vaut mieux ficher les pervers que les parents (https://comitecedif.wordpress.com/2011/12/13/fichage-des-familles-par-le-conseil-general-du-cher-2/).

Mais ce qui est surtout notable dans la démarche bernoise, c’est la prise de conscience de cette endémie pédocriminelle et l’urgence des mesures de prévention.

Deux principes d’action à titre préventif sont mis en place :

  • Filtrer le recrutement avec enquêtes de personnalité, un peu comme dans les ex-RG ;
  • Sensibiliser les jeunes pensionnaires au respect de leur corps : on ne laisse pas toucher son corps.

Pour autant, quelles ques soient les précautions à prendre, et qui méritent d’être prises, les lieux de détention d’enfants seront toujours une cible pour pédocriminels. Il faudrait donc penser à donner aux parents les moyens d’obtenir justice et d’exercer des recours contre l’Etat quand le placement conduit à des situations aussi extrêmes. Moraliser vous dit-on, et moraliser c’est désigner les coupables pour les écarter, pas les recycler.